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Des crevettiers à la pêche au sébaste

Les pêcheurs s'apprêtent à décharger le premier arrivage de crevettes au quai de Sept-Îles au matin de Pâques 2018.
Un bateau de pêche rempli de crevettes au quai de Sept-Îles Photo: Radio-Canada / Alix-Anne Turcotti
Radio-Canada

L'industrie de la crevette du golfe du Saint-Laurent est en crise, les stocks sont en diminution. Dans ce contexte, la pêche au sébaste est vue par certains comme une bouée de sauvetage. Est-ce que ce sera le cas?

Un texte de Joane Bérubé avec la collaboration de Maude Rivard

Depuis quelques années, les pêcheurs des flottilles de Terre-Neuve, des provinces maritimes et du Québec subissent des baisses de quotas les unes après les autres.

Et plusieurs d'entre eux n’ont même pas réussi à atteindre leur taux de capture autorisé (TAC) lors de la dernière saison.

Les scientifiques attribuent cette diminution à deux facteurs principaux :

  • le réchauffement des eaux profondes du Saint-Laurent;
  • la présence massive de sébastes juvéniles dont la crevette est l’aliment de prédilection.

Une des solutions analysées par le ministre des Pêches et des Océans, Dominic LeBlanc, serait d'accorder des quotas de sébaste à ces pêcheurs.

Ironiquement, plusieurs des pêcheurs de poisson de fond frappés par le moratoire imposé dans le golfe en 1993 avaient obtenu des quotas de crevettes pour pallier leurs difficultés. Les Madelinots n’avaient pas eu droit à ces quotas, ce qu'ils n'ont pas oublié.

Selon le directeur de l'Office des pêcheurs du Grand Gaspé, Patrice Élément, la plupart des crevettiers ont un intérêt pour la pêche au sébaste.  C’est clair que c’est une option , commente-t-il.

Un mariage possible

Les crevettiers disposent de chaluts qui peuvent aisément être convertis, selon le directeur de l’Office des pêcheurs du Grand Gaspé. M. Élément soutient que  pour les crevettiers, les investissements et les modifications sont minimaux, tout ce que ça prend, c’est un chalut différent. Tout ce qu’il y a à faire, c’est de changer son filet. 

Mais tout dépend du type de chalut, prévient Damien Grelon, gestionnaire des pêches au centre de recherches Merinov.

Le ministre des Pêches pourrait favoriser certains types d’engins.

Certains pêcheurs, dont Bruno-Pierre Bourque des Îles-de-la-Madeleine, s’attendent d’ailleurs à ce que les quotas autorisés le soient surtout pour une pêche avec engin pélagique.

Ce pêcheur semi-hauturier fait partie de ceux qui détiennent un permis de pêche scientifique et fait des essais en mer pour Merinov.

Un chalut pélagique ça coûte cher, relève M. Grelon, qui rappelle que le sébaste n’a pas la même valeur que la crevette nordique. Pour obtenir plus de rentabilité, les pêcheurs devront investir dans la qualité de la pêche, croit Damien Grelon.

La réfrigération sera un élément central, selon Damien Grelon, qui travaille sur le conditionnement du sébaste en mer avec Bruno-Pierre Bourque.

Le Boréas VII de M. Bourque, un chalutier en acier de 50 pieds, est équipé pour compartimenter et réfrigérer le poisson.  Il va travailler sur le compactage du poisson, pour éviter de l’empiler et le rentrer par bac pour avoir une meilleure qualité , explique Damien Grelon.

Le conditionnement du poisson pour qu’il conserve sa couleur sera un autre pari pour les crevettiers habitués aux cargaisons en « vrac ».

Ta part et ma part

Le directeur de l'Office des pêcheurs du Grand Gaspé, Patrice Élément, est conscient que les crevettiers du Québec ne seront pas les seuls à réclamer des quotas de sébaste.

Le défi pour Pêches et Océans sera de faire quelque chose d’équitable pour que tout le monde puisse y trouver son compte.

Le directeur de l'Office des pêcheurs du Grand Gaspé, Patrice Élément

Avant l’imposition du moratoire, Madelipêche détenait 25 % du taux de captures autorisées dans l’unité 1 et la grande majorité du quota de sébaste accordé au Québec.

L’usine a dû céder sa flotte de pêche dans les années 2000, puis s’est transformée.

Aujourd’hui, Madelipêche veut le maintien de ces quotas historiques.

Le directeur de Madelipêche, Paul Boudreau, fait partie de ceux qui préconisent la fin du moratoire dès cette saison et un lent retour vers la pêche commerciale.

 On est prêts , assure Bruno-Pierre Bourque qui est aussi actionnaire de Madelipêche. Des pêcheurs des Îles s’apprêtent à reprendre la mer dès que la pêche au sébaste sera à nouveau autorisée.

L’usine Madelipêche s’est aussi entendue avec Fruits de mer Madeleine pour rebâtir une chaîne de transformation du sébaste.

Les crevettiers de la Gaspésie pourraient aussi y trouver leur compte, assure le Madelinot.

Ça ne fait pas plaisir comme pêcheur de voir d’autres pêcheurs perdre leur ressource, commente Bruno-Pierre Bourque. Les flottilles du Québec devraient être malgré tout solidaires des Madelinots et réclamer d’une même voix les quotas historiquement attribués à Madelipêche.

À l’inverse, ajoute M. Bourque, si les flottilles s’entredéchirent, les quotas ne seront pas nécessairement redistribués au Québec.

Plusieurs autres pêcheurs lorgnent aussi du côté du sébaste. Terre-Neuve et même la Nouvelle-Écosse, où une petite pêche au sébaste a toujours subsisté, disposent de bateaux plus imposants avec des cales réfrigérées. Ces flottilles ont toujours détenu une bonne part des contingents de l'unité 1.

Là, comme au Québec, les crevettiers pourraient lever la main pour la pêche au sébaste.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Développement durable