•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Edwine Veniat : « Moi, ce qui me choque, c'est l'hypocrisie (...) liée au commerce du sexe »

Coup de gueule Edwine Véniat
Radio-Canada

BILLET | Je veux vous livrer un coup de gueule en rapport avec l'hypocrisie de la société, notamment dans le cadre du féminisme, de la pornographie et des métiers du sexe. Mon propos parle de sexualité assumée.

Un texte d'Edwine Veniat

Je vous préviens tout de suite : il y a de fortes chances que vous ne lisiez pas mon billet jusqu’au bout parce que je parle de sexualité assumée. Voyons voir si vous en êtes capables!

Il est entendu que les réflexions qui sont échangées ici concernent les pays développés comme le Canada, qui encadre par des lois les formes du commerce du sexe que sont la pornographie ou les bars de danseuses nues. Je n’entre pas dans la question des dérives illégales et abusives (proxénétisme, abus de confiance, abus de faiblesse, viol) que, bien sûr, je dénonce.

J’entends également que les personnes qui exercent ces métiers ne le font pas dans le cadre d’une solution de dernier recours. Qu’elles font un travail légal et que ce n’est pas un choix de subsistance qui fait d’elles des victimes des circonstances.

Aux mots traditionnellement entendus qui sont humiliation, honte, déshonneur, faiblesse, j’oppose les mots pouvoir, domination, force, maîtrise. Ça vous choque?

Moi, ce qui me choque, c’est l’hypocrisie de cette société qui, avec sa fausse pudeur, fustige et critique les personnes qui sont liées au commerce du sexe.

Nous, adultes sexués, frémissons devant des personnes qui assument cette sexualité dans un cadre consentant et consensuel.

Il ne faut pas se leurrer, on n’en parle peut-être pas, mais l’industrie du sexe est l’une des plus rentables : 97 milliards par an rien que pour la pornographie. Intéressant, considérant que peu d’utilisateurs paient pour visionner leur contenu!

Le Canada est au 5e rang mondial pour le trafic de pornographie. Rien que dans l’ouest du pays, on trouve 30 bars de danseuses nues, dont 12, rien que pour la Colombie-Britannique.

En pornographie, les femmes sont payées beaucoup plus que leurs homologues masculins : c’est le seul endroit où les femmes ont une supériorité salariale par rapport aux hommes!

En 2015 un acteur gagnait en moyenne entre 500 et 600 $pour une scène. Les femmes, elles, reçoivent entre 800 $ et 1000 $. Si elles sont célèbres et prêtes à s'adonner à diverses pratiques, les actrices peuvent espérer plus de 2500 $. Le plafond pour un acteur célèbre reste à 1500 $ environ, soit presque la moitié moins!

L’habitude de consommation des femmes au Canada est la même que partout ailleurs dans le monde, 25 % de femmes regardent de la pornographie contre 75 % d’hommes. Ainsi, il n’y aurait a priori pas de raison d’être plus pudique au Canada qu’ailleurs.

Avant de juger, est-ce que vous avez demandé leur avis aux principales intéressées? Je me suis entretenue avec différentes danseuses nues, j'ai vu des documents et lu des ouvrages sur des femmes qui travaillent dans les métiers du sexe, comme l’ancienne actrice Sasha Grey et la danseuse Jacqueline Frances. Elles s’accordent sur une chose : les femmes sont en pouvoir dans cette industrie.

Je vous entends déjà me dire : Edwine, que fais-tu des femmes qui sont abusées, forcées, droguées, qui, des années après, regrettent leurs choix et les conséquences sur leur vie privée ou encore, qui n’ont pas de plan de carrière et pour lesquelles tout s’arrête parce qu’elles vieillissent?

Je réponds que c’est normal de changer de carrière en cours de vie, mais si jamais une actrice de pornographie fait de même, on s’accroche à cet exemple pour essayer de prouver que la pornographie est mauvaise.

Les métiers liés au corps sont des métiers qui ne durent pas, ce n’est pas exclusif aux métiers du sexe. On n'a qu’à prendre comme exemple les mannequins.

J’aimerais que les stigmatisations cessent, que notre société puisse lever les tabous et voir que le monde évolue. Il faut dénoncer cette propension que l’on a à juger tout et tout le monde au nom d’une soi-disante bienséance.

Cette espèce de moralité et de puritanisme n’est pas seulement hypocrite à mes yeux, mais elle fige le sens critique et nous empêche de penser clairement. Ils agissent avant même que les rouages de notre cerveau se mettent en place et posent des œillères dont nous n’avons parfois même pas conscience, et ça, c’est grave ! C’est ce que j’appelle de l’endoctrinement, et je dénonce cela.

Et vous, qu’en pensez-vous? Êtes-vous prêt à arrêter de juger, à cesser de fermer les yeux sur une réalité qui existe, à dénoncer et à empêcher les gestes de stigmatisation de la vie quotidienne?

Edwine Veniat, Vancouver

Edwine Veniat travaille toujours pour Reines de Coeur, sa maison d’édition LGBT. Elle multiplie ses expériences canadiennes en enseignant le français langue seconde au niveau universitaire et en collaborant avec des galeries d’art pour nourrir sa fibre culturelle.

Colombie-Britannique et Yukon

Égalité des sexes