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Le parcours professionnel du président de la CAQ provoque un malaise

Stéphane Le Bouyonnec, président de la CAQ et candidat dans la circonscription de La Prairie.
Stéphane Le Bouyonnec, président de la CAQ et candidat dans la circonscription de La Prairie Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Radio-Canada

La Coalition avenir Québec (CAQ) a subi les attaques de ses adversaires, jeudi, après que son président et candidat dans La Prairie, Stéphane Le Bouyonnec, eut annoncé qu'il quittait le conseil d'administration de la firme informatique Techbanx, dans la foulée de la publication d'un article du Journal de Montréal qui l'associe à une entreprise de prêts privés à très hauts taux d'intérêt ayant des activités à l'extérieur du Québec.

Techbanx met au point des algorithmes permettant d'évaluer le crédit. Sur les ondes d'ICI RDI, Stéphane Le Bouyonnec a expliqué que les produits de cette firme, qui ne fait elle-même pas de prêts, sont notamment utilisés par l'entreprise de prêts privés iCash. Or, a-t-il précisé, cette dernière offre ses services en toute légalité dans six provinces canadiennes.

Rappelons qu’au Québec, il est interdit par la loi de prêter légalement de l’argent à un taux d’intérêt supérieur à 35 %, ce qui n’est pas le cas ailleurs au pays.

Mais bien que les activités de Techbanx et iCash soient légales ailleurs au Canada, il devenait difficile pour M. Le Bouyonnec, à titre de candidat et de président de la CAQ, de justifier sa position. Son parti a en effet appuyé récemment des amendements législatifs pour empêcher les prêts à haut taux d’intérêt au Québec.

Sa décision de se retirer du conseil d'administration de Techbanx survient à un peu plus de deux mois du déclenchement des élections et au moment où son parti caracole en tête des sondages.

« Techbanx opère en toute légalité dans plusieurs provinces canadiennes et n’a aucune activité au Québec, a-t-il écrit dans un communiqué. Mais l’Assemblée nationale vient d’adopter une loi qui fait en sorte que ces activités, menées ailleurs au Canada, seraient dorénavant impossibles au Québec. »

Mon implication dans cette entreprise n’est plus compatible avec mon rôle de président de la CAQ et de candidat à la prochaine élection au Québec.

Stéphane Le Bouyonnec, président de la CAQ

Reconnaissant qu’il pourrait subsister des doutes dans l’opinion publique sur les intentions et les valeurs de la CAQ s’il continuait d’occuper ses fonctions chez Techbanx, Stéphane Le Bouyonnec a annoncé qu’en plus de quitter ses fonctions à la présidence du conseil d’administration de Techbanx, il entamera dès maintenant les démarches nécessaires pour se départir de la totalité de ses actions dans cette entreprise, qui compte une quinzaine d’actionnaires.

François Legault, qui considère l'incident clos, maintient donc en poste Stéphane Le Bouyonnec, lequel demeurera président de la formation et candidat aux prochaines élections.

Malaise au sein de la CAQ

Le malaise est toutefois perceptible dans les rangs du parti, comme l'a exprimé son leader parlementaire adjoint.

Ce n’est pas les valeurs de la CAQ.

Éric Caire, leader parlementaire adjoint de la CAQ

« C’est pour cette raison-là que M. Le Bouyonnec pose le geste qu’il pose, c’est-à-dire de se retirer de ces entreprises-là », a ajouté Éric Caire.

Les partis adverses dénoncent le manque de cohérence de la CAQ

Le gouvernement libéral et l'opposition péquiste ont tous deux dénoncé les choix professionnels du président de la CAQ, y voyant une façon de profiter des plus vulnérables de la société.

Le leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a demandé à M. Legault de réfléchir à la pertinence de conserver dans son équipe quelqu'un qui ne semblait pas partager les valeurs de son parti, tandis que la ministre responsable de la Protection des consommateurs et de l'Habitation du Québec, Lise Thériault, a affirmé avoir « peur pour la suite des choses » si la CAQ en venait à diriger le Québec.

Moi, je questionne le jugement de cet homme-là, qui prétend avoir de bonnes mœurs pour être député.

Lise Thériault. ministre responsable de la Protection des consommateurs et de l’Habitation du Québec

« C’est du shyklocking », a lancé le leader parlementaire du Parti québécois (PQ).

C’est faire en sorte d’exploiter la vulnérabilité de personnes qui ont besoin d’argent avec des taux usuraires.

Pascal Bérubé, leader parlementaire du Parti québécois

Son collègue Nicolas Marceau a déposé une motion à l’Assemblée nationale stipulant que « l'Assemblée réitère son appui à l'interdiction des prêts à des taux d'intérêt supérieurs à 35 % ». Le texte rappelle aussi qu'au Canada, un taux d'intérêt supérieur à 60 % est criminel.

La motion a été adoptée à l'unanimité, incluant donc le caucus caquiste.

Un statut d'ingénieur remis en question

Par ailleurs, le député péquiste de Terrebonne, Mathieu Traversy, a rappelé que Stéphane Le Bouyonnec avait utilisé le titre d'ingénieur sans y être autorisé dans le passé.

En 2015, la Cour du Québec l'a condamné à acquitter une amende de 2000 $ après que l'Ordre des ingénieurs eut découvert que le profil de M. Le Bouyonnec apparaissant sur un réseau social indiquait qu'il portait le titre d'ingénieur, ce qui n'était pas le cas.

Dans une mise au point sur son compte Facebook, le président de la CAQ assure qu’il est « bel et bien ingénieur de formation ». Il ajoute qu’il a été membre de l'Ordre des ingénieurs du Québec pendant plus de 25 ans. « Jamais je ne laisserai quelqu’un m’accuser d’avoir usurpé le titre d’ingénieur », écrit-il.

M. Le Bouyonnec explique qu’il avait lui-même demandé à l’Ordre de le retirer temporairement du tableau des ingénieurs après être devenu député de La Prairie, en 2012. S’il a été condamné et mis à l’amende, c’est parce qu’il avait « malencontreusement oublié » de retirer de son compte LinkedIn les lettres « ing », ce qui lui a valu une réprimande de l’Ordre. « C’était une erreur de bonne foi. J’ai payé mon dû », précise-t-il.

Avec les informations de La Presse canadienne

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