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SLĀV : pour un meilleur dialogue et plus de sensibilité

Des manifestants tiennent silencieusement des pancartes qui dénoncent le racisme derrière l'appropriation des chants d'esclaves par des artistes blancs, le 26 juin, durant une représentation du spectacle «SLAV».

Une centaine de personnes ont manifesté devant le Théâtre du Nouveau Monde peu avant la première représentation du spectacle « SLAV », à Montréal, le mardi 26 juin 2018.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le spectacle SLĀV suscite encore de nombreuses réactions, deux jours après la manifestation qui s'est tenue lors de la première représentation à Montréal. Si certains ont montré du doigt les auteurs du spectacle et crié à l'appropriation culturelle, d'autres ont plutôt souligné le problème de communication entre les créateurs et la communauté noire.

Pour le documentariste et activiste Will Prosper, les producteurs auraient dû consulter la communauté noire dès le début du processus de création.

« Souvent, ces conversations-là ne se font pas au début. Souvent, on a une idée pour partir un projet, on utilise cette culture-là, on se la réapproprie et on en bénéficie sans en faire bénéficier les communautés. Et ce qui est encore plus dommage avec SLĀV, c’est qu’on parle de chants d’esclaves. Et tout ce que ces esclaves-là avaient à l’époque comme liberté, c’était ces chants-là. Et aujourd’hui, on finit par les voler », a-t-il expliqué à l'émission Midi Info.

« Je pense que la discussion qui est présente aujourd’hui est le reflet du manque de dialogue qu’il y a eu auparavant. S’il y avait eu du dialogue, peut-être qu'on ne serait pas là aujourd’hui », a-t-il laissé tomber.

La chroniqueuse culturelle et animatrice d'ICI Musique Myriam Fehmiu fait état, elle aussi, d'un problème de communication, « autant de la part des opposants que de la part de la production ».

Elle aussi a noté que la communauté noire ne demandait en fait que d'être engagée dans la démarche artistique.

Ce que j’entends du côté des opposants, c’est que les occasions de travailler en culture ou dans les médias quand on est noir sont rares […] Donnez-nous du boulot quand le sujet nous concerne. Ne parlez pas à notre place.

Myriam Fehmiu, animatrice à ICI Musique et chroniqueuse culturelle

L'acteur Frédéric Pierre, qui s'est prononcé sur le débat entourant SLĀV mercredi sur Facebook, a par ailleurs appelé les communautés à faire preuve d'une plus grande compréhension entre elles.

« C’est comme une frustration permanente et intrinsèque à une blessure qui met franchement du temps à guérir... Et ça, oui, le "Blanc" doit le comprendre [...] Mais je crois qu’on doit s’élever au-dessus du ressenti... pour éviter les dérives militantes. Cessons de nourrir la bête [...] On a besoin d’unité », peut-on lire sur son profil.

« Je pense qu’on peut comprendre qu’il y a un malaise de société, un rapport majoritaire-minoritaire. Et tant qu’il y aura du racisme systémique, qu'il y aura une iniquité, il y aura une sensibilité plus aiguë, des messages qui vont dériver, des mots trop forts utilisés quand le groupe dominant va porter des symboles, va parler à la place des groupes dominés », a également dit Mme Fehmiu.

Des sujets exclusifs?

Les sujets touchant une minorité culturelle ne lui sont toutefois pas réservés et n'ont pas l'obligation d'être abordés seulement par ses membres, estiment Myriam Fehmiu et Frédéric Pierre.

Mme Fehmiu cite d'ailleurs en exemple Marcel Trudel, qui a été le premier dans les années 60 à aborder l'histoire de l'esclavage au Québec. « Si ça n’avait pas été de cet homme blanc, on serait encore dans le néant, dans l’ignorance sur ce sujet-là. Donc, je ne crois pas que des sujets soient réservés à une communauté uniquement », a-t-elle déclaré.

Frédéric Pierre a quant à lui soutenu que les artistes « ont cette grande capacité de ressentir "l’Autre" » et qu'ils n'ont pas l'intention de présenter une déformation de la culture des autres.

« Laissons les artistes tranquilles. Laissons des artistes "blancs" être touchés et émus par cette histoire et les chants qu’elle a générés... même si c’est une compréhension différente. Le fond demeure le même », a-t-il écrit.

Le spectacle, qui est mis en scène par Robert Lepage et qui met en vedette Betty Bonifassi, est présenté au Théâtre du Nouveau Monde dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal.

La pièce traite, par l'intermédiaire de chants traditionnels, des « origines antiques de l'esclavage jusqu’à sa forme moderne », selon une description sur le site du festival.

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