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L'ONU veut une enquête sur les exactions policières au Venezuela

Deux hommes en uniforme, le visage masqué et portant des fusils automatiques, sont assis dans la boîte arrière d'une camionnette.
Deux agents du Service bolivarien de renseignement national (SEBIN) à l'entrée de leur quartier général, à Caracas, le 17 mai 2018 Photo: Getty Images / JUAN BARRETO

La Cour pénale internationale et le Conseil des droits de l'homme de l'ONU doivent se pencher sur l'impunité dont semblent jouir les forces de l'ordre du Venezuela, estime le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU, qui s'appuie sur un nouveau rapport percutant.

Exécutions extrajudiciaires, détentions arbitraires, torture avec violence sexuelle, simulacres d’exécution et décharges électriques se poursuivent toujours dans le pays, mais personne ne semble être tenu pour responsable pour autant, indique le document d’une soixantaine de pages publié vendredi.

Le rapport s’attarde plus particulièrement au sort de 505 Vénézuéliens qui ont été tués par les forces de sécurité entre juillet 2015 et mars 2017, lors de « prétendues opérations de lutte contre la criminalité » qui paraissent bidon.

Selon les témoins rencontrés, les opérations se déroulaient selon un modus operandi bien établi : raids sans mandat visant de présumés criminels dans des quartiers pauvres, assassinat de jeunes hommes ayant le profil recherché, parfois dans leur maison, puis altération de preuves visant à faire croire à un échange de coups de feu.

Les témoignages des victimes soulèvent des questions [quant] à savoir si [ces opérations] avaient vraiment pour but de démembrer des organisations criminelles. Certains éléments semblent indiquer qu’il s’agissait d’un instrument pour que le gouvernement puisse mettre de l’avant de présumés résultats en matière de réduction de la criminalité.

Extrait du rapport

Pas moins de 357 membres des forces de sécurité avaient fait l'objet d'enquête de l’ancienne procureure générale Luisa Ortega Diaz, mais plus aucune information à ce sujet n’est disponible depuis que cette dernière a été limogée en août 2017 par l'Assemblée constituante fidèle au président Nicolas Maduro.

« Le fait que le Corps d’investigations scientifiques, pénales et criminalistiques (CICPC), responsable de ces enquêtes, soit aussi présumément responsable de la plupart de ces morts est un obstacle-clé » pour la suite de ces enquêtes, souligne le rapport.

« L'impunité doit cesser »

« L’incapacité à tenir les forces de sécurité [responsables] pour de si sérieuses violations des droits humains suggère que la règle de droit est absente au Venezuela », affirme le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra’ad Al-Hussein, dans un communiqué.

« Depuis des années, les systèmes institutionnels de pouvoirs et [de] contre-pouvoirs et l’espace démocratique ont été érodés, laissant peu de place pour que l’État rende des comptes. L’impunité doit cesser », a-t-il ajouté, qualifiant la situation de « lamentable ».

Étant donné que l’État ne semble ni capable ni disposé à poursuivre les violations graves des droits de l’homme, il y a de solides raisons de demander un engagement accru de la Cour pénale internationale.

Zeid Ra’ad Al-Hussein, haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU

« Compte tenu de l’ampleur et de la portée des violations », M. Zeid recommande en outre que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU mette sur pied une commission d’enquête internationale » pour faire la lumière sur la situation qui prévaut dans le pays de 30 millions d’habitants.

L'agent de police Oscar Perez posant devant un hélicoptère.Le rapport de l’ONU revient notamment sur le sort de l’inspecteur de police Oscar Perez et de six de ses collègues, abattus le 15 janvier, alors qu'ils tentaient de se rendre. L’ONU croit qu’ils ont été exécutés sur ordre du gouvernement, en violation de leurs droits fondamentaux. Photo : Reuters / Christian Veron

Le rapport à l’origine de ces appels a été réalisé par une équipe de spécialistes des droits de la personne auprès de 150 personnes – victimes, membres de leur famille, témoins, journalistes, avocats et médecins – interviewées à distance, les autorités vénézuéliennes leur ayant refusé l’accès au pays.

Il fait suite à la publication d’un premier rapport accablant, publié en août 2017, qui dénonçait déjà le « recours généralisé et systématique à une force excessive pendant les manifestations [contre le gouvernement], et la détention arbitraire de manifestants et d’opposants politiques présumés ».

Un pays exsangue et abandonné par ses habitants

Le Venezuela est aujourd’hui un pays exsangue, englué dans une crise politique et économique qui ne semble pas sur le point de se résorber, le président Maduro ayant récemment été réélu au terme d’un scrutin vivement dénoncé par la communauté internationale. Il peut gouverner jusqu’en 2025.

Il avait précédemment retiré tous les pouvoirs à l’Assemblée nationale pour les confier à une Assemblée constituante composée uniquement de ses partisans, élus lors d’un scrutin boycotté par l’opposition.

L’économie, qui s’appuie presque exclusivement sur la rente pétrolière, s’est effondrée, et les 30 millions de Vénézuéliens sont aujourd’hui aux prises avec des pénuries d’aliments et de médicaments, et une inflation qui atteint 25 000 % en taux annualisé.

Une longue file de personnes attend sur le pont.Des Vénézuéliens traversent le pont à la frontière avec la Colombie, à San Antonio del Tachira, le 10 février 2018. Photo : Getty Images / GEORGE CASTELLANOS

Il y a un peu plus d’un mois, un directeur de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Emanuele Capobianco, a estimé qu’un million d’entre eux ont quitté leur pays au cours de la dernière année.

Certains ont trouvé refuge au Brésil, mais la plupart d’entre eux prennent la route de la Colombie. La Croix-Rouge estimait alors que 37 000 Vénézuéliens franchissaient la frontière colombienne chaque jour.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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