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Portés disparus : des milliers de médicaments sont perdus dans les pharmacies

Comprimés d'oxycodone.
Entre 2012 et 2017, les pharmaciens du Manitoba ont rapporté 4000 cas de disparition de médicaments. Photo: Associated Press / Patrick Sison
Radio-Canada

Codéine, oxycodone, éphédrine et compagnie : des millions de comprimés de ces médicaments vendus sur ordonnance ont « disparu » au pays au cours des cinq dernières années. Portrait de la situation au Manitoba.

En vertu de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, un rapport doit être présenté à Santé Canada dès que des produits de la famille des médicaments contrôlés sont manquants.

Au Canada, entre janvier 2012 et septembre 2017 environ 8,7 millions d'unités de ces médicaments – capsules, comprimés, timbres et suppositoires –ont disparu des pharmacies, des hôpitaux ou durant leur transport, selon une analyse des données de Santé Canada par CBC.

Au Manitoba, ce sont presque 350 000 unités qui ont disparu, principalement dans les pharmacies.

Les raisons signalées dans les rapports de disparition comprennent les actes criminels, la perte, les bris, le renversement, les erreurs du fabricant et la catégorie la plus importante, les pertes « inexpliquées ».

Où vont les médicaments?

« Je suis un peu surprise de la quantité de médicaments qui disparaissent », affirme Sheri Fandrey, de la Fondation manitobaine de lutte contre les dépendances.

Selon Sheri Fandrey, les médicaments qui disparaissent finissent souvent par être vendus à des personnes ayant des problèmes de dépendance et qui ne peuvent pas obtenir une ordonnance.

« Tous les médicaments figurant sur la liste ont une valeur marchande, dit-elle. Je soupçonne qu'une partie, voire la majorité, est vendue dans la rue. »

« Il est important de trouver un moyen d'empêcher ces pertes. Je peux comprendre la perte de petites quantités, parce qu’un colis tombe du camion, mais ça, ça fait beaucoup de colis qui tombent du camion », ajoute-t-elle.

Sheri Fandrey souligne que le signalement obligatoire de toute disparition à Santé Canada prouve que le pays surveille attentivement les activités.

Mais cela soulève aussi d’importantes questions. « Où vont ces médicaments? Qui les achète? Se retrouvent-ils en vente dans la rue illégalement? », se demande-t-elle.

Selon les données, plus de 4000 incidents ont été rapportés au Manitoba. Dans la majorité des cas, il s'agissait de petites quantités de médicaments qui étaient perdues, parfois un ou deux comprimés.

Dans certains cas cependant, de grandes quantités ont été déclarées disparues. En 2013, 18 232 comprimés de codéine sous forme de Tylenol 1 ont disparu de façon « inexpliquée ». En 2016, 20 000 comprimés d’éphédrine ont été perdus dans le transport, alors que 20 000 autres avaient été perdus en 2013.

En 2015, une seule pharmacie a signalé la perte inexpliquée de 5903 comprimés d’oxycodone.

Au Manitoba, la codéine est le médicament le plus souvent signalé comme étant manquant à Santé Canada. Près de 110 000 comprimés de codéine ont disparu, suivis de l’oxycodone, de l’éphédrine et de l’hydromorphone.

« La codéine est l'un des plus faibles types d’opioïdes, explique Sheri Fandrey. Les gens doivent donc en prendre de très fortes doses pour ressentir les effets. Cette pratique comporte un risque. »

L'oxycodone et l'hydromorphone sont des drogues très puissantes, de type opiacé, rappelle-t-elle, et le risque de développer une dépendance est grand.

« Ces médicaments sont utilisés principalement pour remplacer une drogue plus forte, comme le fentanyl », ajoute la représentante de la Fondation manitobaine de lutte contre les dépendances.

Un meilleur contrôle

Parfois, ce sont des professionnels de la santé qui souffrent de dépendance, les pharmaciens par exemple.

L'Ordre des pharmaciens du Manitoba compte plus de 1500 membres et supervise plus de 400 pharmacies dans la province.

Les inspections de routine font partie des efforts déployés par l'organisme pour s'assurer que les pharmaciens font une gestion minutieuse de leurs inventaires.

La registraire de l’Ordre des pharmaciens, Susan Lessard-Friesen, indique que le nombre élevé de médicaments signalés comme perdus « pourrait être le résultat de pratiques consciencieuses des pharmaciens ».

Une femme aux cheveux courts assise dans une salle de conférence.Susan Lessard-Friesen, registraire de l’Ordre des pharmaciens, dit que le nombre élevé de rapports « pourrait être le résultat de pratiques consciencieuses des pharmaciens ». Photo : Radio-Canada / Lyza Sale

Depuis 2015, Santé Canada inspecte les pharmacies dans le cadre d'un programme de surveillance des rapports de perte et de vol, et des mesures de sécurité dans les pharmacies.

Depuis le lancement de ce programme, Santé Canada « a constaté une augmentation importante des rapports de pertes et de vols dans les pharmacies à travers le pays », a souligné Maryse Durette, porte-parole de Santé Canada.

Selon les rapports de discipline publiés en 2017, l'Ordre des pharmaciens du Manitoba a récemment sanctionné au moins deux pharmaciens ayant des problèmes de toxicomanie, parce qu'ils avaient, sans autorisation, retiré de leur inventaire des médicaments contrôlés. Dans les deux cas, les pharmaciens participaient à un programme destiné à aider les pharmaciens aux prises avec différents problèmes personnels, dont la dépendance.

Avec des informations de Vera-Lynn Kubinec

Crise des opioïdes

Société