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Des échanges passionnés entre les candidats à l’élection partielle de Saint-Boniface

Quatre personnes regardent la photographe en souriant; elle sont debout derrière une table dans un studio de télévision.

Mamadou Ka, Dougald Lamont, Françoise Therrien Vrignon et Blandine Tona : les quatre candidats à l'élection partielle dans Saint-Boniface participent à un forum le 26 juin dans les studios de Radio-Canada à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Sylviane Lanthier

Radio-Canada

Alors que les électeurs de Saint-Boniface iront aux urnes le 17 juillet, Mamadou Ka, Dougald Lamont, Françoise Therrien Vrignon et Blandine Tona se sont prêtés au jeu du débat électoral mardi, dans les studios de Radio-Canada Manitoba.

Les thèmes de la santé, de l’éducation, des taxes, de l’environnement, du transport en commun, du logement, de la culture et de la qualité de vie dans la circonscription ont été abordés, parfois de façon passionnée, par les quatre candidats à l’élection partielle.

Des questions sur l'éducation

Mamadou Ka a essuyé les critiques des autres, qui n’ont pas manqué de souligner les compressions du gouvernement Pallister en éducation. « Le gouvernement promet une chose – on va investir – et après, dit au système qu'il faut couper 15 % », a ainsi lancé Dougald Lamont.

« Nous avons financé cinq nouvelles écoles à Brandon, dans la division Winnipeg no 1, a indiqué Mamadou Ka. Le gouvernement est à l’écoute de la communauté francophone pour financer de nouvelles écoles. » Une affirmation aussitôt contestée par Blandine Tona : « De quoi est-ce qu’on parle? », s’est-elle écriée.

« L’École Taché et beaucoup d’autres sont surpeuplées. Un financement a été annoncé, mais les écoles françaises ont été oubliées; les coupures dans le BEF, c’est un fait; le maximum de 20 élèves par classe a été annulé [...] il y a eu des coupes à l’USB alors que c’est la seule université francophone. »

« Nous avons investi autant dans les écoles de la province que dans les écoles francophones », s’est défendu le candidat conservateur. « Le gouvernement n’a pas ciblé les communautés francophones en éducation, il a demandé à toutes les universités de réduire [leurs dépenses administratives] de 15 % et c’est l’USB qui a fait le choix d’augmenter les frais de scolarité. »

Plus tard, Mamadou Ka a indiqué qu'en dépit des politiques d’austérité du gouvernement, « oui », il fallait « réinvestir dans l’Université de Saint-Boniface ».

« Investir dans l’USB » est pour Dougald Lamont l'une des deux façons d’améliorer les services en français dans la circonscription. Sur l’avenir du BEF, qui continue d’être un sujet de préoccupation, Françoise Therrien Vrignon a affirmé vouloir « rendre tous les pouvoirs au sous-ministre adjoint » et désire « s’asseoir avec la DSFM pour discuter des priorités ». « Oui au poste de sous-ministre, mais il faut faire plus », a-t-elle dit.

Pourquoi voter pour eux, selon eux?

Dougald Lamont
« Comme chef du Parti libéral je peux faire quelque chose que les autres ne peuvent pas faire : représenter les valeurs des gens et aussi les représenter au Palais législatif et défier M. Pallister. Il faut le défier. »

Françoise Therrien Vrignon
« Je me présente pour réellement transformer la scène politique, pour avoir un impact de longue durée. À la fin de cette élection, Pallister sera encore le premier ministre, Wab Kinew sera encore le chef de l’opposition, alors votez avec votre coeur. »

Blandine Tona
« J’ai occupé des postes de leadership, j’ai une vue globale sur beaucoup de sujets, parce que c’est sur ça que j’ai passé les neuf dernières années. »

Mamadou Ka
« Votez pour quelqu’un qui va porter votre voix, qui sera assis autour de la table du gouvernement et qui est capable de dire : ''voici un endroit où il faut tenir compte des aspirations des francophones''. Cette personne, c’est moi, parce que je serai à la table du caucus. »

D’autres priorités

Dès le début, Blandine Tona s’en est prise aux compressions du gouvernement Pallister et a fait de la santé son cheval de bataille. À Mamadou Ka, qui parlait de réorganisation du système plutôt que de compressions, elle a rétorqué « De qui se moque-t-on? ». Pour faire des économies, elle propose d’investir dans la prévention et la santé communautaire, pour désengorger les services.

Le gouvernement provincial a investi 6 milliards de dollars dans le système de soins de santé, a affirmé Mamadou Ka. Dougald Lamont a balayé l’argument en accusant les conservateurs d’avoir fermé des salles d’urgence sans avoir de plan précis pour augmenter la capacité de celles qui restaient en place, dont l’urgence de l’Hôpital Saint-Boniface. Il faut rétablir les cliniques express, propose le chef libéral.

Les questions fiscales et budgétaires ont elles aussi placé Mamadou Ka dans la ligne de mire des autres candidats. Selon le candidat conservateur, le gouvernement a entrepris la « plus grosse réduction d’impôts au Manitoba ». Aujourd’hui, a-t-il dit, « 20 000 personnes ne paient plus de taxes, et en 2020 elles seront 30 000 ». Dougald Lamont a insisté sur la mise en place d’un système de réduction d'impôts plus équitable. « Vous avez réduit les impôts, d’accord, mais surtout pour les riches », a-t-il déploré.

Mamadou Ka a défendu la politique d’austérité des conservateurs. « Chaque année, 1 milliard de dollars sont versés aux services de la dette à Toronto », a-t-il affirmé avant d’interpeller Blandine Tona et le NPD qui « dit de dépenser, dépenser… Mais allez-vous prioriser un budget fiscalement responsable ou allez-vous augmenter les taxes? »

Insatisfait de la réponse de Blandine Tona, Mamadou Ka a répété sa question. « Je vous ai répondu », s’est exclamé la candidate. « Je lui ai dit, premièrement je comprends comment l’argent fonctionne et ses informations ne sont pas correctes, je ne peux pas répondre à une question qui n’est pas correcte, a-t-elle dit, ajoutant : Attendez-nous dans deux ans pour savoir notre plan ».

Précision

Une version précédente de ce texte indiquait que la candidate du NPD n’avait pas répondu à la question de Mamadou Ka. Nous avons apporté plus de contexte au texte. L’échange entre les deux candidats commence à 58:34 sur la vidéo.

Un thème a rassemblé les candidats : celui du logement. Selon Françoise Therrien Vrignon, « on a plus de 60 % des logements qui sont à louer. Or notre population est très pauvre ». Mamadou Ka a également indiqué que sa priorité serait la construction de « logements à prix modique ». Blandine Tona a affirmé avoir déjà entamé des démarches afin de réduire le coût du logement à Saint-Boniface.

Le thème des transports en commun a également été mentionné comme un enjeu majeur pour la circonscription. La présence de chemins de fer reste un irritant dans le quartier, et le développement du transport en commun, une nécessité, en particulier pour le Parti vert. La culture fait aussi consensus auprès de candidats qui reconnaissent l’importance de la langue et de la culture françaises dans la circonscription.

Le regard de l’analyste

Au terme d’une « discussion animée », l’analyste Raymond Hébert fait remarquer « la connaissance assez poussée des candidats sur les questions locales ». Désavantagé parce qu’il doit « défendre les politiques parfois impopulaires » du gouvernement, Mamadou Ka a « souligné son point fort à la toute fin : pouvoir siéger au gouvernement », remarque Raymond Hébert.

Dougald Lamont est celui qui a le plus à perdre, fait-il remarquer. « Ce serait difficile pour le parti d’essuyer une défaite et s’il gagne, le parti devient un parti officiel à la législature », rappelle Raymond Hébert, ajoutant que « Monsieur Pallister aimerait bien remporter Saint-Boniface, mais historiquement, c’est difficile pour son parti. »

Quant à Blandine Tona, « le fait d’être [une candidate] respectable suffit-il alors qu’on n’est pas premier ministre ou ministre des Finances? » Et pour Françoise Therrien Vrignon, « gagner un siège serait extraordinaire comme réalisation », estime l’analyste.

Il reste encore trois semaines à la campagne avant le jour du vote.

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