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Facebook veut s’attaquer aux fausses nouvelles au Canada

Le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg.
Le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg Photo: Reuters / Robert Galbraith
Radio-Canada

Le géant des réseaux sociaux Facebook annoncera aujourd'hui qu'il met en place un programme de vérification des faits pour lutter contre les fausses nouvelles (fake news) au Canada. Cette mesure existe déjà dans 14 pays, dont la France, les États-Unis et la Turquie, entre autres.

Un texte de Philippe-Vincent Foisy, correspondant parlementaire à Ottawa et animateur de La mêlée politique

Dès le 2 juillet, soit avant l’élection provinciale québécoise, les Canadiens pourront soumettre à une équipe de vérificateurs indépendants des contenus publiés dans les deux langues officielles et diffusés sur Facebook. Articles de nouvelles, chroniques d'opinions et billets de blogues : tout contenu externe pourra être évalué.

Ce sont des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) basés au Canada qui vérifieront la véracité des contenus. Leur nombre sera déterminé en fonction des demandes.

« Alors que les fausses nouvelles et la désinformation prolifèrent à une vaste échelle, ce projet avec Facebook est directement en lien avec la mission fondatrice de l’agence », a expliqué par communiqué Michèle Léridon, directrice de l’information de l’AFP qui collabore aussi à cette initiative en France.

Les journalistes devront publier un article qui expliquera leur jugement : ils trancheront si un contenu est « faux », un « mélange » ou « vrai ».

Éviter de partager des faussetés

Si un article se révèle faux, le texte des vérificateurs de l’AFP sera envoyé à tous les utilisateurs qui l’ont partagé. Facebook alertera tout utilisateur qui serait tenté de partager les contenus et réduira sa visibilité dans les différents fils d’actualité. Le réseau social ne le supprimera toutefois pas.

Les pages qui partagent constamment de fausses nouvelles verront aussi leur visibilité réduite.

« Facebook est une plateforme pour toutes les idées, a expliqué Kevin Chan, directeur des politiques publiques de Facebook Canada. Nous ne voulons pas que la définition de ce qui est vrai ou non fasse partie de notre modèle d’affaires. Ensuite, il faut aussi faire attention à préserver la liberté d’expression. On veut s’assurer qu’on n'empêche pas des gens de s’exprimer. »

Un processus d’appel pour permettre aux éditeurs de contester le verdict de l’AFP sera aussi mis en place. Si la correction ou la contestation connaît une issue favorable, l’infraction sera annulée, selon Facebook.

Deux écrans de téléphones intelligents affichent des fonctionnalités de Facebook dans le cadre de son programme de lutte contre les fausses nouvelles.Facebook étend son initiative de lutte aux fausses nouvelles au Canada. Photo : Facebook

La personne ou le média qui a créé le contenu jugé faux sera informé de la décision des vérificateurs uniquement lorsqu’ils auront tranché.

Il n’y a pas non plus de délais déterminés entre une plainte d’un utilisateur et la décision des vérificateurs. Lorsqu’elle reçoit une demande, Facebook ajoutera le contenu à une liste contrôlée par l’AFP, qui aura la liberté de décider ce qui sera analysé. Ces journalistes pourront entreprendre par eux-mêmes des vérifications.

Avec le temps, le géant des réseaux sociaux mise aussi sur l'intelligence artificielle pour l’aider à déterminer plus facilement ce qui pourrait être considéré comme de fausses nouvelles.

Il n’y a évidemment pas de solutions magiques.

Kevin Chan, directeur des politiques publiques de Facebook Canada

Pour Facebook, il s’agit d’une « mesure fondamentalement importante », selon Kevin Chan.

« La confiance de nos utilisateurs, la confiance qu’ils vont trouver du bon contenu de qualité sur notre plateforme, c’est important à long terme pour notre plateforme, explique-t-il. Ce sont des choses sensées. »

M. Chan soutient qu’il devrait y avoir un « ensemble d’annonces » d’ici les élections fédérales de 2019.

Un geste supplémentaire

Cette annonce s'inscrit dans « l’initiative d’intégrité des élections canadiennes » de Facebook lancée l'automne dernier.

Le plus important réseau social de la planète veut redorer son image au Canada. Sa réputation a souffert de l'ingérence étrangère lors de l'élection présidentielle américaine de 2016, mais aussi du scandale Cambridge Analytica.

Les données personnelles de 87 millions d’utilisateurs dans le monde auraient été collectées par la firme, sans autorisation, et utilisées à des fins politiques. Au Canada, ce sont plus de 622 000 personnes qui auraient été touchées. Kevin Chan s’était d’ailleurs excusé au nom de l'entreprise devant un comité parlementaire.

En mars dernier, Facebook s'était engagée à combattre les influences étrangères, retirer les faux comptes, améliorer la transparence des publicités électorales et réduire la portée des fausses nouvelles.

Le réseau social a aussi mis en place des mesures pour supprimer de faux comptes qui servent à propager de fausses nouvelles.

Encore des questions

Pour le professeur de journalisme à l’UQAM, Jean-Hugues Roy, c’est un pas dans la bonne direction, mais il faudra se fier au géant pour évaluer le succès de la mesure. Ce professeur spécialisé en nouvelles technologies explique qu'il sera difficile d’évaluer si les mesures annoncées mercredi auront des résultats concrets.

« On sera incapables, comme chercheurs, de mesurer si la qualité des nouvelles avant et après les mesures aura changé, soutient-il. Facebook ne nous laisse pas voir l’information qu’elle envoie aux abonnés, et ça, c’est grave, parce que la majorité des Canadiens s’informent sur la plateforme. »

Facebook garde jalousement ses données.

Jean-Hugues Roy, professeur de journalisme à l'UQAM

Jean-Hugues Roy raconte avoir demandé en 2014 de voir quelle information est envoyée dans le fil d'actualités des abonnés québécois de Facebook, et Facebook Research a refusé.

Les différents degrés d’exactitude, selon Facebook

  • Faux : Les principaux énoncés de l’article sont factuellement inexacts. Sur les sites de vérification des renseignements, cette option correspond généralement aux notes « faux » ou « principalement faux ».
  • Mélange : L’article comprend des énoncés exacts et inexacts, ou encore, il est trompeur ou incomplet.
  • Vrai : Le ou les principaux énoncés de l’article sont factuellement exacts. Sur les sites de vérification des renseignements, cette option correspond généralement aux notes « vrai » ou « principalement vrai ».
  • Pas évalué : Il s’agit de l’état par défaut d’un article avant qu’il ne soit évalué. Laisser l’article à cet état (ou remettre un article à cet état) signifie que nous ne prendrons aucune action en fonction de l’évaluation.
  • Pas admissible : L’information contenue dans l’article n’est pas admissible à la vérification, mais pourrait profiter d’un contexte supplémentaire (par exemple : satire, opinion, sondage, jeu-questionnaire, etc.).
  • Source de canulars : Sites web qui permettent aux utilisateurs de créer leurs propres nouvelles fictives à partager sur les sites de médias sociaux.

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