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Les Saoudiennes pourront conduire, mais les autres droits tardent à suivre

Une femme saoudienne apprend à conduire sur un simulateur.
Une Saoudienne apprend à conduire sur un simulateur. Photo: Radio-Canada / Marie-Ève Bédard
Agence France-Presse

La levée de l'interdiction de conduire pour les femmes, qui entre en vigueur dimanche, constitue une avancée dans le royaume ultraconservateur, mais le système de tutelle draconien qui met leur vie quotidienne entre les mains des hommes perdure.

Cette décision, prise en septembre, a constitué un formidable coup de relations publiques en direction de l'étranger pour l'Arabie saoudite, dont les autorités tentent d'offrir une nouvelle image.

Plus largement, le prince Mohammed ben Salmane, nommé héritier du trône le plus puissant du Moyen-Orient il y a un an, a mis en branle un grand nombre de changements de politiques en un temps record.

Toutefois, les décrets portant ces changements n'effleurent que la surface d'un système qui régit une société dont beaucoup disent qu'elle a encore beaucoup de chemin à faire.

Le système de tutelle impose aux femmes d'avoir la permission de leur plus proche parent masculin - père, mari, frère, fils - pour étudier, renouveler leur passeport ou quitter le pays.

Les femmes peuvent également avoir besoin de l'approbation d'un tuteur pour accéder aux soins de santé.

Depuis la nomination du prince Mohammed, son père, le roi Salmane, a signé des décrets permettant aux femmes d'accéder aux stades de football, de se joindre aux forces de police et de conduire.

Cependant, selon des ONG, ces décisions, qui constituent des avancées notables, sont loin d'être suffisantes.

« Ça ne va pas assez loin »

« Permettre aux femmes de conduire est un pas dans la bonne direction et un pas vers la liberté de mouvement des femmes », a déclaré Samah Hadid, directrice des campagnes d'Amnesty International au Moyen-Orient.

« Mais ça ne va pas assez loin », a dit Mme Hadid à l'AFP, en soulignant que si l'Arabie saoudite « est sérieuse au sujet des droits des femmes, elle doit abolir immédiatement le système de tutelle ».

Le vent soulève le voile d'une jeune femme saoudienne.Les Saoudiennes ne peuvent voyager, ouvrir un compte bancaire, obtenir des papiers d'identité, s'inscrire à l'université ou accéder à la justice sans l'accord préalable d'un homme. Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

Pour de nombreuses Saoudiennes, avoir le droit de conduire sans avoir celui de mener d'autres activités librement ne sert pas à grand-chose.

Comment pouvez-vous appeler cela de l'autonomisation? C'est de l'hypocrisie. Je peux conduire dans mon propre pays, mais je ne peux pas le quitter à moins que mon propre fils le permette. Nous sommes riches. Nous sommes éduquées. Et pourtant, nous ne sommes pas des citoyennes de plein droit. Nous sommes à la merci du père ou du mari.

Une Saoudienne à l'AFP, sous couvert de l'anonymat

Une autre Saoudienne, qui a également demandé à ne pas être identifiée, dit ne pas pouvoir divorcer. Ses parents vivent à l'étranger; son mari a son passeport et lui fait subir un harcèlement continuel.

« Il me dit tous les jours : "Il suffit d'un seul appel pour que vous ne puissiez jamais quitter l'Arabie saoudite et voir vos parents." »

Les changements ont été lents en Arabie saoudite ces dernières décennies.

En 2000, le royaume a ratifié la Convention de l'ONU sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), ce qui l'oblige à mettre fin à de nombreuses restrictions, dont celle de la tutelle.

Dix-sept ans plus tard, le roi Salmane a ordonné aux agences gouvernementales de fournir une liste officielle de services qui exigent que les femmes obtiennent l'approbation du tuteur, un petit pas vers une révision possible de ce système profondément ancré dans la société.

Bien qu'il soit difficile de mesurer ce que pensent les Saoudiens de ce système, compte tenu de ce que Mme Hadid appelle une « culture envahissante de la peur et du silence de la dissidence », les protestations en ligne et les arrestations peuvent donner des indications.

Il est important de se rappeler que certaines des femmes qui se sont battues pour la levée de l'interdiction, qui ont fait campagne pacifiquement, sont derrière les barreaux. Lever l'interdiction d'une part et arrêter les femmes qui l'ont demandée d'autre part, c'est de l'hypocrisie.

Samah Hadid, directrice des campagnes d'Amnesty International au Moyen-Orient

Récemment, le royaume a arrêté plus d'une dizaine de militantes et de militants des droits des femmes, les accusant de « saper » la sécurité du pays, selon les groupes de défense des droits de l'homme.

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