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La naissance de CBON, la station de Radio-Canada dans le Nord de l'Ontario

Plateau d'une émission pour enfant. Trois personnes et une marionnette sont en dicussion.
Marie Poulin, directeur de CBON, lors du passage de Bobino et Bobinette à Sudbury le 20 mars 1979. Au centre, avec les fleurs, la jeune Louise Henri, gagnante d'un concours d'affiche. Photo: Radio-Canada

Dans ses mots, le directeur fondateur de CBON Marie Poulin raconte la naissance de la station nord-ontarienne de Radio-Canada il y a 40 ans.

Un récit de Marie Poulin

Durant les années 70, les francophones de Sudbury déposent des demandes à la Société Radio Canada (SRC) et au CRTC pour obtenir une station régionale de la SRC à Sudbury.

Suite aux demandes qui se multiplient, la décision est prise : le réseau français ouvrira une station régionale à Sudbury pour desservir tout le Nord de l’Ontario en 1978.

Note :

Marie Poulin préfère utiliser le titre masculin des postes qu'elle a occupés. Elle était donc le directeur fondateur et, après 1995, le sénateur Marie Poulin.

À ce moment, je suis réalisateur d’une émission de radio de la SRC à Ottawa, CBOF.

Un collègue me suggère de postuler pour le poste de directeur fondateur.

Je lui dis : Je vais aller leur parler des gens du Nord, les remercier de cette décision, leur offrir quelques suggestions. Pas question pour moi de déménager à ce moment-ci. Je suis enceinte de six mois, [mon mari] Bernard enseigne, notre fille Elaine aime son voisinage et son école. J’adore travailler à CBOF comme réalisateur.

Malgré mes réticences, je pose ma candidature. On m’invite à la Maison Radio-Canada à Montréal pour une entrevue.

C’est quoi, Sudbury et le Nord de l’Ontario?

Je me rends au bureau du directeur des stations régionales à la Maison de Radio-Canada. Quatre hommes y sont. Ils portent tous une chemise blanche, une cravate et un complet bleu marin. Ils me rappellent mes quatre frères... je me sens chez nous.

Je me présente et les remercie d'ouvrir une station régionale à Sudbury. Comme vous voyez, messieurs (ma grossesse est quelque peu évidente) je ne peux pas aller ouvrir la station, mais j'aimerais vous parler du Nord.

Et je pars! Je leur présente avec enthousiasme :

  • le portrait des francophones de la région,
  • leur appétit pour la langue et la culture françaises,
  • l'appréciation du leadership exercé par les communautés religieuses dans le domaine de l'éducation et de la santé,
  • l'implication communautaire des individus et des familles,
  • l'impact de l'industrie du bois et des compagnies minières,
  • le succès d'entrepreneurs du Nord,
  • le défi des distances entre les communautés.

Je continue en leur parlant du rôle clef que doit jouer la SRC dans le Nord de l'Ontario, non seulement comme lien entre les communautés régionales, mais aussi comme lien avec tout du Canada : la SRC a la responsabilité de faire connaître le Nord de l'Ontario aux auditeurs de Montréal, de Moncton, de Vancouver, via une salle de nouvelles bien organisée et des contributions du Nord aux émissions culturelles nationales.

Je termine en leur offrant quelques noms de personnes qui pourraient prendre la direction du projet.

Photo de la première équipe de CBON, dans la salle des nouvellesLa première équipe de CBON Photo : Radio-Canada / Archives

On m'explique que l'ouverture de la station de Sudbury est une première pour la SRC. Les autres stations régionales du Canada furent des achats de propriétaires de stations affiliées. On me remercie tout en me demandant : Êtes-vous toujours aussi à l'aise avec des étrangers?

Je suis ravie que tout se soit bien passé.

C'est en attendant l'ascenseur que l'un d’eux sort du bureau et m’interpelle : Madame Poulin, attendez. Le groupe est unanime. Nous aimerions que ce soit vous qui preniez la direction du projet, de la station. Et je réponds: Mais monsieur, je suis enceinte.

En souriant, il souligne un fait flagrant : Oui, mais vous ne serez pas toujours enceinte. Pensez-y. Voici ma carte. Appelez-moi avant la fin de semaine.

Je quitte la Maison Radio-Canada à la course pour me rendre à la station de train.

Dans la salle d’attente de la gare, je trouve un téléphone public. J'appelle Bernard et je dis : Chou, mon train quitte dans quelques minutes. Tu ne devineras jamais ce qui vient de m'arriver. On m'a offert la job.

Bernard répond : Donne-moi deux secondes, Marie.

J'attends, pensant qu'il doit y avoir une urgence avec notre fille Elaine. Il revient et je demande : Mais que se passe-t-il? Elaine va bien?

Pas de problème. J'ai commencé à faire les valises.

C'est ainsi que la décision fut prise de déménager à Sudbury! Les semaines suivant cette rencontre furent très remplies : réunions de planification à Montréal, rencontres exploratoires à Sudbury. Mon travail est « interrompu » par la naissance de notre fille Valérie, le 22 mars 1978.

Mais trois jours plus tard, je me plonge à nouveau dans les préparatifs.

Les valeurs

Portraits des trois anciens animateursDaniel Mathieu, Denis St-Jules et Danie Béliveau, trois anciens animateurs des émissions du matin à CBON Photo : Radio-Canada / Archives

Ces préparatifs sont enrichis par les nombreux conseils que je recueille tant dans des stations régionales de la SRC qu'à la Maison Radio Canada à Montréal. Mais c'est dans le Nord que je retrouve des suggestions qui collent au quotidien des futurs auditeurs.

À chaque visite à Sudbury, je prends le temps de m'asseoir avec des chefs de file, que ce soit en éducation, en santé, en affaires, en gouvernance municipale, provinciale et fédérale ou dans le domaine culturel, sportif, religieux. Et quand je suis à Ottawa, je fais des appels.

Suite à ces nombreuses conversations, un plan, identifiant les objectifs et les ressources requises, prend forme. Il définit pour moi les valeurs clefs sur lesquelles la station régionale CBON sera bâtie :

1. le service public

2. l'équilibre

J'embauche la première équipe avec une approche mathématique : je veux

  • 50 % d’hommes, 50 % de femmes
  • 50 % de gens du Nord, 50 % de gens d'ailleurs
  • 50 % de jeunes, 50 % de moins jeunes
  • 50 % de gens avec expérience en journalisme ou en radiodiffusion, 50 % de gens sans métier, mais avec d'autres expériences et connaissances

3. le respect

C'est en faisant une recherche pour la préparation du plan de travail que je me rends compte du très grand nombre de joueurs impliqués dans l'ouverture d'une nouvelle station régionale, tant à Montréal à la SRC (budgets, programmation et planification), qu'à Toronto à la CBC (ingénierie et emplacement physique).

Il faut aussi considérer le rôle joué par les agences gouvernementales comme le CRTC, l’implication de la communauté de Sudbury et du Nord de l'Ontario, celui de mes collègues dans les autres stations régionales au Canada autant que celui du siège social de la CBC/SRC à Ottawa et des parlementaires.)

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