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Début d'une longue lutte contre l'agrile du frêne au Nouveau-Brunswick

L'agrile du frêne sur une feuille.
L'agrile du frêne Photo: iStock / yod67
Radio-Canada

L'arrivée de l'agrile du frêne à Edmundston marque le début d'une longue lutte contre cet insecte ravageur dans les Maritimes. Plusieurs défis se dressent et rendent toute éradication complète encore utopique, explique un scientifique du gouvernement fédéral.

Un texte d’Alix Villeneuve

Il va falloir vivre avec l’agrile… tant qu’il y aura des frênes, c’est certain, explique Robert Lavallée, chercheur et entomologiste à Ressources naturelles Canada.

Toutefois, des méthodes de lutte existent. À long terme, ralentir l’infestation et diminuer les populations de ces insectes sont des objectifs réalistes, selon lui.

Les méthodes de lutte chimique, la coupe des arbres, les parasites, les champignons, le climat, les pics-bois, tout ça pourraient être des facteurs qui, jouant de concert, pourraient aider à baisser les populations d’agriles.

L'agrile du frêne sur une feuille.L'agrile du frêne Photo : iStock / ziggy1

L’homme est son plus grand allié

L’agrile ne parcourt pas de grandes distances par elle-même. L’insecte peut se déplacer de quelques kilomètres par année tout au plus.

Comment a-t-il donc pu faire le saut de la ville de Québec à Edmundston d’un coup?

La réponse : en étant transporté.

Son arrivée au Nouveau-Brunswick est visiblement la conséquence du transport par quelqu’un de bois infesté sans qu'il le sache, estime Robert Lavallée.

Le facteur humain joue un rôle clef pour aider l’agrile à se disperser, affirme le chercheur.

Il rappelle l’importance de ne pas transporter des bûches de bois sur de longues distances, surtout en période estivale. Même si les bûches en question ont l’air saines à vue d’oeil, elles peuvent contenir des insectes.

Vous avez beau développer des stratégies de lutte, tout ça peut être mis K.-O. facilement par un transport.

Robert Lavallée, chercheur et entomologiste à Ressources naturelles Canada.
Une larve de l'agrile du frêne retirée de l'écorce d'un arbre à l'aide d'un couteau.Une larve de l'agrile du frêne est retirée d'un arbre infecté à Saugerties, dans l'État de New York. Photo : Associated Press / Mike Groll

Un insecte difficile à détecter

L’agrile du frêne ne laisse pas beaucoup de traces. Il est difficile de détecter les arbres atteints, et cela complique la lutte, explique l'entomologiste.

Les insectes peuvent commencer à s’attaquer à un arbre quelques années avant qu’ils ne soient découverts par des pièges ou par des symptômes apparents.

Souvent, il est déjà trop tard. Les insectes ont eu le temps d'infecter de nouveaux arbres.

Les pièges ont aussi une portée limitée. Si l’agrile est situé à deux ou trois voisins plus loin, les chances ne sont pas très fortes que puissiez la détecter, explique Robert Lavallée.

Finalement, on est toujours à la recherche de Charlie.

Robert Lavallée, chercheur et entomologiste à Ressources naturelles Canada.

Un insecte venu d’Asie

L’agrile du frêne est une espèce envahissante venue de Chine. Il a été détecté pour la première fois en Amérique du Nord en 2002.

Il pond ses oeufs à l’intérieur des frênes. Ensuite les larves, qui peuvent être des centaines, se mettent à gruger l’intérieur et à se nourrir de sa sève.

Ces colonies vont tuer leur arbre en 3 ou 4 ans.

Un arbre infesté par l'agrile du frêne dans le quartier Montcalm à Québec.Un arbre infesté par l'agrile du frêne dans le quartier Montcalm à Québec. Photo : Radio-Canada / Geneviève Gagnon

Réduire le temps de détection

Pour parvenir à déceler plus rapidement les arbres atteints, les scientifiques tentent de mettre au point de nouvelles techniques de détection.

Ils ont découvert qu'à défaut de pouvoir voir les insectes, ils peuvent détecter des changements dans l'écorce, si l'arbre est menacé.

Par un simple prélèvement d’écorce, on pourrait, en utilisant des outils moléculaires, essayer de voir si l’arbre n’est pas en train de réagir à un stress, précise le chercheur.

Lorsqu’on regarde l’arbre, il peut nous sembler encore bien ordinaire. Mais à l’état physiologique, il peut répondre par la production de protéines de défense parce qu’il y a les larves.

Les guêpes Tetrastichus planipennis et Oobius agrili sont utilisées pour lutter contre l'agrile du frêne.Les guêpes « Tetrastichus planipennis » et « Oobius agrili » sont utilisées pour lutter contre l'agrile du frêne. Photo : Radio-Canada

Un autre insecte appelé à l’aide

Des chercheurs sont aussi allés en Chine pour comprendre leur adversaire. Ils ont découvert qu'une petite guêpe contribue à contrôler naturellement l’insecte dans son écosystème d’origine.

On a constaté qu’il y avait de petits insectes, des petites guêpes, qui attaquaient l’agrile là-bas.

Robert Lavallée, chercheur et entomologiste à Ressources naturelles Canada.

Aux États-Unis, des millions de ces insectes ont été relâchés dans la nature, explique le chercheur.

Parasiter le parasite

D’autres recherches démontrent qu’une sorte de champignon est capable de parasiter l’agrile du frêne pour le tuer en quelques jours.

Des pièges munis de spores de ces champignons sont en train d’être développés pour être utilisé dans la lutte contre l’insecte.

Ce qu’on espère, c’est qu’il y [aura] un effet domino. Qu’un individu puisse en contaminer plusieurs et qu’il introduise dans la population une maladie.

Robert Lavallée, chercheur et entomologiste à Ressources naturelles Canada.

Sinon, une sorte de « vaccin » pour frênes peut être administré pour ralentir la propagation. Le TreeAzin, s'il est injecté assez tôt, va incommoder les larves qui s'attaquent aux arbres traités.

Traitement d'un frêne atteint par l'agrile.Un frêne traité avec du TreeAzin, à Montréal. Photo : Radio-Canada

Nouveau-Brunswick

Faune et flore