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Gouffre démographique du Japon : les leçons à tirer dans l'est du Canada

Gouffre démographique du Japon:les leçons à tirer dans l'Est-du-Québec
Radio-Canada

Le Japon est au prise avec un important défi démographique. Le pays avec la population la plus âgées au monde peine à garder ces jeunes dans ses régions éloignées et l'immigration n'est pas une option envisagable à court terme. À l'heure où des régions du Québec comme la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine et les provinces atlantiques font face à des défis démographiques important comme le vieillissement de la population et la pénurie de main-d'oeuvre, quelles leçons peuvent-elles tirer du Japon.

Un texte de Philippe Grenier, envoyé spécial au Japon

Au Japon, les régions se vident. Plus du quart des Japonais ont 65 ans et plus.

À Nanmoku, une communauté de 2000 personnes, située à deux heures au nord de Tokyo, c'est 61 % de la population qui est âgée de plus de 65 ans. Un record pour le pays avec la population la plus vieille au monde.

Paysage de Nanmoku au Japon.Nanmoku dans la préfecture de Gunma est la communauté du Japon avec la population la plus âgée. Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

En 60 ans, le nombre d'élèves de l'école du village a chuté, passant de plus de 1200 à 25. Des classes comptent 2, 4, ou 6 élèves au maximum.

Une classe de l'école de Nanmoku.Il y a beaucoup d'espace dans les classes de l'école de Nanmoku. Ce professeur enseigne à un groupe de 4 jeunes. Le plus petit groupe de l'école compte 2 élèves. Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

La directrice, Keiko Kato, voit du positif malgré tout. « Avec cette baisse dramatique, nous pouvons personnaliser notre enseignement à chaque jeune », dit-elle.

Keiko kata présente un graphique sur les statistiques de l'école.En 70 ans, le nombre d'élèves à l'école de Nanmoku est passé de 1200 à 25 comme le démontre la courbe de ce graphique dans le bureau de la directrice Keiko Kato. Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Région vallonneuse, Nanmoku ne s'est jamais relevée de l'industrialisation de l'agriculture.

D'autres régions géographiquement plus avantagées l'ont surpassée sur le plan économique et la population a été décimée.

Hasegawa Saijo, maire de NanmokuHasegawa Saijo est le maire de Nanmoku Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Hasegawa Saijo a pris la tête de Nanmoku, il y a 3 ans, en promettant d'investir dans sa plus grande richesse, la vieillesse.

De quelle façon? En construisant des foyers.

Nous voulons nous assurer que les gens plus âgés vont revenir ici, mais nous voulons attirer tous les autres pour venir travailler dans ces foyers.

Saijo Hasegawa, maire de Nanmoku, Japon

Un troisième foyer est en construction, non loin du deuxième qui compte 20 personnes.

Des résidentes d'un foyer pour personnes âgées de Nanmoku au Japon regardent des circulaires de papier.Des résidentes d'un foyer pour personnes âgées de Nanmoku au nord de Tokyo au Japon. Plus de 61% des résidents de la communauté ont 65 ans et plus. Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

En quête de solution, le Japon a développé un programme pour venir en aide aux régions éloignées, le furusato nōzei, où les Japonais peuvent envoyer une partie de leur impôt à une préfecture de leur choix, en échange de produits locaux de l'endroit, comme des oursins, du crabe et du saké.

Pour le maire de Nanmoku, ça ne sert à rien. « Nous n'avons rien à offrir en retour, c'est inutile pour nous », lance-t-il.

Certaines communautés rurales organisent même des séances de rencontres éclair, question d'augmenter le taux de natalité.

L'île de Naoshima

Les histoires à succès démographiques en région éloignée au Japon sont plutôt rares.

Mais à 3 h de Tokyo en Shinkansen, le train à grande vitesse japonais, Naoshima, a trouvé sa recette pour stabiliser sa courbe démographique, le tourisme.

Une oeuvre artistique en métal illuminée dans la nuit.Le pavillon de Naoshima, une oeuvre de Sou Fujimoto tout près du quai de l'île artistique japonaise. Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

L'Île et ses voisines sont reconnues mondialement pour leur oeuvre d'art et leurs musées. Les visiteurs font maintenant le détour.

Le Naoshima Hall de l'architecte Hiroshi SambuichiLe Naoshima Hall de l'architecte Hiroshi Sambuichi Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Selon le maire, Michiru Hamanaka, « 500 000 touristes passent sur l'île chaque année, attirant au passage des entrepreneurs qui ouvrent des commerces ici. » C'est le cas de Masaomi Komoto.

Masaomi Komoto devant son café à Naoshima.Masaomi Komoto devant son café à Naoshima. Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Ce dernier a ouvert son café il y a un an. « Je sers ici des Américains, des Européens, des Australiens et bien sûr des locaux », affirme-t-il.

La mairie tente maintenant de convaincre ces jeunes de se marier et de fonder une famille.

Michiru Hamanaka, maire de NaoshimaMichiru Hamanaka est le maire de Naoshima Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Sans nouveaux bébés, nous ne remonterons jamais la pente.

Michiru Hamanaka, maire de Naoshima, Japon

Analyse du problème démographique du Japon

Plusieurs facteurs peuvent expliquer les problèmes démographiques du Japon.

Pour Jeff Kingston, directeur des études asiatiques de l'université Temple au Japon, « dans une société où le travail est très valorisé, les mères peuvent revenir au travail après leur congé de maternité et leur emploi n'est plus là. Il peut aussi y avoir du harcèlement à leur endroit, c'est un risque », affirme-t-il.

Jeff Kingston.Jeff Kingston est directeur des études asiatiques de l'Université Temple au Japon. Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Plusieurs Japonaises réalisent que la maternité les pénalise dans leur carrière.

Jeff Kingston, directeur des études asiatiques de l'université Temple au Japon

Pour lui, le manque de place en garderie pose problème aussi et « plusieurs femmes ont de la difficulté à trouver un endroit pour leur enfant. »

Plusieurs régions rurales au Canada comme les Îles-de-la-Madeleine font face au même défi quant aux garderies.

Choisir entre sa carrière ou devenir maman?

Risa Sato, une étudiante de l'Université Waseda se pose la question.

Risa Sato, étudiante de l'université Waseda de Tokyo fait une présentation devant une classe.Risa Sato, étudiante de l'Université Waseda de Tokyo fait une présentation lors d'un séminaire avec des étudiants de l'université de Toronto. Risa croit que l'immigration est une solution aux problèmes démographiques du Japon. Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Sa mère s'est posé la même question, elle a quitté son emploi pour l'élever, c'est son modèle. « Je veux contribuer à la société comme mère aussi, mais j'espère ne pas quitter mon emploi pour y arriver. »

Risa participe à un séminaire avec des étudiants de l'Université de Toronto sur l'immigration.

Est-ce la solution au problème démographique du Japon?

Gracia Liu-Farrer.Gracia Liu-Farrer est professeure au Département d'études Asie-Pacifique de l'Université Waseda. Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Pour Gracia Liu-Farrer, « l'immigration est une solution à la pénurie de main-d'oeuvre et le gouvernement le sait, mais le Japon est particulier, très conservateur quand vient le temps de parler d'immigration. Le fait que des politiciens en parlent pourrait devenir un problème pour eux ».

Une des solutions proposées par le gouvernement est d'instaurer un programme pour attirer 300 000 étudiants internationaux d'ici 2020. Présentement, ils sont 260 000.

Le gouvernement veut attirer les étudiants internationaux, mais aussi les retenir au Japon pour pourvoir tous les postes disponibles ici.

Gracia Liu-Farrer, professeure, Département d'études Asie-Pacifique

Le programme de travailleurs étrangers temporaires est aussi déficient, selon les professeurs Liu-Farrer et Kingston. Les possibilités d'abus de la part d'employeurs sont élevées.

Le gouvernement encourage les Japonais à faire des bébés, ça ne marche pas. L'immigration est un dossier clos, on ne va pas là. Pendant ce temps, les gens vieillissent, le problème du Japon empire.

Jeff Kingston, directeur des études asiatiques de l'université Temple au Japon

Les défis démographiques de l'est du pays

Pour le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, l'immigration est un incontournable, tout comme l'intégration et la francisation des immigrants. « Le nouveau processus de sélection va faire qu'on va être encore mieux outillé pour diriger les immigrants vers les régions comme la mienne, comme ici, comme la Gaspésie, où il y a des pénuries de main-d'oeuvre importante », souligne-t-il.

Il se tient devant un micro, entre une maquette de voilier et un écran où l'on peut voir les navires de CTMA.Le premier ministre Philippe Couillard lors de son passage aux Îles-de-la-Madeleine, le 12 mai. Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Pénurie de main d'oeuvre et vieillissement de la population, les régions de l'est du pays font face à un défi démographique de taille aussi.

Près du quart de la population des Îles-de-la-Madeleine est âgée de 65 ans et plus.

Des chiffres comparables à ceux de la Gaspésie ou des régions de l'Atlantique, beaucoup plus élevés que la moyenne nationale de 16 %.

Le gazon n'est pas toujours plus vert chez le voisin. Les défis démographiques des régions rurales et éloignées poussent comme de la mauvaise herbe partout dans le monde. Ne reste plus qu'à trouver le bon traitement.

Philippe Grenier est titulaire de la bourse des médias de la Fondation Asie-Pacifique du Canada 2017-2018. Grâce à cette bourse, il a produit une série de reportages sur les défis démographiques du Japon et divers sujets.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Démographie