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Procès Guillot : des enfants sans nourriture pendant des jours

Claude Guillot dans les couloirs du palais de justice de Québec
Le pasteur Claude Guillot (au centre) Photo: Radio-Canada / Yannick Bergeron
Radio-Canada

Le pasteur Claude Guillot aurait privé des enfants de repas pendant plusieurs jours. C'est ce qu'a affirmé un témoin qui a fréquenté pendant 13 ans, avec ses frères, l'école dirigée par Guillot dans son sous-sol.

Un texte de Jonathan Lavoie

« Moi, le plus que j’ai fait, c’est six repas en ligne sans manger », a raconté au juge celui que nous appellerons Julien pour protéger son identité. Un autre pensionnaire du pasteur aurait également passé près de quatre jours sans avoir droit à un repas.

Selon le témoignage de Julien, la privation de nourriture était une punition fréquente pour corriger les mauvais comportements des pensionnaires.

Cette conséquence aurait souvent été couplée à des exercices intenses, des squats imposés par centaines ou par milliers par le pasteur.

« J’ai toujours vu Claude Guillot nous pousser jusqu’aux limites, mais pas trop, pour ne pas qu’on se ramasse à l’hôpital », a raconté l'homme qui a témoigné d’une voix assurée tout l'avant-midi.

Violences physiques

Julien a également rapporté plusieurs épisodes de violence physique qui se seraient déroulés dans le sous-sol de Claude Guillot.

Un dimanche après-midi où les enfants étaient censés faire la sieste, il se souvient avoir rampé sur le sol du salon pour récupérer un jouet pour enfant, une tablette à écrire.

Il était persuadé d’avoir réussi à déjouer les détecteurs de mouvement installés dans le salon, mais Claude Guillot se serait rendu compte du subterfuge.

« Il arrive dans le salon, m’empoigne et me donne un coup de poing, a raconté Julien. Il m’a donné d’autres coups, claques au visage et tout ça. […] J’ai eu droit à une volée. »

Il me regardait avec des yeux de tueur, il était vraiment en colère.

Julien, présumée victime de Claude Guillot

L'homme a témoigné avoir été agressé physiquement au moins à trois reprises par le pasteur. Il aurait aussi été témoin de plusieurs épisodes où les autres enfants auraient subi le même sort.

« Quand il pétait une coche et nous agressait physiquement, on n’avait aucune défense », a déclaré le plaignant en parlant d’un climat de terreur.

Claude Guillot fait face à 22 chefs d’accusation pour des sévices physiques et psychologiques qu’il aurait fait subir à six présumées victimes.

La fuite

À l’été 2014, un des frères de Julien aurait échappé à la vigilance de Claude Guillot et réussi à s’enfuir.

Dès lors, le jeune homme qui avait 21 ans à l’époque commence à planifier faire la même chose. « C’est comme si mon petit frère m’avait donné le courage de m’en aller. »

Il met son plan à exécution le 5 août 2014 et se retrouve chez sa mère, avec qui il n’a plus de contact depuis plusieurs années. Son jeune frère qui a pris la fuite quelques mois plus tôt est présent lui aussi.

Julien a raconté au juge avoir vécu un immense « choc culturel » en voyant les jouets dans la chambre, un livre de Harry Potter, la télévision allumée dans le salon ; autant de choses qui auraient été diabolisées tout au long de son éducation religieuse.

Persuadé que sa famille biologique vit dans le péché, il demande à retourner vivre chez le pasteur Guillot.

Son escapade de quelques heures dans le monde extérieur aura toutefois changé sa vision des choses à jamais. Il a de plus en plus de mal à vivre avec les directives de l’accusé.

« J’étais beaucoup moins tolérant à ses accès de colère et à ses restrictions », a confié Julien en expliquant qu’il ne supportait plus d’être questionné chaque matin sur ses habitudes de masturbation ou ses pensées sexuelles.

Quelques semaines plus tard, avec l’accord de Claude Guillot, Julien retourne vivre chez son père, puis chez sa mère, avant de voler de ses propres ailes.

Pensées suicidaires

Les années qui ont suivi ont été difficiles. « Mon monde venait de s’écrouler. Pendant 21 ans, tout ce que [j'ai appris] de Claude Guillot, c’était de la cochonnerie », a résumé Julien dans son témoignage.

Il a notamment confié avoir eu des pensées suicidaires récurrentes pour lesquelles il a déjà été hospitalisé quelques jours en psychiatrie.

Aujourd’hui, Julien a refait sa vie. Il est fiancé et travaille pour le gouvernement fédéral. Il est toujours suivi en psychothérapie chaque semaine.

« Je lutte encore tous les jours avec l’anxiété et avec la dépression », a déclaré Julien avant que la séance ne soit levée.

Il doit poursuivre son témoignage vendredi.

Québec

Procès et poursuites