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  • Exclusif
  • La CSDM craint la présence de revendeurs de drogue aux abords d'une école primaire

    Le reportage de Jean-Philippe Robillard.

    La Commission scolaire de Montréal (CSDM) s'inquiète pour la sécurité des élèves et du personnel de l'école primaire Marguerite-Bourgeoys dans le quartier Centre-Sud. La présence de revendeurs de drogue et de personnes intoxiquées près de l'établissement, qui est situé à proximité du service d'injection supervisée (SIS) de Spectre de rue, fait redouter le pire à la CSDM.

    Un texte de Jean-Philippe Robillard

    La situation est telle que la présidente de la commission scolaire, Catherine Harel Bourdon, a interpellé directement la mairesse de Montréal Valérie Plante pour lui faire part de ses inquiétudes. Dans une lettre dont nous avons obtenu copie, Mme Harel Bourdon décrit le climat qui règne près de la cour d'école.

    « Nous communiquons avec vous pour vous faire part d'événements récurrents d'incivilité, d'agressions sur les personnes et de la présence de revendeurs de drogues aux abords de l'école Marguerite-Bourgeoys compromettant ainsi la sécurité des élèves et de notre personnel », peut-on lire.

    Dans sa lettre, la présidente de la CSDM dénonce également l'inaction des policiers près de l'école et du corridor scolaire. « Notre personnel, comme les parents, nous ont [sic] fait part d'une impression de banalisation de la présence de revendeurs de drogues autour de notre établissement, tout comme une tolérance de personnes fortement intoxiquées au comportement imprévisible près de nos élèves pendant les récréations ou les sorties. »

    Un poteau de la Ville de Montréal indique la présence d'un corridor scolaire à l'intersection des rues Panet et Ontario.L'école primaire Marguerite-Bourgeoys est située rue Plessis, dans le quartier Centre-Sud, à environ 400 mètres de l'organisme Spectre de rue. Photo : Radio-Canada

    Mme Harel Bourdon soutient même que, dans certains cas, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n'a pas donné suite aux plaintes formulées par les parents ou le personnel de l'école.

    « Plusieurs de ces événements ont fait état de plaintes formelles au SPVM, mais aucun suivi ou intervention ne semblent avoir été menés par le corps policier. [...] Or, lors de l'ouverture en novembre dernier du centre d'injection supervisée Spectre de rue, à proximité de l'école, nous avions reçu certains engagements de respecter le principe de "tolérance zéro" prévu par la loi pendant le trajet des élèves matin, midi et soir sur le corridor scolaire. »

    Les revendeurs de drogues en présence d'enfants, ça n'a pas sa place.

    Stéphanie Bellenger-Heng, commissaire scolaire de Ville-Marie

    La commissaire scolaire de Ville-Marie, Stéphanie Bellenger-Heng, a cosigné la lettre qui a été envoyée à la mairesse de Montréal. « Les revendeurs de drogues, c'est surtout dans la ruelle derrière l'école. C'est là où le personnel l'a signifié. [...] C'était la crainte initiale des parents, la présence des revendeurs de drogues. C'était notre crainte initiale. »

    La mairesse de Montréal Valérie Plante s'est faite rassurante. Dans la réponse qu'elle a fait parvenir à la présidente de la CSDM, elle affirme que les policiers patrouillent et assurent la sécurité des écoliers et des résidents du quartier. « Depuis l'ouverture du SIS de Spectre de rue, les policiers et policières se sont assurés d'être plus visibles dans le secteur. »

    Elle affirme également que les méfaits n'ont pas augmenté depuis l'ouverture du service d'injection supervisée. « Le SPVM n'a observé aucune augmentation de la criminalité aux abords de Spectre de rue. La situation y est très calme. Soyez assurés que la présence de revendeurs de drogues est loin d'être banalisée. »

    La Commission scolaire souhaite qu'on mette en place un brigadier au coin de la rue pour assurer la sécurité des élèves.

    Des résidents inquiets

    Stéphanie Cohen habite dans le quartier depuis plusieurs années. Elle constate elle aussi que les choses ont changé dans le quartier depuis l'implantation du service d'injection supervisée. Elle dit craindre plus que jamais pour la sécurité de son fils.

    Les deals de drogues, ils se passent à la sortie des classes.

    Stephanie Cohen, résidente du quartier et mère de famille

    « Comment pensez-vous que mon fils réagit quand on revient de l'école et qu'il y a un mec qui tombe tête première devant lui, les bras collés sur le corps tellement il est gelé comme une balle. C'est ça, la réalité. Et là, mon fils, il se colle sur moi, il me serre, il a peur. »

    « Un enfant qui voit un toxicomane complètement désorienté et qui peut avoir des gestes complètement impulsifs, à quoi ça sert de l'exposer, de le surexposer? Est-ce que c'est bénéfique socialement? Je me questionne profondément sur cette approche-là. »

    Christelle Perrine, une autre mère de famille du quartier, affirme qu'elle vit elle aussi des situations qu'elle n'avait jamais affrontées avant l'arrivée des services d'injection supervisée de Spectre de rue.

    Une femme dans une cour d'école parle à la caméra.Christelle Perrine a, avec d'autres parents, mené la fronde contre l'implantation du service d'injection supervisée de l'organisme Spectre de rue. Photo : Radio-Canada

    « On a des événements qui n'arrivaient pas jusqu'à présent et qui se produisent aujourd'hui aux heures de circulation des enfants, du type des gens très intoxiqués qui sont sur le corridor scolaire, du type des surdoses qui se produisent sur le corridor scolaire aux horaires de sorties d'école. »

    Ces deux mères de famille ont mené la fronde contre l'implantation des services d'injection supervisée de Spectre de rue, l'automne dernier. Elles et d'autres parents demandent au gouvernement fédéral de ne pas renouveler l'exemption à la loi fédérale qui permet à Spectre de rue d'avoir un service d'injection supervisée.

    Des mesures mises en place

    Déjà, des efforts ont été faits pour que les heures d'ouverture ne coïncident pas avec le passage des écoliers. La direction de l'école, de son côté, prévoit installer des caméras de surveillance.

    Simon Durocher, commandant au poste de quartier 22 et responsable des SIS, affirme qu'il a mis des effectifs sur le terrain en avril pour vérifier s'il y avait une augmentation de la crimimalité aux abords de Spectre de rue et de l'école. « J'ai mis des policiers en civil, j'ai mis des policiers à vélo, j'ai mis des policiers en patrouille et là, j'ai eu une lecture de l'environnement qui m'a démontré qu'il n'y a pas de problématique aux abords du site d'injection supervisée. [...] Il n'y a pas d'augmentation de la criminalité », dit-il.

    Il n'y a pas plus de vendeurs de drogues.

    Le commandant Simon Durocher

    « On a fait des interventions comme on en a toujours fait dans le quartier et on va continuer à [en] faire », ajoute-t-il.

    De son côté, le directeur de l'organisme Spectre de rue, Gilles Beauregard, rappelle qu'il existe un comité de bon voisinage pour rassurer les parents et les résidents du quartier qui sont inquiets. « On comprend les inquiétudes, mais il n'est arrivé aucun événement majeur dans le quartier et aucun à des parents. On est comme content », souligne-t-il.

    Selon lui, l'implantation du service permet de réduire le nombre de seringues usagéess qui traînent dans le quartier. « On a fait un blitz tout récemment. On ramasse moins de matériel [...] et on sauve des vies », conclut-il.

    Grand Montréal

    Drogues et stupéfiants