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Un petit arbuste sur une terre déserte.

Des acacias ont été plantés à Louga, au Sénégal, pour créer un grand mur vert de 15 km de large sur 7600 km de long, du Sénégal à Djibouti, afin de stopper la désertification.

Photo : Getty Images / SEYLLOU DIALLO

Radio-Canada

La dégradation des terres menace plus de deux milliards de personnes dans le monde. En cette Journée mondiale de lutte contre la désertification, nous nous penchons sur ses causes et ses conséquences.

Un texte de Ximena Sampson

Des terres agricoles devenues infertiles, des zones boisées transformées en champs de poussière : quelque deux milliards d’hectares de terres dans le monde sont trop dégradés pour pouvoir être cultivés.


Zones vulnérables à la désertification

Carte du monde selon la vulnérabilité à la désertification.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Zones vulnérables à la désertification

Photo : Radio-Canada / Département de l'Agriculture des États-Unis

Source : Département de l'Agriculture des États-Unis, Division de la science des sols, Washington D.C.

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.


Cette désertification est en partie due aux changements climatiques, mais aussi aux activités humaines, explique Robin Duponnois, président du Comité scientifique français de la désertification et directeur du Laboratoire des symbioses tropicales et méditerranéennes à l’Institut de recherche pour le développement, à Montpellier.

« Il y a une surexploitation [des terres agricoles] et des pratiques agricoles inadaptées aux conditions environnementales », précise-t-il.

Les monocultures, l’agriculture intensive ou l’introduction d’espèces végétales inadaptées déstabilisent un sol déjà fragile et affectent ses qualités chimiques, ce qui nuit au développement de la végétation.

Selon la définition de l'ONU, la désertification est la dégradation des terres en milieu aride, semi-aride et subhumide sec par l’épuisement des éléments nutritifs du sol.

Les régions les plus touchées

Environ 40 % des terres émergées du globe sont arides et risquent donc la désertification. Entre 10 % et 20 % d’entre elles sont déjà fortement dégradées.

Il n’y a pas que les pays du Sud qui sont touchés. On trouve des régions arides sur tous les continents.

« C’est un problème global avec beaucoup de spécificités locales », croit Eric Patrick, spécialiste de l’adaptation aux changements climatiques au Fonds international de développement agricole (FIDA).

Le sud de l’Espagne est notamment à risque. Près du tiers de la superficie de l’Andalousie est en danger. La culture intensive des oliviers et des amandiers est particulièrement en cause.

« À force de faire de l’agriculture intensive et de pomper les nappes phréatiques, vous avez une salinisation des sols et ça, c’est un processus de désertification », précise Robin Duponnois.

 Des collines dénudées.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La sécheresse dans le sud de l'Espagne, le 28 juillet 2017.

Photo : Getty Images / David Ramos

L’Australie est un autre exemple d’une gestion problématique de ressources hydriques déjà limitées.

« Quand les Européens sont arrivés [aux 17e et 18e siècles], ils ont introduit des cultures et des animaux européens, comme les moutons, le bétail et les chèvres », raconte Eric Patrick.

« Ils ont géré l’eau comme s’ils étaient encore en Écosse, en Irlande ou en Angleterre, où l’environnement est complètement différent. »

L’extraction d’eau à grande échelle pour le développement de l’agriculture intensive, conjuguée aux sécheresses, a mené à une sévère dégradation des sols et à une baisse de leur fertilité.

Dans une zone fragile, il n’y a pas beaucoup de marge de manœuvre pour commettre des erreurs. Les résultats peuvent être irréversibles, du moins du point de vue économique.

Eric Patrick, du Fonds international de développement agricole (FIDA)

Des millions de personnes touchées

Dile Lolo, 60, ans, et sa famille.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une famille de paysans cultive son champ près du village de Magariya Koshimawai, dans le sud du Niger.

Photo : Reuters / Finbarr O'Reilly

La dégradation des sols a des conséquences directes sur les paysans. Les récoltes diminuent et avec elles les revenus qu'elles engendrent.

« À partir du moment où la terre perd sa productivité, dans des zones où la sécurité alimentaire est une préoccupation quotidienne, il y a d’importants risques socioéconomiques », soutient Mélanie Requier, enseignante et chercheure à l’Institut agronomique méditerranéen de Montpellier.

Ainsi, la désertification peut parfois provoquer des famines ou des migrations de population.

C’est arrivé au Burkina Faso, où des dizaines de milliers d’habitants du plateau central ont migré au fil des ans vers la capitale, Ouagadougou, qui n’avait pas les moyens d’absorber cette population supplémentaire.

La perte de productivité de la terre cause également des conflits entre agriculteurs et éleveurs, qui se disputent une ressource en diminution.

Quelles solutions?

Il y a toujours moyen de récupérer un sol désertifié, soutient Melanie Requier. « C’est une question de coûts et d’investissement. »

Dans le cas du Burkina Faso, un projet de coopération a permis une très nette amélioration. En creusant le sol en profondeur et en utilisant des techniques qui l'aident à retrouver une partie de sa porosité, l’infiltration de l’eau reprend graduellement et le couvert végétal se développe à nouveau, explique Mme Requier.

« Ça a été assez réussi, mais c’est quand même un investissement sur 25 ans », précise-t-elle.

Le temps est un facteur déterminant, croit également Eric Patrick. Beaucoup de projets pilotes sont mis en place dans le monde, mais pour voir des résultats, il faut être patient.

« Ça prend beaucoup de temps pour comprendre le système et pour voir si nos interventions sont réussies », pense-t-il. « Il faut se donner un délai raisonnable. »

Un éleveur avec ses vaches.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les habitants du village de Selbo, dans le nord du Burkina Faso, ont planté de l'herbe pour tenter de stopper la désertification des terres.

Photo : Getty Images / ISSOUF SANOGO

Au Niger, une autre zone très touchée par la désertification, on se sert plutôt de la régénération naturelle assistée pour restaurer le couvert forestier et la fertilité des terres. « Les agriculteurs laissent se développer les [graines d'] arbres spontanément apportées par le vent sur leur parcelle et les entretiennent », ajoute Mme Requier.

Mais là encore, il n’a pas été facile de convaincre les paysans de laisser ces arbres prendre la place des cultures sur leurs parcelles de terre. « L’ONG qui a lancé le projet a dû promettre de les dédommager pour la diminution prévisible des récoltes », raconte Eric Patrick. « Mais finalement, même s’ils avaient moins de terres, ils ont eu plus de récoltes grâce à l’effet de symbiose ».

La Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification vise à aider les États à se doter de programmes d’action pour lutter contre la dégradation des terres. Elle a été ratifiée par 197 États et est entrée en vigueur en 1996.

Agir avant la dégradation

Cependant, l’idéal serait de préserver le sol avant qu’il ne se désertifie.

Des pratiques aussi simples que l’agroforesterie, la plantation de haies, la limitation des labours sur certaines terres ou une meilleure organisation du prélèvement du bois pour le feu permettraient de restreindre les dommages.

Mais c’est souvent moins payant politiquement de prévenir les dégâts que d’agir par la suite pour restaurer une terre désertifiée, déplore Mme Requier.

« Dans un cas, on travaille pour un résultat qu’on ne voit pas, puisque la terre continue de bien se porter, alors que dans l’autre, la situation est tellement dégradée que de toute façon le résultat sera positif », soutient-elle.

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