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L'accord en Allemagne sur les migrants irrite certains pays européens

La chancelière allemande Angela Merkel.

La chancelière allemande Angela Merkel.

Photo : Associated Press / Michael Sohn

Agence France-Presse

L'accord d'Angela Merkel pour sauver son gouvernement, qui prévoit de refouler de nombreux migrants arrivant en Allemagne, a provoqué mardi critiques et interrogations en Autriche et en Italie, où il pourrait avoir un effet domino.

Face à la pression de l'aile la plus à droite de sa coalition gouvernementale qui menaçait de claquer la porte, la chancelière allemande a de facto accepté lundi soir de clore définitivement sa politique migratoire généreuse de 2015-2016, lorsque son pays avait accueilli 1,2 million de demandeurs d'asile.

Le compromis trouvé après des semaines de conflit, qui menaçaient l'avenir politique d'Angela Merkel, prévoit au bout du compte de renvoyer les demandeurs d'asile déjà enregistrés ailleurs dans l'UE vers le pays d'entrée et, à défaut, de les refouler vers l'Autriche voisine, gouvernée par une coalition réunissant l'extrême droite et les conservateurs.

Vienne a immédiatement accusé mardi Berlin de l'avoir mis devant le fait accompli. « À aucun moment nous n'avons été consultés », s'est écriée au Luxembourg la chef de la diplomatie autrichienne, Karin Kneissl, selon des propos rapportés par la presse autrichienne.

Et le gouvernement autrichien s'est dit dans un communiqué « prêt à prendre des mesures pour protéger » ses « frontières sud en particulier », avec l'Italie et la Slovénie, pour faire la même chose que l'Allemagne.

Les centres de transit

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz.

Photo : Reuters / Francois Lenoir

L'accord conclu en Allemagne entre le parti de centre droit (CDU) de la chancelière et le parti bavarois très conservateur CSU prévoit de placer les migrants arrivant en Allemagne, mais déjà enregistrés dans un autre pays de l'UE, dans des « centres de transit » à la frontière avec l'Autriche.

Ils ne seront plus, comme c'est le cas actuellement, répartis dans des foyers dans toute l'Allemagne.

Cela concerne en moyenne un quart des demandeurs d'asile, appelés à être expulsés dans le cadre d'accords bilatéraux. Au cours des cinq premiers mois de 2018 leur nombre s'est élevé à environ 18 000, sur un nombre total de demandeurs d'asile arrivés dans le pays de près de 69 000, selon les statistiques officielles.

Afin de tenter d'arrondir les angles avec Vienne, le ministre de l'Intérieur allemand, le très conservateur Horst Seehofer, à l'origine de la fronde contre Mme Merkel, a annoncé mardi son intention de rendre visite « dès que possible » au chancelier Sebastian Kurz.

L'Italie, principal pays d'entrée des migrants en Europe via la Méditerranée, ne veut pas être en reste. « Si l'Autriche veut faire des contrôles, elle en a tout le droit. Nous ferons la même chose », a prévenu mardi le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini.

Le risque d'un effet domino en Europe surgit au pire moment pour l'Autriche, qui vient de prendre la présidence tournante de l'Union européenne pour six mois.

Les concessions octroyées par Angela Merkel sous la pression de sa droite dure risquent en effet de remettre en cause les grands principes du tout récent sommet de l'UE sur les migrants : promesse de privilégier des solutions européennes face aux tentations nationales et aide à l'Italie.

Angela Merkel sous pression

Horst Seehofer, ministre de l'Intérieur allemand.

Horst Seehofer, ministre de l'Intérieur allemand.

Photo : Reuters / Hannibal Hanschke

En Allemagne même, Angela Merkel n'est pas encore sortie d'affaire pour sa crise gouvernementale.

Si elle est parvenue à amadouer M. Seehofer, elle va devoir encore convaincre son autre partenaire gouvernemental, cette fois de centre-gauche, d'avaliser l'accord. Et si le Parti social-démocrate (SPD) refuse le compromis, la crise gouvernementale reprendra de plus belle.

Le SPD a des réserves et critique notamment l'appellation des « centres de transit », concept que le parti avait rejeté en 2015 au plus fort de la vague migratoire et qui évoque trop pour lui l'univers carcéral.

Les écologistes et la gauche radicale ont qualifié ces « centres de transit » de « camps d'internement », en référence au passé nazi du pays.

Les trois partenaires de la coalition – CDU d'Angela Merkel, CSU de M. Seehofer et SPD – doivent se retrouver mardi à partir de 17 h.

Angela Merkel reste donc sous pression. Et politiquement, même si elle a dans l'immédiat évité l'éclatement de son gouvernement, elle ressort politiquement « affaiblie » par les attaques en règle dont elle a fait l'objet de la part de Horst Seehofer, et « l'Europe avec elle », a jugé mardi Judy Dempsey, de l'institut Carnegie Europe.

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