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Voici la première femme maître cultivatrice de cannabis au pays

Une jeune femme portant un filet sur les cheveux et un sarrau blanc sourit à la caméra devant des plants de cannabis.

Agnes Kwasniewska supervise la production de cannabis de l'entreprise québécoise Hydropothicaire.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Guilbault

Radio-Canada

L'entreprise Hydropothicaire, qui sera le plus gros fournisseur de la Société québécoise du cannabis, peut miser sur les services de la première femme maître cultivatrice au Canada. Rencontre avec celle qui se considère comme une « pionnière » dans le milieu.

Un texte de Jean-Philippe Guilbault

Lorsqu’il s’agit d’expliquer pourquoi elle a fait le saut dans l’industrie du cannabis, Agnes Kwasniewska ne passe pas par quatre chemins.

« Qui peut dire qu’il travaille légalement à faire pousser du cannabis? s’exclame-t-elle en souriant. C’est tellement nouveau, c’est tellement différent. On se sent comme les pionniers d’une nouvelle industrie. C’est très excitant! »

Dans la jeune trentaine, Mme Kwasniewska est la maître cultivatrice de l'entreprise québécoise Hydropothicaire, dont les serres de cannabis sont situées à Gatineau.

Gros plan sur le prénom d'Agnes brodé sur son sarrau blanc.

Agnes Kwasniewska est à la tête d'une équipe de 20 personnes dans les serres d'Hydropothecary.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Guilbault

À la tête d’une équipe d’une vingtaine de personnes, elle est la première femme à occuper ce poste au Canada.

« Je suis sûre d’être la première légalement, mais il doit y avoir eu des femmes avant moi qui étaient considérées comme des maîtres cultivatrices », relativise-t-elle.

Mme Kwasniewska ne croit pas non plus évoluer dans un monde d'hommes. « Je n’ai jamais senti de discrimination ou que je devais travailler plus fort parce que je suis une femme », affirme-t-elle.

Son employeur précise d'ailleurs qu’il y a presque autant d’hommes que de femmes au sein des employés.

Nouveau nom : Hexo

Le mois dernier, l'entreprise de Gatineau a annoncé qu'elle adoptait le même nom que sa marque de cannabis destinée à l'usage récréatif, Hexo. Elle continue à commercialiser sa marque Hydropothecary pour le cannabis médicinal.

Les insectes à la rescousse

La production de cannabis à Hydropothicaire se déroule notamment dans sa nouvelle serre de 250 000 pieds carrés et pourra bientôt se poursuivre dans l’immense agrandissement d’un million de pieds carrés qui sera prêt pour le début de 2019.

« Nous travaillons ici sur un cycle constant de culture, résume Mme Kwasniewska. Nous apportons de nouveaux plants toutes les semaines, alors nous effectuons les mêmes tâches : des coupes, du bouturage, nous transplantons, nous faisons l’inventaire, nous faisons le traitement des plantes avec certains produits, du dépistage pour être sûrs de la qualité des plants. »

Gros plan sur un plant de cannabis sous un rayon de soleil à l'intérieur d'une serre.

Un plant de cannabis dans une serre d'Hydropothecary, à Gatineau

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Guilbault

D’ailleurs, le travail de la maître cultivatrice est extrêmement encadré par les normes mises en place par Santé Canada afin d’assurer de la qualité du cannabis médicinal et prochainement récréatif.

« La principale difficulté, comparativement à la culture de tomates ou de fleurs, c’est la conformité aux normes. C’est un processus très strict, très rigoureux. Il y a des contrôles [de qualité] à toutes les étapes. Comme le cannabis est à usage médical, tout doit être propre. »

Or, le passé d’Agnes Kwasniewska lui est particulièrement utile dans la serre de cannabis. Celle qui a étudié à l’Université McGill, à Montréal, a un intérêt marqué pour les insectes et l’entomologie.

Mme Kwasniewska a entrepris des études en biologie animale avant de s’intéresser à la botanique et aux insectes. Pour sa maîtrise, elle a ensuite étudié les interactions entre les insectes et les plantes, particulièrement dans le cas de certaines espèces de mouches.

« Je connais mes insectes », lance-t-elle avant de préciser comment cela s’avère essentiel dans le cadre de la culture de cannabis. « Nous sommes très limités [par Santé Canada] dans notre utilisation de pesticides. Alors, nous travaillons beaucoup avec des insectes prédateurs, nous fonctionnons beaucoup avec du biocontrôle. »

Éducation populaire

Après un passage dans l’industrie de la culture en serre où elle conseillait les cultivateurs afin de réduire leur utilisation de pesticides, Agnes Kwasniewska s’est retrouvée de fil en aiguille à la tête de la production de cannabis d’Hydropothicaire.

« J’ai été au bon endroit au bon moment », résume-t-elle.

La serre d'Hydropothicaire à Gatineau

La serre de Hydropothecary à Gatineau

Photo : Radio-Canada / Pierre Marceau

Outre les enjeux de conformité imposés par le gouvernement, cultiver du cannabis n’est pas un défi à proprement parler. « Cultiver du cannabis, c’est relativement facile, explique la jeune femme. On ne l’appelle pas herbe [weed] pour rien : ça pousse très facilement. »

Cela n’empêche pas son métier d’être parfois mal compris par la population.

Certaines personnes croient que je finis par être gelée juste en cultivant les plants de cannabis. Ça, on me le demande très souvent, mais ça ne fonctionne pas comme ça!

Agnes Kwasniewska

Elle croit par contre que la prochaine légalisation fera tomber bien des préjugés quant au cannabis.

« Les gens croient que le cannabis ne crée que des drogués qui restent assis sur leur sofa à ne rien faire, estime-t-elle. Mais nous avons fait des études qui démontrent le contraire : plusieurs terminent avec des diplômes universitaires. »

« Fumer de temps en temps, c’est toujours bon juste pour relaxer un peu », résume-t-elle.

Société