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Migration : les membres de l'UE concluent un accord à l'arraché

Le chef du gouvernement populiste italien Giuseppe Conte s'est réjoui de l'accord trouvé par l'UE28.

Photo : Reuters / Eric Vidal

Agence France-Presse

Les 28 dirigeants de l'Union européenne (UE) ont trouvé un accord vendredi au petit matin sur les migrations lors d'un sommet tendu à Bruxelles, que l'Italie menaçait de faire échouer faute d'engagements précis de ses partenaires européens concernant l'accueil des migrants.

« Les dirigeants de l'UE28 se sont accordés sur les conclusions du sommet, y compris la migration », a annoncé sur Twitter le président du Conseil européen Donald Tusk à 4 h 30 (heure locale), après des tractations marathons entamées la veille en début de soirée.

« C'est la coopération européenne qui l'a emporté », s'est aussitôt félicité le président français Emmanuel Macron devant la presse, jugeant que « la solidarité que nous devons aux pays de première entrée a été actée ».

C'est « un très bon compromis », s'est réjoui le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. « Il y a des déclarations sur des relocalisations [de demandeurs d'asile] sur une base volontaire et elles sont basées sur le consensus », a-t-il ajouté.

Le compromis en question propose une « nouvelle approche » avec la création de « plateformes de débarquement » de migrants en dehors de l'UE pour dissuader les traversées de la Méditerranée.

Pour les migrants secourus dans les eaux européennes, des « centres contrôlés » sont proposés, que les États membres mettraient en place « sur une base volontaire », et d'où une distinction serait faite « rapidement » entre migrants irréguliers à expulser et demandeurs d'asile légitimes, qui pourraient être répartis dans l'UE, là aussi « sur une base volontaire ».

Un avertissement est en outre lancé aux ONG. « Tous les vaisseaux opérant en Méditerranée doivent respecter les lois applicables et ne pas obstruer les opérations des gades-côtes libyens. »

Toutefois, de premiers doutes commençaient à émerger sur l'accord, certains pays de l'UE se montrant déjà peu enclins à faire preuve de solidarité quant à la prise en charge des arrivants réclamée par l'Italie, qui avait menacé de faire échouer le sommet.

Un jeune enfant, déjà dans les bras d'une personne, est pris par un homme portant des lunettes. Une femme, qui pourrait être sa mère, se trouve derrière l'enfant et semble quitter un bateau. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le navire humanitaire Lifeline et les 233 migrants à son bord a accosté mercredi à Malte, concluant ainsi une odyssée de près d'une semaine.

Photo : Reuters / Darrin Zammit Lupi

Critiques

Plusieurs organisations humanitaires ont par ailleurs rapidement critiqué le contenu de ce nouvel accord européen.

L'ONG Médecins sans frontières (MSF) a ainsi accusé les pays de l'Union européenne de s'être mis d'accord sur « le blocage des personnes aux portes de l'Europe ».

« Les seules composantes sur lesquelles les États européens semblent s'être mis d'accord sont, d'une part, le blocage des personnes aux portes de l'Europe, quelles que soient leur vulnérabilité et les horreurs qu'ils fuient, et d'autre part, la diabolisation des opérations non gouvernementales de recherche et de sauvetage », a déclaré à l'AFP la responsable des urgences pour MSF, Karline Kleijer.

« Sans sourciller, ils ont formalisé l'utilisation des garde-côtes libyens pour intercepter les gens et les renvoyer en Libye, tout en sachant que cela revenait à les condamner à la détention arbitraire et aux abus de toutes sortes », a-t-elle ajouté.

Mme Kleijer a jugé que ces actions empêchent MSF « de faire le travail que les gouvernements de l'UE refusent de prendre en charge tout en déshumanisant les personnes dans le besoin ».

« Sur eux pèsera la responsabilité de chaque mort qui en résultera », a-t-elle conclu.

Bras de fer diplomatique

« L'Italie n'est plus seule », s'est réjoui le chef du gouvernement populiste italien Giuseppe Conte qui avait fait monter la pression sur ses partenaires européens. Il avait bloqué l'adoption d'une première salve de conclusions, portant sur la défense et le commerce, avant même que ne commencent les débats sur les migrations.

L'Italie avait ainsi montré qu'elle ne donnerait son accord à aucun texte commun du sommet si elle n'obtenait pas ce qu'elle voulait sur les migrations. « Nous attendons des actes », avait d'emblée déclaré M. Conte, reprochant à ses voisins d'avoir trop longtemps laissé l'Italie gérer seule les arrivées de migrants.

Des tractations s'étaient ensuite engagées, en fonction notamment de propositions préparées par M. Conte avec le président français Emmanuel Macron, selon des sources diplomatiques.

Ces tensions au Conseil européen à Bruxelles sont venues ponctuer deux semaines de bras de fer diplomatique autour de navires transportant des migrants secourus en Méditerranée, auxquels Rome a refusé l'accostage.

Merkel fragilisée

Le sommet a également lieu sur fond de fragilité inédite de la chancelière allemande Angela Merkel, dont l'autorité est défiée sur la question migratoire par ses alliés de la CSU, l'aile droite de sa coalition.

Son ministre de l'Intérieur menace de refouler aux frontières les migrants déjà enregistrés ailleurs, de manière unilatérale, faute de mesures européennes contre les déplacements de migrants dans l'UE, appelés « mouvements secondaires ».

L'Europe a beaucoup de défis, mais celui lié à la question migratoire pourrait décider du destin de l'UE.

Angela Merkel, chancelière allemande

Elle a appelé à des solutions « multilatérales » et non « unilatérales ».

Si les dirigeants européens ne se mettent pas d'accord, ils vont fournir « un nombre croissant d'arguments » à des mouvements populistes, avait prévenu le président du Conseil européen, Donald Tusk. Et ce, même si les arrivées sur les côtes européennes ont chuté de manière spectaculaire comparativement au pic enregistré à l'automne 2015.

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