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Philippe Couillard enjoint aux grutiers de retourner au travail

Le compte rendu de Louis de Belleval
Radio-Canada

Le premier ministre Philippe Couillard a déclaré en point de presse mardi qu'il était dans l'intérêt des grutiers de retourner au travail, pour éviter les conséquences qui pourraient découler de la « grève illégale » qu'ils mènent pour une deuxième journée consécutive sur les chantiers du Québec.

Les grutiers affiliés à la FTQ-Construction dénoncent la modification d’un règlement, le 14 mai dernier, par la partie patronale et la Commission de la construction du Québec (CCQ). Ce règlement permet l’embauche et la formation sur les chantiers de grutiers qui ne possèdent pas le diplôme professionnel exigé depuis 1989 pour exercer ce métier.

M. Couillard, qui demande aux grutiers de « retourner au travail le plus rapidement possible », affirme qu’il serait possible de revoir la nouvelle mesure.

On peut très bien discuter avec eux du fameux règlement s’ils pensent qu’il y a des enjeux, surtout s’ils pensent qu’il y a des enjeux de sécurité.

Le premier ministre québécois Philippe Couillard

Si les grutiers persistent dans leur débrayage, le premier ministre les prévient toutefois que « dans une société de droit, il y a des conséquences à mener une grève illégale ».

Selon lui, l’adoption d’une loi spéciale ne serait pas nécessaire, puisque « la Commission de la construction du Québec dispose de pouvoirs importants pour pouvoir agir ».

Poursuite de la grève?

À l’issue d’une rencontre des grutiers dans une salle de Saint-Léonard, à Montréal, mardi midi, ces derniers n’ont pas voulu dire si leur grève se poursuivrait ni ce dont il avait été question au cours de la réunion.

Aux « alentours de 200-300 grutiers » y ont participé, selon le directeur de l'Union des opérateurs grutiers, soit la section locale 791-G de la FTQ-Construciton, Evans Dupuis, sans donner plus de détails. Les médias n'y étaient pas conviés.

À la sortie de cette rencontre, le mécontentement était palpable.

« S'il veut qu'on rentre, le gouvernement, qu'il nous parle », a déclaré l'un des grutiers.

« C'est pas vrai que c'est parce qu'on veut faire du temps double » en limitant l'accès au métier à des nouveaux grutiers qui n'auront pas à obtenir un Diplôme d'études professionnelles en conduite de grues, s'est exclamé un autre.

Un groupe de travailleurs se tient debout sur le trottoir.Des grutiers réunis à la salle Le Rizz à Saint-Léonard. Photo : Radio-Canada / Alexandre Letendre

Les grutiers disent qu’ils ne peuvent pas accepter le nouveau règlement, car il représente un risque accru pour la sécurité des travailleurs et du public aux abords des chantiers. Selon eux, l’exercice de leur métier requiert une formation professionnelle (DEP) de plusieurs centaines d’heures aux commandes de ces imposantes pièces de machinerie.

Les grutiers non diplômés que les entrepreneurs peuvent désormais embaucher ne bénéficieraient quant à eux que d’une formation de 80 heures, qui se donne parfois directement sur les chantiers, dénoncent les opérateurs de grue.

C’est la machine la plus dangereuse. C’est instable comme machine. Quatre-vingts heures, ce n’est pas assez. C’est vraiment le DEP qui est important. C’est négligent de la part de la CSST et de la CCQ de déréglementer ça.

Alain, un grutier venu appuyer ses camarades à Saint-Léonard

Ils soutiennent que les fameux « camions flèche » ou « boom trucks », qui sont particulièrement visés par la nouvelle réglementation, sont même plus dangereux que les plus grandes grues, notamment « à cause de l'empattement et de la longueur de la flèche » qui les rendent moins stables.

La CCQ menace les grévistes d’amendes

La CCQ dénonce elle aussi ce « débrayage illégal » et promet des poursuites et des amendes salées pour les contrevenants, pour non-respect de leur contrat de travail.

Le débrayage survient sans vote de grève préalable et en pleine convention collective.

La loi R-20, qui encadre l'industrie, prévoit des amendes salées en cas de grève illégale ou de ralentissement de travail concerté et illégal. Celles-ci vont de 7960 $ à 79 587 $ par jour pour les associations ou les représentants d'une association et de 57 $ à 199 $ par jour pour les travailleurs qui y prennent part.

Crainte d'une pénurie de main-d'oeuvre

La cabine d'une grue.Les grues sont désertées depuis deux jours sur les chantiers du Québec. Photo : Radio-Canada

De son côté, la CCQ et les employeurs expliquent avoir assoupli les règles de formation pour éviter des pénuries de grutiers dans un contexte de rareté de la main-d’œuvre.

La Commission de la construction du Québec, qui considère ce débrayage de 1300 grutiers de la province comme une grève illégale, a prévenu lundi qu’elle a déployé des enquêteurs sur les chantiers afin de documenter la situation et de recueillir des preuves en prévision du dépôt d’accusations par le Directeur des poursuites criminelles et pénales.

Il s’agit, selon la CCQ, d’une violation flagrante de la convention collective qui lie les grutiers et leurs employeurs jusqu’en 2021. L’absence des grutiers interrompt toute activité de levage sur les chantiers et entraîne par le fait même des retards sur l’échéancier des travaux.

De nombreux travailleurs des autres secteurs de la construction sont également privés de travail par ce débrayage.

La CCQ dénonce également le fait que les grutiers qui souhaitent travailler sont, selon elle, victimes de menaces et d'intimidation.

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