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Cette ville a changé

La foule au Festival international de jazz de Montréal 2016
La place des Festivals pendant le Festival international de jazz de Montréal Photo: Festival international de jazz de Montréal
Franco Nuovo

Non, je ne parlerai pas des travaux, de toutes ces rues transformées et bloquées, des sens autrefois autorisés et désormais interdits, des échangeurs écroulés qui n'échangent plus rien, des autoroutes déroutées, des tunnels dont on ne voit plus le bout et des ponts dormants et endormants.

Ce matin, l’humeur est bonne. Et pour paraphraser Dutronc, il est cinq heures, le jour est bel et bien levé, les travestis de chez Cléopâtre vont se raser, les stripteaseuses de chez Paré vont se rhabiller. Quant aux amoureux fatigués, après une poutine à la Banquise, ils vont se coucher.

C’est fou ce que cette ville a changé. Petit garçon sur la rue Saint-Denis où j’ai grandi, au troisième étage d’un escalier en colimaçon, accroché au fer forgé de mon balcon, je voyais du sud au nord. Il y avait peu d’autos et quelques arbres plantés ici et là sur les trottoirs, des arbres si petits qu’on les remarquait à peine.

Franco Nuovo

La rue Saint-Denis, symbole du changement

L’autre dimanche, en rentrant de Radio-Canada, j’ai remonté cette rue Saint-Denis qui n’a rien à voir ni avec celle de mon enfance ni avec celle des putes de Paris. Je vous fais grâce du chantier, des travaux en cours et des pépines qui dormaient en attendant le lundi matin.

Or, peut-être à cause justement de ce désert de béton, j'ai remarqué les arbres. Des érables gigantesques, si feuillus, si grands, qui ont tant poussé en 50 ans que leurs cimes, à certains endroits, se touchent presque, donnant à cette avenue qui a tout vu et tout connu des allures de cathédrales aux pignons verts.

Plan large de plusieurs terrasses sous le soleil.Des terrasses de la rue Saint-Denis, à Montréal Photo : Getty Images / AFP/Daniel Slim

Avant, même quand le vent soufflait du sud, poussant l’odeur du fleuve jusqu’à la rivière des Prairies, on ignorait qu’on vivait sur une île. Toutes ces choses sont venues plus tard. Le quartier Villeray, à deux pas du parc Jarry et de la piscine publique, n’avait pas encore le nez en l’air. Le Vieux-Montréal n’avait de spectaculairement vieux que quelques pavés, vestiges du passé, l’hôtel de ville et la statue de Horatio Nelson, en haut d’une colonne, pour certains, amiral de personne.

La Petite-Italie n’était qu’un ghetto où les immigrants tentaient désespérément de se refaire une vie ressemblant étrangement à celle qu’ils avaient fuie. La rue Saint-Laurent changeait de nationalité, du port vers le nord, au fil des manufactures et des quartiers d’immigrés. Sainte-Catherine était la rue des grands magasins où l’anglais méprisait le français. Enfin, Le Plateau-Mont-Royal, ouvrier et populaire, n’était pas encore territoire français d’outre-mer.

Un bouillon de culture progressif

En fait, Montréal n’avait pas encore été plongée dans un bouillon de culture. C’est arrivé plus tard, tranquillement, avec les années. La ville, sans qu’on s’en rende vraiment compte, s’est transformée. Certains disent que c’est grâce à l’Expo. Peut-être.

En tout cas, on est passés de zéro, comme dans zéro, à un étalage culturel grand comme un océan. Des festivals de films avec des hauts et des bas, des vedettes et d’autres qui ne viennent pas. Dès l’approche du solstice, des spectacles par centaines, des Francofolies franco-folles. Du jazz qui peu à peu s’installe, monsieur Nougaro, avec des solos de batterie pour marquer le tempo, des trompettes qui crient et pleurent, et des voix qui font pleurer.

Et pour ça, pour les fêtes, pour la musique, on a fait un quartier en l’honneur du spectacle, bordé de théâtres et d’art qui prend toute sa place. Devant les scènes érigées, les rues deviennent d’immenses trottoirs où des centaines de milliers de personnes se frôlent jusqu’à ce que la fraîche tombe et que la peau de l’autre devienne un manteau.

Des parcs et des lieux élèvent le débat public en présentant sous les étoiles du cinéma documentaire, une façon de nous ramener les pieds à terre. Des défilés aussi. La Jamaïque qui danse et avance au son du reggae et de Marley. Pour se faire peur, Fantasia et ses centaines de films de monstres, de bagarreurs, d’extraterrestres, de zombies et tutti quanti. Et dans le genre cinéma, on sort des placards et de leur tombe, pendant tout un mois à l’Outremont, 31 jours durant, les films de notre vie.

Des spectateurs font la file pour assister à un événement du festival Fantasia à Montréal.Des spectateurs font la file pour assister à un événement du festival Fantasia à Montréal. Photo : Facebook.com/FantasiaFilmFestival

Et le vélo pour adultes, pour enfants, la nuit, le jour, en fait, presque tout le temps. Et le marathon pour courir, courir, courir encore et devenir ainsi le messager de sa propre victoire.

Remarquez, on peut aussi s’asseoir dans la verdure de nos parcs et de nos ruelles pour nous faire oublier les guenillous d’antan, leurs charrettes et leurs chevaux. Fini, « guenillou plein de poux ». Bye bye! À la revoyure.

Cette ville a changé. Même Maisonneuve ne la reconnaîtrait plus.

Musique

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