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La baleine noire, cette grande inconnue

Une baleine effectuant une plongée
La baleine noire de l'Atlantique Nord est une espèce protégée en vertu des lois canadiennes et américaines. Photo: NOAA

Une nouvelle zone de pêche sera fermée jeudi au large de la Gaspésie. Même si Pêches et Océans Canada a délimité des zones possibles de déplacements des cétacés, les chercheurs en connaissent finalement peu sur le comportement de la baleine noire dans le golfe.

Un texte de Joane Bérubé

Jusqu’à maintenant, la cohabitation entre les pêcheurs et les baleines a eu pourtant de lourdes répercussions sur l’industrie.

Dimanche dernier, près de la moitié des détenteurs de permis de pêche au homard de la Gaspésie ont dû mettre fin prématurément à leur saison de pêche en raison de la présence de baleines noires au large des côtes.

Si les pêcheurs sont au repos forcé. D’autres s’animent dans le golfe pour tenter de parfaire l’état des connaissances sur cette baleine qui jusqu’à récemment fréquentait surtout la baie de Fundy.

Même si le mammifère semble plus présente qu’auparavant dans le golfe, les scientifiques hésitent à tirer des conclusions claires, faute de données.

« Par exemple, on ne sait pas vraiment si c’est à cause qu’il y a plus d’efforts de surveillance en ce moment qu’on voit un plus grand nombre de baleines noires ou s’il y a eu un changement dans leur distribution parce qu’on n’a pas suffisamment de données qui pointent dans une direction », souligne l’assistante de recherche à l’Université de Dalhousie, Delphine Durette-Morin

Une baleine noire trouvée morte dans le golfe du Saint-Laurent en 2017Une baleine noire trouvée morte dans le golfe du Saint-Laurent en 2017 Photo : La Presse canadienne / Marine Animal Response Society

Ce n’est que depuis 2015 que des observations spécifiques de la baleine noire ont été effectuées dans le golfe.

Ce n’est pas anodin puisqu’il s’agit d’une baleine qui est difficilement repérable. En raison de sa couleur notamment, la baleine, lorsqu’elle brise la surface de l’eau, se confond assez bien avec les vagues, par exemple. « Elle est très difficile à identifier si on ne la cherche pas », commente Delphine Durette-Morin.

C’est aussi une baleine qui peut parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres dans la même journée.

Dans cette perspective, si les zones protégées par Pêches et Océans cette année ont été délimitées en fonction des connaissances actuelles sur les aires d’alimentation de la baleine, les scientifiques en savent peu sur leurs déplacements entre ces zones.

Divers projets de recherche

C’est à ce genre de questions que tentent de répondre les chercheurs du projet WHaLE (Whale Habitat and Listening Experience) de l’Université de Dalhousie et du Canadian Whale Institute.

Delphine Durette-Morin travaille sur un projet de recherche afin d’établir plus spécifiquement les aires de distribution de la baleine, les couloirs migratoires, la durée des séjours dans les eaux du golfe donc les moments d’arrivée et de départ de la baleine noire.

Vue aérienne de deux baleines noires. Plusieurs baleines noires ont été aperçues dans le golfe du Saint-Laurent en 2018. Photo : Pêches et Océans Canada

Elle utilise des hydrophones, certains installés sur des planeurs qui parcourent le golfe et d’autres installés sur les fonds marins, pour repérer les baleines. L’écoute des vocalises des baleines vient compléter l’observation visuelle, souligne-t-elle.

Ces travaux aideront à réévaluer les mesures imposées cette année par Pêches et Océans Canada.

Toutefois, ces premières observations laissent croire que les baleines arrivent plus tôt que ce qu’on croyait dans le golfe. « D’ailleurs, elles sont déjà là. Je les ai entendues en mai aussi », rapporte Mme Durette-Morin.

Historiquement, les scientifiques considéraient que les baleines étaient présentes dans le golfe de la fin juin à décembre.

L’hypothèse reste à confirmer, mais la semaine dernière près de 80 baleines ont été comptabilisées dans le golfe, selon les données recueillies par les chercheurs de l’Université de Dalhousie et ceux de Pêches et Océans Canada.

La première fermeture temporaire de zone de pêche en raison de la présence d'une baleine est survenue le 20 mai dernier.

Une carte des observations de baleines noires  est disponible en ligne : http://whalemap.ocean.dal.caUne carte des observations de baleines noires est disponible en ligne : http://whalemap.ocean.dal.ca Photo : Whalemap (extrait0

Les résultats de Mme Durette-Morin seront connus l’an prochain.

Plusieurs chercheurs de l'Université de Dalhousie se penchent aussi sur les zones d’alimentation. Déjà, ils ont observé que la baleine avait une prédilection pour des fonds marins, profonds, en pente comme dans le bassin Roseway et Grand Menan. Ces études ont permis aux chercheurs de repérer un autre lieu d’alimentation, Orpheline Trough, situé à l’entrée de la baie des Chaleurs.

D’autres chercheurs du Candian Whale Institute et de de l'Université de Dalhousie travaillent sur d'autres sujets qui aideront à la cohabitation entre l'homme et la baleine comme l’interaction entre les baleines et la navigation.

« On essaie le plus possible de compléter ces trous dans nos connaissances le plus rapidement que faisable et possible », conclut Mme Durette-Morin.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Protection des espèces