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Sandra Chevrier : des galeries internationales à un mur du boulevard Saint-Laurent

Sandra Chevrie prend la pose alors qu'elle peint une mural au Festival Mural, en juin 2018
La peintre Sandra Chevrier a fait ses dents sur d'autres murales ailleurs dans le monde avant de se lancer au festival Mural, raconte André Bathalon, cofondateur de l'événement. Photo: Radio-Canada / Pascale Fontaine

Le mur fait deux étages et mesure 7,62 mètres (25 pieds) de long. C'est, de loin, le plus gros canevas auquel se mesure Sandra Chevrier; bien plus que les murales qu'elle a réalisées à Honolulu et à Berlin ou que ses toiles recherchées à l'international. Et pour la première fois, cette Montréalaise méconnue dans sa propre ville signe ce week-end une œuvre pour le festival d'art urbain Mural.

Un texte de Pascale Fontaine

« Ça m’intimide un peu de sortir et de travailler dans la rue », lance d’entrée de jeu celle qui a l’habitude de s’enfermer dans son studio, loin des graffitis. À l’angle de la rue Napoléon et du boulevard Saint-Laurent, il y a toujours quelqu’un pour croquer les travaux, même un mercredi matin.

Malgré les craquelures de la brique et le mortier qui part parfois en miettes, un Superman arraché des bandes dessinées apparaît sous le pinceau minutieux de l’artiste. Les couleurs crues contrastent avec l'immense et délicat visage de jeune femme, tout en noir et blanc – son sujet de prédilection.

Depuis plus de six ans, la peintre formée à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) séduit les réseaux sociaux et l’étranger grâce à ses portraits qui reviennent inlassablement aux superhéros : une femme masquée par des morceaux de BD, où les Batman et les Capitaine America en arrachent.

Bref, on s’emprisonne dans nos idéaux de performance et les stéréotypes, ou, du moins, on tente d'y trouver un équilibre. Certaines y voient un message féministe à l’égard du syndrome de Wonder Woman.

« C’est une dichotomie entre le remède et le poison. J’essaie de jouer entre les deux », explique Sandra Chevrier alors qu’elle débarque à peine de Londres pour un vernissage.

Sandra Chevrier réalise sa première murale au Festival Mural 2018, à l'angle de la rue Napoléon et du boulevard Saint-Lauren.L'immense Leonard Cohen de Kevin Ledo semble veiller sur Sandra Chevrier, son assistant Nicolas Lafond et une bénévole du festival Mural. Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Projetée à l'international

Tout a commencé par des portraits sur lesquels Sandra Chevrier beurrait de la matière brute à gros coups de pinceau. « Pour moi, il y avait un effet de masque, d’emprisonnement, qui cachait soit les yeux ou la bouche », raconte cette mère monoparentale qui a laissé son boulot de chef spécialisée en sushis à la naissance de son fils. Ce pari de la peinture, elle l’a fait il y a neuf ans.

Puis elle a mis ces portraits de côté, faute de savoir où tout cela s’en allait.

Jusqu’à ce qu’elle achète des bandes dessinées de superhéros en vue de recouvrir un meuble pour son fils. « Finalement, le meuble s'est cassé, et je me suis retrouvée prise avec tous ces comics books », rigole-t-elle.

Et là, l’étincelle : utiliser les BD pour faire des collages sur la peinture « Ça a commencé à vraiment avoir du sens, poursuit Sandra Chevrier, les doigts manucurés couverts de peinture. Le côté esthétique du pop art, les couleurs, aussi la symbolique : le message devenait encore plus fort. »

J’utilisais beaucoup des images des héros fragiles ou dans leur humanité qui perdent un combat… Pas des images stéréotypées. Si eux peuvent tomber et se relever, alors on devrait accepter nos faiblesses et [le fait] qu’on est humain.

Sandra Chevrier

Très présente sur les réseaux sociaux, elle reçoit une étrange proposition d’un collectionneur, Jean-Pascal Fournier. Et s'il vendait quatre toiles sur les forums internationaux? Elles se sont envolées en 45 minutes, se rappelle-t-elle. Du jour au lendemain, celle qui n’avait nulle part où exposer devait refuser les offres de galeristes prestigieux.

Quand a-t-elle commencé à y croire? Il y a cinq ans, « je suis allée en Norvège, un pays où je ne pensais jamais aller, raconte-t-elle. Les gens m'arrêtaient dans la rue pour me prendre en photo avec eux, et il y avait un gros lineup devant mon exposition. C'est un peu incroyable, surtout dans le domaine des arts. »

En vidéo : l'artiste Zoltan Veevaete a projeté samedi des animations sur la murale de Sandra Chevrier

Écho de #MoiAussi

Sandra Chevrier ne colle plus de bandes dessinées sur le canevas, mais directement sur ses modèles lors de séances photo. Les clichés servent de références pour ses peintures, qui puisent désormais dans un pop art plus raffiné.

« Habituellement, un artiste va essayer de trouver des shortcuts pour que ça prenne moins de temps d'accomplir une œuvre, explique celle qui peut passer 10 ou 12 heures à peindre. Moi, c'est le contraire. Ça me prend le triple du temps, mais la satisfaction est immense. »

Le carnet de commandes, lui, est plein pour les deux prochaines années.

Même enfant, je ne me suis jamais permis de rêver à la carrière que j'ai en ce moment, parce que je ne pensais pas que c'était possible de pouvoir vivre de son art, d'avoir du succès, de voyager et de rencontrer des gens qui partagent la même passion que moi.

Sandra Chevrier

Si son travail a considérablement évolué, le message, toujours le même, trouve un écho dans le mouvement de dénonciation #MoiAussi. « Les gens ont envie de crier, de parler, de s’exprimer, observe l’artiste. Je pense que ça fonctionne et que ça prend encore plus de sens. »

En octobre, Sandra Chevrier présentera sa toute première exposition dans un musée, plus précisément le musée d'histoire de l'art (Museum of Art History) de Lancaster, en Californie. Pas ici, donc, mais les amateurs d’art québécois pourront apercevoir les visages de Maxim Roy et d’Annie-Soleil Proteau quelque part en 2019.

Le festival Mural prend fin dimanche, mais les murales restent à l’année.

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