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Un torrent de savoir est né des inondations de 2013

De l'eau boueuse transportant des débris a envahi un concessionnaire automobile à Canmore.

En juin 2013, l'eau a dévalé les pentes des montagnes autour de Canmore, transportant roches, boue et troncs d'arbre.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Lorsque les rivières sont sorties de leur lit le 20 juin 2013, les Albertains n'ont eu que quelques heures pour évacuer leur maison. L'hydrologue John Pomeroy, qui était ce jour-là à Canmore, au coeur des montagnes Rocheuses, s'est juré d'améliorer la science pour que de telles situations ne se reproduisent pas. Aujourd'hui, il s'approche du but.

Un texte de Tiphanie Roquette

Le détenteur de la Chaire de recherche du Canada en changement climatique a accueilli 16 personnes dans sa maison de la petite municipalité albertaine pendant les inondations. J’ai vu la misère que les gens ont vécue et vous ne voulez jamais revoir ça chez vos amis et voisins, raconte le scientifique.

Un homme coiffé d'un chapeau d'hiver et bien emmitouflé regarde le soleil. Derrière lui, on peut deviner des sapins couverts de neige. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Étudier nos ressources en eau est devenu un sujet de recherche très personnel pour l'hydrologue John Pomeroy.

Photo : Radio-Canada / Erin Collins

Sa présence sur les lieux a aussi été une bénédiction. Elle lui a permis, de même qu’à une quinzaine de scientifiques, d’observer de plus près les mécanismes de transformation des cours d’eau et des rivières. Alors qu'ils étaient dans la région pour effectuer d’autres études, ils ont pu voir comment l’eau déferlait des montagnes, nourrissait les bassins souterrains, érodait les berges et transformait le lit des ruisseaux et des rivières.

Mieux prévoir les désastres

Les inondations l’ont ainsi poussé à développer de meilleurs modèles de prévision de ce type de désastre. Les rivières Bow et Elbow, qui traversent Calgary sont en effet des rivières torrentielles, selon le scientifique. Alors qu’au Manitoba, Winnipeg a le temps de se préparer à une augmentation du débit de la rivière Rouge, l’eau arrive des montagnes à Calgary en quelques heures seulement. Pour les résidents de Canmore, on parle même de minutes.

Avoir quelques jours de préparation peut faire toute une différence pour une inondation de cette nature, martèle M. Pomeroy.

Le scientifique et ses collègues se servent des données de la catastrophe albertaine pour tester un nouveau modèle de prévision, en collaboration avec Environnement Canada. Ils pensent pouvoir prévoir de tels événements 6 à 10 jours avant qu’ils ne frappent.

Des terrasses de maisons sont effondrées dans le lit du ruisseau après que l'eau a érodé les berges jusqu'aux fondations des résidences. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

À Canmore, l'eau a érodé les berges des ruisseaux à une vitesse impressionnante.

Photo : Getty Images / John Gibson

Le Yukon sert déjà de terrain d’expérimentation des avancées scientifiques et John Pomeroy pense que le modèle sera bientôt prêt pour l’Alberta.

Calculer les risques à venir

Le groupe se penche aussi sur un calcul des risques futurs des désastres en tenant compte des changements climatiques. Étiquetées comme un événement pouvant se produire une fois tous les 100 ans, les inondations de 2013 ont mené à une étude des événements antérieurs, qui ont conduit M. Pomeroy à revoir cette prédiction.

Les inondations de juin 2013 étaient plutôt d’une intensité que l’on pourrait voir une fois tous les 35 ans ou qui a 3 % de chances de se produire chaque année.

Qu'est-ce qui a causé les inondations de 2013?

Le réchauffement climatique a le potentiel d’accélérer la récurrence de ces désastres et de magnifier leur intensité, croit M. Pomeroy. Les modèles climatiques développés sont élaborés à une très haute précision.

C’est sans précédent au Canada.

John Pomeroy, hydrologue

Ce travail scientifique est essentiel pour guider les décisions de construction de barrages et de bermes, des projets de plusieurs millions de dollars.

Il attire aussi l’intérêt de nombreux autres scientifiques. La recherche de M. Pomeroy et de ses collègues a donné lieu au plus gros financement d’études universitaires sur l’eau dans le monde. Environ 150 professeurs et 500 étudiants en bénéficient au Canada.

Sa portée dépasse aussi l’échelle du pays. Les modèles de prévision et de changement climatique développés intéressent la Chine, l’Inde, le Kazakhstan et l’Amérique du Sud.

Nous espérons qu’au fur et à mesure que nous trouvons des solutions, nous pourrons les offrir au monde, parce que le monde entier vit les changements climatiques et certains pays en souffrent plus que le Canada, espère M. Pomeroy.

Il est convaincu que de la dévastation naît le positivisme.

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