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Jouer de la guitare aide des vétérans albertains

Des guitares et Guns N' Roses pour soigner les plaies des vétérans

Des vétérans souffrant de stress post-traumatique et autres troubles psychiques ont pu participer à un atelier de musique avec trois guitaristes de renom samedi à Airdrie, au nord de Calgary.

Un texte de Nelly Albérola

Dans la petite église d’Airdrie, tous les conseils et anecdotes des guitaristes sont parole d’évangile pour la trentaine de participants.

Il faut dire qu’ils n’ont pas tous les jours la chance de jouer avec Gilby Clarke et Ron “Bumblefoot” Thal, soit deux anciens membres de Guns N' Roses ainsi que Sean Kelly, le guitariste de Lee Aaron ou encore de Nelly Furtado.

« Pour des débutants, rencontrer des stars du rock est vraiment excitant! », souligne Phillip Vautour, un vétéran de la guerre du Golfe.

Si l’amateur de guitare est, comme les autres, ici pour apprendre les leçons des grands maîtres, il est également là pour guérir ses angoisses, qu'il endure depuis les combats.

À mon retour, je n’ai reçu aucune aide. J’ai passé 18 mois à essayer de m’humaniser de nouveau.

Phillip Vautour, vétéran

Stress post-traumatique

Comme lui, ils sont des centaines en Alberta, des milliers dans le pays, à souffrir d’expériences qu’ils auraient préféré ne pas vivre, sans réussir à retrouver une vie dite normale.

D’où l’intervention de l’association VETS Canada et de son programme « Des guitares pour les Vétérans », lancé sur le plan national en 2015.

« Tous les instruments sont donnés par le public, explique Lorne Strachan, volontaire auprès de VETS Canada. Une fois réceptionnés, ils sont remis en état et envoyés aux différentes filiales de l’association qui propose le programme. »

En cinq mois, j’ai déjà distribué six guitares rien qu’à Edmonton.

Lorne Strachan, volontaire pour VETS Canada

Brent Miller, un vétéran âgé de 30 ans, profite également du programme. Pour lui, l’apprentissage de la guitare est un véritable outil thérapeutique : « C’est une distraction qui me permet de me changer les idées, mais c’est aussi une façon de canaliser mes émotions. »

Phillip Vautour est du même avis.

Lorsque vous avez vécu des traumatismes, ils reviennent vous hanter

Phillip Vautour, vétéran

« La musique nous offre une oasis pour échapper à la peine, et se retrouver dans un endroit agréable », dit-il.

Jamais trop tard

En Alberta, c’est Steve Gilliss qui est à la tête de ce programme. Également responsable d’un groupe local à but non lucratif appelé SLAM, pour Supporting Local Area Musicians, il réserve toujours des places aux vétérans pour les événements qu’il organise.

Telle que cet atelier de guitare rock.

« Ils peuvent poser toutes les questions qu’ils souhaitent, de l’intérêt de jouer de la guitare à la façon de travailler certaines techniques », raconte Steve Gilliss. Si certains vétérans sont déjà bien avancés dans la pratique de l’instrument, d’autres, comme Kevin Quebec, n’ont même jamais touché de guitare. « Je me croyais trop vieux, dit-il. Je pensais que c’était trop tard pour moi, que cela serait trop dur de commencer. »

Des affiches de l'atelier guitare avec les photos des trois guitaristes qui l'anime.C'est le deuxième atelier que l'association VETS Canada de Calgary organise avec le programme Guitars for Vets. Photo : Radio-Canada / Nelly Albérola

Des arguments que les guitaristes-animateurs du jour entendent souvent. « Une partie de notre objectif est de leur montrer des façons pour faciliter leur apprentissage, afin qu’ils puissent passer outre leur frustration », explique Sean Kelly, guitariste professionnel.

La musique ne devrait pas être objet de frustration, mais uniquement un moyen d’expression.

Sean Kelly, guitariste

Guitare et djembé

Après la discussion, place à la pratique. Divisés en petits groupes, les amateurs essaient de mettre des mots et des accords sur les émotions, pour écrire et composer un morceau qu’ils présentent ensuite au reste du groupe.

La journée s’est terminée avec un dernier exercice proposé par Jennifer Buchanan, musicothérapeute : assis en cercle, tous les participants ont laissé la guitare pour une heure… de tambours. « C’est une façon de remettre tout le monde sur le même pied d’égalité, car les niveaux de guitare sont très variés, ce qui aurait pu entraîner de la gêne pour certains et entacher l’objectif de l’exercice qui est au contraire de se sentir à l’aise », explique la spécialiste.

Un groupe de personnes est assis en cercle avec des tambours et des djembés.En jouant sur les tambours, les participants se dégagent de leur stress tout en créant une énergie commune. Photo : Radio-Canada / Nelly Albérola

Il n’existe que 10 lieux où le programme est proposé au Canada, dont seulement deux dans l’Ouest canadien : au Manitoba et en Alberta.

Alberta

Santé mentale