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Art autochtone : distinguer le vrai du faux

Une série de petites statuettes de bois en forme de totems sont posées sur l'étagère d'une boutique de souvenirs du Vieux-Port de Montréal.

Les objets illustrant des totems foisonnent dans les boutiques de souvenirs du Vieux-Port de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Radio-Canada

Mocassins en fourrure, sculptures d'inukshuks, totems en bois... Les objets inspirés de la culture autochtone remplissent les vitrines des boutiques de souvenirs du Vieux-Port de Montréal. Bien qu'une grande partie des détaillants certifient que leurs produits sont « 100% autochtones », il est difficile de déterminer lesquels sont authentiques.

Un texte de Matisse Harvey et Sophie-Claude Miller

Pour un touriste étranger peu au fait des enjeux autochtones au pays, distinguer le vrai du faux sur les tablettes des boutiques de souvenirs est une tâche ardue. « On essaie de voir si ce sont des produits authentiques plus que [des produits] fabriqués en Chine, par exemple », explique Xavier Herriot, un touriste français de passage à Montréal.

L’authenticité est l’argument de vente dont se servent les producteurs auprès des marchands. Pourtant, certains commerçants ne mentionnent pas sur leurs étiquettes la provenance de leurs produits ou encore le nom de la communauté autochtone où ils auraient été fabriqués. Bien souvent, il suffit de retourner l’objet pour constater que le souvenir a été fait en Chine.

Une étagère sur laquelle est posée une poupée pour enfants représentant une jeune Autochtone. Sur la boîte figure une étiquette avec la mention « Fabriqué en Chine ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans les boutiques-cadeaux du Vieux-Port de Montréal, nombreux sont les objets inspirés de la culture autochtone qui sont fabriqués en Chine.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Dans certains cas, les producteurs optent pour la transparence en précisant aux consommateurs que leur produit n'a pas été confectionné par une personne autochtone.

Un capteur de rêves sur laquelle est accrochée une étiquette qui précise que l'objet n'a pas été confectionné par une personne autochtone.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Certains détaillants se montrent plus transparents que d'autres. L'étiquette de ce capteur de rêves précise que l'objet n'a pas été confectionné par une personne autochtone.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

« Le but, c’est toujours d’avoir du vrai. Ça, c’est très important », insiste la propriétaire de la boutique Mon Shack au Québec, Caroline Prévost, qui dit s’assurer de la provenance de ses produits avant de faire affaire avec un artisan. La gérante ajoute toutefois que la constance de production est le principal critère qui influence sa décision de collaborer avec un artisan plutôt qu’un autre.

Une entreprise certifie sur l'étiquette d'une trousse de suède que son produit est de l'art autochtone authentique.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une entreprise certifie sur l'étiquette d'une trousse de suède que son produit est de l'art autochtone authentique.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Depuis plusieurs années, Caroline Prévost fait notamment affaire avec Diane Desbiens, une artiste originaire de la région de Charlevoix qui confectionne des capteurs de rêves. Ses produits sont accompagnés d’une étiquette portant la mention d’artiste « métisse algonquine et micmaque ».

Jointe au téléphone, Diane Desbiens explique ne pas posséder de carte de statut d’Indien et ne pas être membre d’une « bande », ce qui est obligatoire pour être reconnu comme Autochtone. « Je fais partie de la Communauté autochtone de Montréal [...], mais je ne fais pas partie d'une communauté dans une réserve », soutient-elle.

Certains clients se montrent intransigeants sur la question. « Ne fais pas de l’art autochtone si tu n’es pas autochtone », tranche pour sa part Bonnie Peddle, une touriste terre-neuvienne qui a tenu à s’assurer de l’authenticité des produits offerts en magasin.

Accompagnée de son amie, elle a arpenté la rue Saint-Paul, dans le Vieux-Port de Montréal, à la recherche d’un souvenir autochtone. Son choix s’est arrêté sur une paire de boucles d’oreilles en forme de capteur de rêves. « Nous avons regardé l’étiquette et nous avons demandé au vendeur [leur provenance] », ajoute-t-elle.

Des boucles d'oreilles en forme de capteurs de rêves, rangées dans le présentoir d'une boutique du Vieux-Port de Montréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans les boutiques-souvenirs du Vieux-Port de Montréal, des vêtements et des bijoux de toutes sortes sont inspirés de l'art autochtone.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

C’est problématique que certaines personnes s’approprient cet art. Je pense que les non-Autochtones ne devraient pas copier les traditions, l’histoire et l’art [des Autochtones].

Bonnie Peddle, touriste originaire de Terre-Neuve

Protéger l’art autochtone

Le Conseil des arts du Canada s’est penché sur l’appropriation d’éléments appartenant à des cultures autochtones. En 2017, l’organisme a mis en place le programme « Créer, connaître et partager : arts et cultures des Premières Nations, des Inuits et des Métis » pour soutenir notamment des artistes autochtones et des organismes dirigés par des Autochtones.

Les organismes admissibles à des subventions - relativement à ce programme - doivent disposer d’« un conseil d’administration ou un groupe de gouvernance identifié ayant un pouvoir de supervision et de prise de décisions qui doit être composé d’au moins 60 % de représentants inuits, métis ou des Premières Nations ».

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