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Washington impose des tarifs douaniers, Pékin répond du tac au tac

Les explications de Yanik Dumont-Baron
Agence France-Presse

La trêve aura été de courte durée : Donald Trump a mis vendredi ses menaces à exécution en annonçant l'imposition de nouvelles taxes douanières de 25 % sur 50 milliards de dollars d'importations chinoises; Pékin a immédiatement répliqué.

Les nouvelles taxes américaines, qui seront imposées sur des marchandises « contenant des technologies très importantes sur le plan industriel », doivent compenser cette fois le vol de la propriété intellectuelle et de technologies américaines.

« Ma formidable relation avec le président Xi de Chine et la relation de notre pays avec la Chine sont importantes pour moi. Cependant, le commerce entre nos nations est très inéquitable, depuis très longtemps », a fait valoir Donald Trump, moins d'un mois après que les deux pays ont annoncé une trêve dans leur conflit commercial.

La Chine a annoncé de son côté qu'elle allait riposter à l'identique. « Nous allons immédiatement prendre des mesures en matière de droits de douane d'une ampleur équivalente », a annoncé le ministère chinois du Commerce.

Il a en outre appelé les autres pays à une « action collective » contre cette conduite qualifiée de « dépassée et rétrograde ».

« Cette situation ne peut plus durer », a estimé Donald Trump, citant les objets de griefs : des pratiques commerciales « déloyales », en particulier l'acquisition de la propriété intellectuelle et de technologies américaines. Et il a de nouveau martelé qu'avec des centaines de milliards de dollars de déficit, les États-Unis ne redoutaient pas une guerre commerciale perdue, selon lui, depuis bien longtemps.

Le président, qui a déjà imposé en mars des taxes de 25 % sur les importations d'acier chinois et de 10 % sur celles de l'aluminium, a prévenu que « les États-Unis imposeront de nouveaux droits de douane si la Chine engage des mesures de représailles telles que l'imposition de nouvelles taxes sur des biens américains, sur des services ou sur des produits agricoles ».

En vigueur dès le 6 juillet

Parmi les importations visées par les nouvelles taxes annoncées vendredi figurent des biens liés au plan stratégique Chine 2025 qui doit « stimuler la croissance économique de la puissance asiatique mais qui pénalise l'économie des États-Unis », souligne Donald Trump.

Sur ces 50 milliards de dollars de produits, 34 milliards seront taxés à partir du 6 juillet, a précisé de son côté le Représentant américain au commerce (USTR) dans un communiqué séparé.

« Le second lot »de 16 milliards en valeur d'importations chinoises « sera soumis à un examen supplémentaire » qui comprendra une période de consultations et d'auditions publiques, a précisé l'USTR.

Ces annonces ne sont pas une surprise puisque fin mai, la Maison-Blanche avait annoncé qu'elle préparait toujours des mesures punitives contre la Chine, en dépit d'un « consensus » le 19 mai. Elle avait alors fixé au 15 juin la date butoir pour annoncer ces nouvelles taxes.

Le 19 mai, les deux pays avaient pourtant annoncé un accord de principe pour réduire de manière substantielle le déficit des États-Unis avec la Chine.

Pékin avait alors accepté pour ce faire d'augmenter considérablement ses achats de biens et services américains, notamment dans les secteurs de l'agriculture et de l'énergie, tout en promettant d'ouvrir davantage son marché aux produits américains.

Ce « consensus » était également accompagné d'une suspension de leurs menaces de représailles respectives.

 Mike Pompeo et Xi Jinping, assis, se regardent dans les yeux. Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo s'est entretenu jeudi avec le président chinois Xi Jinping. Photo : Reuters / POOL

Guerre commerciale tous azimuts

Les nouvelles taxes annoncées relancent la crainte d'une guerre commerciale, qui pourrait compromettre la croissance économique de la planète, d'autant que l'administration Trump a ouvert d'autres fronts contre l'Union européenne et ses partenaires au sein de l'ALENA, le Canada et le Mexique.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, avait d'ailleurs échangé jeudi à Pékin des propos assez durs avec son homologue chinois, Wang Yi, qui a exhorté Washington à éviter une approche « perdante »pour les deux partenaires.

Cette nouvelle escalade intervient une semaine après que Donald Trump a épargné in extremis le géant chinois des télécommunications ZTE de sanctions américaines imposées en avril, qui ont mené ce groupe au bord de la faillite.

Ce revirement de l'administration a provoqué l'indignation des républicains au Congrès.

Des experts soulignent les objectifs contradictoires que poursuit l'administration américaine en cherchant à la fois un accord sur la Corée du Nord avec l'appui de Pékin et des concessions économiques chinoises.

« Le danger, si Donald Trump va trop loin, c'est que les Chinois finissent par relâcher leur pression sur la Corée du Nord », estime ainsi Nicholas Lardy, du Peterson Institute for International Economics (PIIE).

Une relation qui se chiffre en centaines de milliards de dollars

En 2017, les États-Unis ont exporté 130,4 milliards de dollars de marchandises vers la Chine. Ils ont importé dans le même temps 505,6 milliards de biens chinois, selon les statistiques du département du Commerce.

Dans les exportations américaines à destination du géant asiatique figurent des avions civils Boeing et des équipements aéronautiques pour plus de 16,26 milliards de dollars, du soja représentant plus de 12,36 milliards, des voitures neuves ou d'occasions (10,52 milliards de dollars) ou encore des microprocesseurs (6,07 milliards de dollars).

De son côté, Pékin exporte vers la première puissance économique du monde une myriade de produits, à commencer par des téléphones portables (70,39 milliards de dollars), des ordinateurs (45,52 milliards de dollars), des équipements en télécommunications (33,48 milliards de dollars), des accessoires informatiques (31,6 milliards de dollars), des jouets et des jeux (26,77 milliards de dollars) ainsi que des vêtements (24,1 milliards de dollars) et des meubles (20,66 milliards de dollars).

Le développement des relations commerciales avec la Chine s'est traduit par un creusement du déficit commercial des États-Unis.

L'an passé, ils ont enregistré avec Pékin un déficit pour les biens de 375,2 milliards de dollars en augmentation de 8,1 %. Ce déficit s'élevait à seulement 6 milliards en 1985, quand le département du Commerce a commencé à publier les données sur la balance commerciale.

Donald Trump s'est engagé lors de sa campagne électorale à réduire le déficit commercial, un moyen, selon lui, de relancer l'emploi aux États-Unis, surtout dans les régions les plus touchées par les délocalisations.

La Chine est le premier détenteur étranger de titres de dette américains devant le Japon. En mars (dernière donnée disponible), Pékin détenait un peu plus de 1187 milliards de dollars de bons du Trésor américains, soit environ 20 % du total aux mains d'institutions étrangères.

Pékin donne ainsi aux États-Unis les moyens financiers d'acquérir à bas prix les produits chinois dont ils ont besoin pour satisfaire l'appétit des consommateurs. Or la consommation est aussi le principal moteur de croissance de l'économie américaine.

La Chine, elle, a besoin du marché américain pour écouler ses exportations, soutenir sa propre croissance économique et par conséquent sa stabilité politique et sociale.

Le respect des droits de la propriété intellectuelle représente un important enjeu économique pour Washington.

En contrepartie d'un accès au marché chinois, les entreprises américaines sont contraintes de partager avec des partenaires locaux une partie de leur savoir-faire technologique.

C'est l'un des principaux motifs de contentieux avec Pékin, où la contrefaçon et le piratage sont endémiques. Or, les produits contrefaits viennent concurrencer les biens américains.

En défendant la propriété intellectuelle, Washington vise à soutenir la compétitivité des sociétés américaines qui tient aujourd'hui davantage à leur capacité à innover qu'à produire des biens de consommation.

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