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Comprendre La Niña et El Niño

Des silhouettes de personnes marchant sur la plage sont vues le 13 octobre 2017 et  les arbres et le poteau près d'eux sont croches. Derrière eux, le soleil semble se coucher ou se lever, puisque les nuages sont partiellement éclairés.
Les ravages faits par l'ouragan Maria à San Juan, à Porto Rico, étaient encore visibles près d'un mois après la catastrophe. Photo: Reuters / Shannon Stapleton

L'hiver a été marqué par la présence de La Niña dans le Pacifique équatorial. Cette dernière a ensuite cédé sa place à des conditions neutres en avril; en d'autres mots, à des conditions normales. Mais, au fait, qu'entendons-nous par La Niña et El Niño?

Un texte de Pascal Yiacouvakis

El Niño et La Niña sont des courants marins de grande envergure, typiquement de la taille des États-Unis, dans le Pacifique équatorial.

Normalement, le long de l’équateur, les vents près de la surface soufflent du nord-est au nord de l’équateur (jusqu’au 30e parallèle) et du sud-est au sud de l’équateur. On appelle ces vents les alizés.

Les alizés sont des « vents lisses », en ce sens qu’ils sont passablement constants. D’ailleurs, en anglais, on utilise l'expression trade winds (vents du commerce) pour les décrire, car compte tenu de leur stabilité, ces vents permettaient aux grands voiliers – comme les navires commerciaux des 18e et 19e siècles – une navigation plus sûre et plus stable, et, par le fait même, très profitable au commerce maritime.

En convergeant vers l’équateur, les alizés poussent les eaux plus chaudes (les eaux superficielles) vers l’ouest le long de l’équateur. Ces eaux s’accumulent donc vers l’Indonésie et le nord de l’Australie, et une vaste pente apparaît à la surface de l’océan. Cela provoque, à l’autre extrémité de l’océan (par continuité), une remontée d’eau plus froide, qui provient en grande partie des profondeurs, vers les côtes équatoriennes et péruviennes, et qu'on appelle aussi upwelling côtier.

Lorsque les alizés prennent de la vigueur, l’apport d’eau chaude vers l’ouest augmente. Ainsi, l’étendue du courant plus froid près des côtes de l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale prend de l’envergure. C’est La Niña, la petite sœur d'El Niño.

Une photo satellite montre la température des océans en rouge ou en bleu selon la normale habituellement observée.L’hiver dernier, La Niña était observable à une faible intensité dans le Pacifique. Photo : Service météorologique national américain

Inversement, lorsque les alizés faiblissent (voire tombent totalement), l’eau chaude accumulée vers l’ouest reflue vers l’est. Ce courant d’eau chaude vient alors s’étaler vers les côtes d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale. C’est El Niño, le petit enfant; le petit enfant Jésus, car il atteint généralement son maximum vers Noël.

Les prévisions estivales

Cette année, des conditions neutres (ou normales) se sont installées depuis avril. Ces conditions devraient persister encore tout l’été.

Sachant que La Niña et El Niño altèrent les vents (près de la surface et en altitude) dans le Pacifique, et jusque dans l’Atlantique, il existe une relation étroite entre ces derniers et la fréquence et l’intensité des ouragans. En fait, cette perturbation du vent se fait surtout à la verticale en modifiant ce qu’on appelle le cisaillement.

Le cisaillement décrit la variation de la vitesse et de la direction du vent avec l’altitude. Lorsque le cisaillement est fort, les bandes orageuses s’étirent et se désagrègent, et l’ouragan ne peut se développer. Un fort cisaillement freine donc la formation des ouragans.

Durant un épisode de La Niña, la saison des ouragans est plus active dans l’Atlantique – le cisaillement est plus faible – et moins active dans le Pacifique (cisaillement plus fort). Avec El Niño, c’est l’opposé, soit une saison moins intense dans l’Atlantique et plus forte dans le Pacifique.

Il va sans dire qu’avec des conditions neutres, on s’attend à une saison normale dans les deux océans. Cependant, étant donné que les eaux sont plus chaudes que la normale dans l’Atlantique et le Pacifique (réchauffement climatique oblige), la saison des ouragans sera probablement un peu plus intense qu’à l’accoutumée, l’eau chaude étant le carburant des ouragans.

Sur le continent, on entrevoit un été plus chaud que la normale au Canada, en partie le reflet de la tendance globale au réchauffement.

Et cet hiver?

À plus long terme, on anticipe le retour probable d’El Niño l’hiver prochain. La probabilité est pour l’instant de 65 %.

Mais si El Niño se manifeste, l’hiver 2018-2019 sera probablement plus doux que la normale, et ce, particulièrement dans l’ouest du Canada.

Météorologie

Science