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Vers une pêche durable au sébaste

Un pêcheur dans un chalutier manipule un filet

Les pêcheurs ont observé une augmentation du nombre de sébastes dans les captures qu'ils faisaient lors de leurs sorties en mer.

Photo : Getty Images / Christopher Furlong

Radio-Canada

Les enjeux de pêche durable sont désormais indissociables de la mise en marché des produits marins. Le sébaste n'échappera pas à cette nouvelle régie des pêches mondiales lors de la levée du moratoire sur sa pêche. Les pêcheurs ont aussi appris d'un passé marqué par la surpêche.

Un texte de Joane Bérubé

Le gestionnaire du secteur pêche à Merinov, Damien Grelon, a commencé à s’intéresser au sébaste, il y a deux ans.

La qualité du poisson commence au fond de la mer, de la manière dont c’est pêché.

Damien Grelon, gestionnaire du secteur pêche au centre de recherche Merinov

On savait qu’il se passait quelque chose dans le golfe. Depuis plusieurs années, déjà on avait des observations des pêcheurs sur des captures importantes accidentelles de petits sébastes durant la pêche à la crevette, rappelle M. Grelon.

À l’époque, les scientifiques étaient très prudents sur ces observations puisque le golfe est fréquenté par deux espèces de sébaste très similaires : le sébaste atlantique (Sebastes mentella) et le sébaste acadien (Sebastes fasciatus). Le sébaste acadien, fréquent sur le plateau néo-écossais, avait tendance à choisir le golfe pour la reproduction puis s’en retournait chez lui.

Toutefois, ce poisson rouge de plus en plus fréquent dans les filets des crevettiers était bel et bien du sébaste atlantique.

Comme le poisson était inscrit sur la liste des espèces en voie de disparition, ce retour ouvre la porte au développement d’une pêche qui n’existait plus depuis plus de 20 ans dans le Saint-Laurent.

Depuis l’automne dernier, le centre de recherches Merinov travaille donc à préparer les pêcheurs et les usines au retour de celui qu’on nommait autrefois le roi du golfe du Saint-Laurent, dans une perspective de pêche durable.

Prendre seulement le bon poisson

Un des premiers enjeux est de trier tous les poissons avant de les retirer du fond.

Le chalut à la base n’est pas un engin sélectif, c’est un grand filet qu’on traîne sur le fond et qui va ramasser tout ce qu’il rencontre.

Damien Grelon, gestionnaire du secteur pêche au centre de recherche Merinov

Merinov travaille à développer un nouveau chalut, un filet dont les mailles permettraient de laisser passer les plus petits poissons.

Un sébaste nage devant un corail rougeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un sébaste nage devant un corail rouge

Photo : Société Living Oceans

Financé par les gouvernements fédéral et provincial, le projet de recherche de Merinov sur la sélectivité s’étale sur trois ans. Il vise à tester différents dispositifs afin de proposer les meilleurs engins pour obtenir seulement le bon poisson de taille commercialisable.

Au Canada, la taille commerciale du poisson est de 22 cm. Par contre, la valeur du poisson est plus importante lorsqu’il mesure au moins 25 à 27 cm.

C’est aussi important, dans une perspective de pêche durable de laisser les poissons et crustacés non désirés au fond de l’eau. À 200, 300 mètres de profondeur, on est à peu près certains que si on les remonte à la surface, ils sont morts, commente Damien Grelon.

Les chercheurs vont ainsi étudier les composantes du filet, les matériaux, taille, forme, orientation des mailles. Des tests en mer sont au programme. C’est de l’information dont a besoin le pêcheur. S’il pêche trop de petits poissons, il peut faire des ajustements pour augmenter la mesure de ses mailles. Ça, il ne peut pas le savoir, s’il ne le teste pas, précise le porte-parole de Merinov.

Une pêche différente

Des chercheurs se sont aussi rendus en Islande l’hiver dernier pour y analyser les engins utilisés et les techniques de pêche.

Ils ont ainsi pu étudier ce qui pouvait était transférable au Québec ou non, tant en ce qui concerne les procédés de pêche que le mode de gestion.

Il faut tenir compte de plusieurs particularités propres au golfe du Saint-Laurent, dont des secteurs fermés à la pêche pour protéger les coraux et les éponges ou des aires marines protégées.

Éventail de mer orange au fond de l'eau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Plusieurs espèces de gorgones, ou éventails de mer, vivent en Atlantique, au large de Terre-Neuve.

Photo : Getty Images / scubaluna

Les pêcheurs danois ou islandais travaillent en haute mer dans l’Atlantique et leurs équipements ne peuvent pas vraiment être utilisés sans être adaptés pour le golfe. On ne peut pas prendre un engin pélagique qui est fabriqué en Islande, indique Damien Grelon, le mettre dans l’eau et dire ça va bien aller. L’engin en Islande pêche sur des fonds qui font 4000 m et la pêche se fait à 600 m. Ici, on est dans une baignoire qui fait 350 m au plus profond.

Le sébaste du golfe vit en eaux froides dans des profondeurs qui varient entre 300 m et 500 m.

Réapprentissage

Les pêcheurs doivent aussi éviter de racler les fonds marins.

Merinov analyse donc les possibilités d’une pêche avec des chaluts pélagiques, soit un chalut qui prélève dans la colonne d’eau plutôt que sur les fonds marins. C’est difficile, commente M. Grelon, parce que la majorité de la flotte au Québec qui pêche au chalut, c’est des crevettiers et ils pêchent au chalut de fond. Ils ne sont pas équipés pour aller pêcher dans la colonne d’eau et ça coûte très cher de s’équiper pour pêcher dans la colonne d’eau.

Chalut de pêche à la crevette Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Chalut de pêche à la crevette

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Deux pêcheurs au Québec se sont équipés de chalut pélagique pour poursuivre une pêche expérimentale au sébaste.

Ils ont fait partie de la mission en Islande et effectueront des sorties pour tester divers aspects de la nouvelle pêche. Ces tests sont nécessaires selon eux.

Depuis le moratoire imposé en 1995, aucune flottille utilisant des chaluts pélagiques n’a participé à la petite pêche scientifique qui s’est poursuivie dans le golfe.

Nos pêcheurs commencent avec de nouveaux engins de pêche, des chaluts pélagiques. On n’a plus un pêcheur qui sait se servir d’un chalut pélagique. Ils vont à l’école, ils ne savent plus du tout comment cela va se faire, comment il faut l’utiliser.

Damien Grelon, gestionnaire du secteur pêche au centre de recherche Merinov

Il n’y a donc pas de données sur la pêche pélagique au sébaste dans le golfe et peu d’informations sur les déplacements du sébaste dans la colonne d’eau.

Ainsi certains scientifiques ont déjà noté que la distribution verticale du poisson pouvait aussi varier selon la saison ou même le moment de la journée.

Les chercheurs savent cependant que le sébaste atlantique (Sebastes mentella) explore des eaux plus profondes que le sébaste acadien (Sebastes fasciatus).

Comme il s’agit de deux espèces dont l’état des stocks est différent, les pêcheurs devront éviter de pêcher le sébaste acadien.

Pas à pas

D’autres tests sont au programme pour augmenter la qualité du produit comme la durée des traits de chalut, la vitesse de mise en cale, le stockage en vrac ou en boîte et la durée du voyage en mer. Déterminer ces paramètres servira aussi à augmenter la productivité et la rentabilité des opérations.

Les efforts fournis ouvriront certes de nouveaux marchés, mais garantiront aussi la pérennité de la ressource comme celles des investissements.

Étiquette bleue de MSCAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La certification vise à permettre aux consommateurs de reconnaître facilement quels produits de la mer ont été pêchés de manière durable à l’aide d’une étiquette bleue sur l’emballage.

Photo : CBC / Brett Ruskin

La flottille des pêcheurs du golfe devra aussi faire ses preuves pendant au moins deux ans après la fin du moratoire avant de pouvoir obtenir une certification de pêche durable.

Pêche durable selon les critères de la certification de la Marine Stewartship Council (MSC) :

  • L'effort de pêche doit se situer à un niveau qui permet d'assurer la pérennité des populations de poissons;
  • Les activités de pêche doivent être gérées de façon à maintenir la structure, la productivité, la fonction et la diversité de l'écosystème;
  • La pêcherie doit respecter les lois en vigueur et doit avoir un système de gestion lui permettant de s'adapter aux différents changements.

L’ouverture prudente d’une petite pêche commerciale mettant fin officiellement au moratoire est donc vue comme un premier pas déterminant par l’industrie pour poser les balises d'une nouvelle pêche.

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Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Développement durable