•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • Envoyée spéciale
  • Élections en Turquie : l'opposition fera-t-elle tomber Erdogan?

    La silhouette d'un homme, micro à la main, avec en premier plan le soleil qui se couche.
    Muharrem Ince, principal adversaire du tout-puissant président Erdogan, lors d'un discours à Izmir, jeudi. Photo: Reuters / Osman Orsal

    Recep Tayyip Erdogan brigue un deuxième mandat à la présidence de la Turquie, dont les élections se tiendront dimanche. Cette fois, il accéderait à un poste qui lui conférerait des pouvoirs considérables, mais l'opposition le talonne dans ce dernier sprint de campagne.

    Un texte de Marie-Eve Bédard, correspondante au Moyen-Orient

    En 2017, les Turcs ont approuvé par référendum une transformation majeure du rôle de président, qui était jusqu’à ce moment essentiellement honorifique.

    Voilà pourquoi il était essentiel de devancer les élections qui devaient se tenir en novembre 2019, argumentait M. Erdogan lors de la campagne référendaire. Il fallait mettre en place le système présidentiel d’urgence.

    Le président Erdogan, qui domine le paysage politique de la Turquie depuis plus de 15 ans, est toujours favori selon la plupart des sondages. Il espère l’emporter au premier tour ce dimanche avec plus de 50 % des voix, mais à voir l’évolution de cette campagne électorale qui tire à sa fin, on se demande s’il ne regrette pas d’avoir précipité le rendez-vous avec les électeurs.

    Une opposition qui le talonne

    Muharrem Ince, candidat de l’opposition à l’élection présidentielle turque, s’est adressé à ses partisans lors d’un rassemblement le 22 juin 2018, à Ankara.Muharrem Ince, candidat de l’opposition à l’élection présidentielle turque, s’est adressé à ses partisans lors d’un rassemblement le 22 juin 2018, à Ankara. Photo : AFP / Adem Altan

    Dans la ville côtière d’Izmir, jeudi, une foule immense s’est rassemblée au bord de la mer pour entendre le principal opposant du président. Muharrem Ince, le candidat du Parti républicain du peuple (CHP), cause la surprise et propose aux électeurs une véritable solution de remplacement à Recep Tayyip Erdogan.

    Son style emporté, son charisme ainsi que son discours franchement séculaire attirent beaucoup d’électeurs qui veulent en finir avec le règne d'Erdogan et de son parti de la Justice et du Développement, comme en font foi les images d’une côte inondée par ses partisans.

    Ces images n'ont été diffusées sur aucune des grandes chaînes de télévision en Turquie. Même chose le lendemain, alors que M. Ince rassemblait une foule monstre dans les rues de la capitale Ankara.

    Des milliers de personnes sont massées sur la côte. Muharrem Ince a chauffé la foule dans la ville côtière d’Izmir, jeudi. Photo : Reuters / Osman Orsal

    Depuis une tentative de coup d’État à l’été 2016, le régime turc a décrété l’état d’urgence et a poursuivi avec acharnement sa mainmise sur les médias et réduit les organes de presse d’opposition au silence. Des centaines de journalistes ont été arrêtés et emprisonnés.

    Une dérive autoritaire qui a également vu 107 000 fonctionnaires – des policiers, des juges et des professeurs – congédiés par décret.

    Environ 50 000 personnes ont été arrêtées en attente d’un procès. De quoi semer la terreur chez ceux qui voudraient critiquer les autorités.

    Deuxième tour

    Malgré tout, ou peut-être précisément pour cette raison, l’opposition politique en Turquie semble sortir d’une certaine morosité et se révèle efficace en campagne.

    En plus des élections présidentielles, la Turquie tient également des élections législatives, dimanche. À l’initiative de Muharem Ince, tous les partis d’opposition font front commun dans l’espoir de gagner une majorité de sièges, à l’exception du Parti démocratique du peuple (HDP), un parti prokurde dont le chef, Selahattin Demirtas, fait campagne depuis une cellule de prison.

    Pour le HDP, cette élection est une question de survie. S’il n’obtient pas au moins 10 % des voix, il disparaîtra complètement du Parlement. Mais s’il survit, le HDP pourrait ravir au parti du président Erdogan ses chances de conserver le contrôle du Parlement.

    Il y a six candidats à la présidence. Si aucun d’entre eux n’obtient une majorité simple au premier tour, les Turcs devront trancher de nouveau le 8 juillet prochain. C'est le scénario qui semble le plus probable pour l’instant.

    Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, s’est adressé à ses partisans, le 22 juin 2018, à Istanbul. Il brigue un deuxième mandat à la présidence de son pays.Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, s’est adressé à ses partisans, le 22 juin 2018, à Istanbul. Il brigue un deuxième mandat à la présidence de son pays. Photo : Reuters / Umit Bektas

    Si Recep Tayyip Erdogan est victorieux et que son parti de la Justice et du Développement demeure majoritaire au Parlement, le président aura réussi à consolider un pouvoir presque absolu qu’il détient pour ainsi dire déjà.

    Toutefois, si M. Erdogan perd sur ces deux fronts, le paysage politique de la Turquie sera altéré de façon dramatique.

    Dans un scénario où le président serait réélu sans que son parti contrôle le Parlement, la Turquie peut s’attendre à une période de turbulences et d’incertitudes dans un avenir proche.

    Politique internationale

    International