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Les fausses nouvelles s'invitent à la grande foire Art Basel

L'artiste américain Paul Ramirez Jonas prend la pose à Art Basel, entouré de papiers rapportant de fausses informations.
L'artiste américain Paul Ramirez Jonas s'est transformé en notaire public le temps de la foire Art Basel pour valider les « faits alternatifs ». Photo: AFP / Sébastien Bozon
Agence France-Presse

Qu'est-ce que le mensonge? Qu'est-ce que la vérité? À la foire Art Basel en Suisse, l'artiste Paul Ramirez Jonas s'est penché sur la question à travers une performance intitulée Alternative Facts (« faits alternatifs ») dans laquelle il propose aux visiteurs d'enregistrer leurs mensonges et de les faire certifier.

Assis à un bureau sous un écriteau sur lequel on peut lire « I am a notary public » (je suis un notaire public), cet artiste américain propose aux visiteurs de s'asseoir, leur demande de lui raconter un mensonge, le note sur une feuille de papier quadrillée, puis y appose un poinçon pour attester de son authenticité.

Avant d'accrocher la feuille au mur, le nombre de caractères est compté, la règle édictée par l'artiste étant que « les mensonges ne peuvent pas être plus longs que des tweets ».

Pour valider la transaction, l'artiste demande aux visiteurs un paiement en or afin de régler l'acte.

« Bien sûr, personne n'a d'or sur soi. Alors à la place, je leur demande une pièce de petite monnaie », a expliqué Paul Ramirez Jonas à l'Agence France-Presse lors d'un entretien à Art Basel, la grande foire de l'art qui se tient cette semaine dans la cité suisse de Bâle.

L'artiste plonge alors la petite pièce dans une solution chimique qui la couvre en plaqué or, puis la colle sur la feuille pour garantir que l'acte de certification du mensonge, consigné dans un registre, a bien été payé.

Un tissu de mensonges

Accrochés ensuite aux murs dans le hall d'exposition, les messages (en anglais) finissent par former un vaste tissu de mensonges. Les visiteurs peuvent lire aussi bien « L'Italie va gagner la Coupe du monde » que « Votre vie privée est en sécurité », « L'art est statique », « Je suis neurochirurgien », « Je ne mens jamais »...

À travers ce pêle-mêle de mensonges, Paul Ramirez Jonas entend ouvrir un débat sur le poids de la vérité et de la parole dans l'espace public. Les visiteurs peuvent participer à ce débat soit en se prêtant au jeu, soit tout simplement en venant lire ces messages sur ce qui finit par devenir un mur de mensonges authentifiés.

Dans le hall d'exposition, la performance donne parfois lieu à des échanges loufoques entre les passants.

« Hier, une personne s'est vraiment offusquée en voyant ça », a expliqué l'artiste en désignant un mensonge affirmant « J'aime mon président ».

« Quelqu'un d'autre lui a alors dit : "Non, c'est un mensonge", et la personne a [alors réagi] en disant : "Ah! dans ce cas, c'est bon" », a raconté l'artiste, amusé par l'échange entre les deux visiteurs.

Le projet relancé grâce à... Trump

Né en 1965 à Pomona, en Californie, cet artiste-sculpteur, qui a grandi au Honduras et qui réside aujourd'hui à New York, s'est fait connaître notamment à travers ses performances réalisées aussi bien dans les grands musées américains d'art moderne, les galeries et foires artistiques que dans les rues de New York.

Son projet sur le mensonge avait initialement été lancé en 2015 sur des bases légèrement différentes, autour du concept des semi-vérités, avant de le ranger temporairement au placard pour se concentrer davantage sur la notion des promesses, qui sont « une vérité quand elles sont tenues », et « un mensonge » dans le cas contraire.

« Et puis Trump a été élu, et tout dans cette élection a rendu [la question du] mensonge extrêmement pertinente à nouveau », a retracé l'artiste, qui a décidé de relancer cette performance en faisant évoluer les contours, la rebaptisant depuis Alternative Facts.

La performance sera réalisée à Art Basel, à la demande des organisateurs de la foire, jusqu'au 17 juin.

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