•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Politique des services en français : s'armer de patience pour éviter la déception

En avant-plan, le drapeau franco-albertain porté par quatre personnes, derrière eux une foule avec des petits drapeaux à la main. 14 juin 2017 : Jour de célébration pour la francophonie albertaine. Son drapeau devient un emblème provincial.
14 juin 2017 : Jour de célébration pour la francophonie albertaine. Son drapeau devient un emblème provincial. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Il y a un an, la communauté francophone de l'Alberta célébrait une journée qualifiée d'« historique » : la province présentait alors sa politique des services en français. Douze mois plus tard, malgré quelques déceptions, la communauté fait preuve de patience.

Un article de Sébastien Tanguay

Depuis un an, le drapeau bleu-blanc-rose de la francophonie albertaine a fait son entrée officielle au panthéon des emblèmes de la province; et le mois qui amène le printemps -- mars -- a été consacré à la culture francophone.

Des gestes fort entrepris sous la gouverne néo-démocrate, mais qui demeurent symboliques.

Les actions et les propositions concrètes, elles, se font toujours attendre.

Un comité consultatif doit être chargé de définir les grandes orientations et les principales priorités de cette politique. Ses membres demeurent encore inconnus, et ses travaux ne devraient pas commencer avant l’été.

Le directeur général du Réseau santé albertain, Paul Denis, vu de son profil gauche, devant la façade de la Cité francophone d'Edmonton.Le directeur général du Réseau santé albertain, Paul Denis, affirme que la francophonie a l'habitude d'être patiente. Photo : Radio-Canada / Gatean Lamarre/Radio-Canada

« On est très patient quand on est dans la communauté francophone, rigole Paul Denis, le directeur général du Réseau santé albertain. Ça prend toujours trop longtemps. »

« Là, nous sommes à la veille d’annoncer les membres du nouveau comité consultatif. Ça a pris un an et nous en sommes juste là. On aurait aimé que ça prenne six mois, mais on comprend. Ça prend du temps. »

Dans ses interactions avec le ministère de la Santé, il a remarqué qu’une nouvelle sensibilité envers la francophonie commençait à poindre. Mais il avoue que le processus s’annonce long avant que des services de santé accessibles en français soient offerts partout, à tout le moins dans les communautés qui en ont besoin.

« Je connais une infirmière qui a travaillé pendant 15 ans dans un hôpital de Calgary, sans que personne ne sache jamais qu’elle parlait français », déplore Paul Denis.

Il faut que les organisations encouragent les employés francophones à s’afficher, mais il faut aussi que les employés n’aient pas peur de montrer qui ils sont.

Paul Denis, directeur général du Réseau santé albertain

Du travail à faire en éducation

Cette nouvelle attention pour les enjeux francophones, Donald Michaud, qui interagit quotidiennement avec le ministère de l’Éducation en tant que directeur général de la Fédération des conseils scolaires francophones de l'Alberta (FCSFA), ne l’a pas encore sentie.

« Très souvent, ce qui arrive, c’est que des décisions prises dans d’autres ministères [et] qui touchent nos conseils scolaires ne nous tiennent pas en ligne de compte », explique Donald Michaud.

Ce n’est pas nécessairement par malice. C’est que les gens n’ont pas le réflexe de penser aux francophones dans leurs projets ou leur politique.

Donald Michaud, directeur exécutif de la Fédération des conseils scolaires francophones de l'Alberta

Le directeur de la FCSFA admet qu’il a hâte que les contours de cette politique se dessinent avec plus de précisions. Parmi les pistes de solution souhaitables, selon lui, figure l’embauche d’interlocuteurs francophones au sein de l’appareil gouvernemental, mieux à même de comprendre la réalité de la minorité francophone.

« De mon expérience, ces gens-là comprennent rapidement l’[importance] d’assurer un appui aux francophones de l’Alberta », souligne-t-il.

Attentes élevées, patience requise

L’Association canadienne-française de l’Alberta, à l’instar de la communauté qu’elle représente, est elle aussi dans l'attente.

Les espoirs d’il y a un an ne sont pas déçus, de l’avis de son président Marc Arnal, puisque la politique porte des promesses ambitieuses.

Le président de l'Association canadienne-française de l'Alberta, Marc Arnal, vu de profil droit, en gros planLe président de l'Association canadienne-française de l'Alberta, Marc Arnal, croit que la politique de services en français ne propose rien de moins qu'une révolution de la fonction publique de la province. Photo : Radio-Canada / Gaetan Lamarre/Radio-Canada

« S’il s’agissait d’un changement mineur, bien sûr que je serais déçu. Mais nous parlons d’implanter une nouvelle culture au sein de la fonction publique provinciale », affirme-t-il.

Le ministre de la Culture et du Tourisme qui s'occupe de la francophonie, Ricardo Miranda, promet que de nouvelles places de garderie francophones sont dans les cartons de son homologue de l’Éducation.

Une autre place, celle-ci dans les livres d'histoire, sera aussi accordée au patrimoine francophone, affirme le ministre.

Le ministre de la Culture et du Tourisme, Ricardo Miranda, devant une fenêtre de son bureau de circonscription.Le ministre de la Culture et du Tourisme, Ricardo Mirando Photo : Radio-Canada / Louise Moquin/Radio-Canada

« Notre gouvernement a le souci de reconnaître les racines de la francophonie albertaine, de même que sa longue histoire », indique Ricardo Miranda en entrevue.

Une longue histoire faite d’espoirs inébranlables… et de beaucoup de patience.

Alberta

Francophonie