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Un homme au N.-B. meurt tout près d’une station d’ambulance sans personnel

Une ambulance stationnée dans un petit garage en milieu rural

Aucun ambulancier n'était posté à la station de Belledune la nuit durant laquelle David Harvey est mort.

Photo : Gracieuseté Kayla Galley

CBC

Un résident du nord du Nouveau-Brunswick est mort d'une crise cardiaque à 3 km d'une station d'ambulance où personne n'était posté cette nuit-là.

David Harvey, un charpentier de 54 ans, s’est subitement écroulé le 5 juin, dans la maison où il vivait avec ses parents, à Nash Creek, près de Belledune.

Ses parents ont immédiatement composé le 911. Un répartiteur leur a dit ce qu’ils pouvaient faire pour sauver leur fils en attendant l’arrivée des secours.

Lorraine Harvey, 75 ans, et Donald Harvey, 80 ans, ont fait à tour de rôle les manoeuvres de réanimation cardio-respiratoire.

Ces manoeuvres étaient épuisantes pour eux, physiquement et émotionnellement, explique Kayla Galley, nièce de David Harvey. Les compressions thoraciques sont épuisantes, même pour une personne forte et jeune, dit-elle.

L’ambulance doit arriver sur les lieux d’une urgence en 22 minutes ou moins, selon les normes du service en milieu rural.

La famille Harvey affirme qu’une ambulance est arrivée 30 minutes après l’appel.

L’ambulance a été dépêchée de Dalhousie, à 30 km de son domicile, et elle est arrivée sur les lieux en 20 minutes, assure Ambulance NB.

L’organisme n’a pas expliqué à la famille pourquoi personne ne travaillait à la station d’ambulance de Belledune, à 3 km de la maison, cette nuit-là.

Photographie d'un homme aux cheveux courts et portant une moustache fine

David Harvey, un charpentier de 54 ans, a été terrassé par une crise cardiaque, et ses parents ont tenté de le réanimer en attendant l'arrivée d'une ambulance.

Photo : Gracieuseté

David LaPointe, un pompier volontaire qui habite en face de cette station, a aussi été dépêché à la maison des Harvey pour appuyer les ambulanciers après leur arrivée sur les lieux, vers 3 h 30 ou 4 h. Il ne lui a fallu que quelques minutes pour s’y rendre, dit-il.

La victime était couchée sur le plancher et les deux ambulanciers l’aidaient, explique M. Lapointe. L’un des ambulanciers effectuait les manoeuvres de réanimation cardio-respiratoire sur M. Harvey, tandis que l’autre vérifiait ses signes vitaux. Ils lui ont demandé de les aider.

Les trois secouristes ont poursuivi leurs efforts pendant environ 20 minutes, selon David LaPointe, mais ils n’ont pu sauver David Harvey.

La famille Harvey tourmentée par des questions

La famille est tourmentée par plusieurs questions depuis la mort de David Harvey, explique Kayla Galley.

Aurait-il pu être sauvé si des ambulanciers avaient été postés à la station de Jacket River et s’ils avaient pu arriver sur les lieux aussi vite que M. LaPointe? Une ambulance est stationnée à trois minutes de son domicile, souligne Mme Galley.

Elle veut comprendre pourquoi il n’y avait pas d’ambulanciers dans la station à ce moment. Elle ne peut obtenir des réponses à ses questions.

Malaise dans la collectivité

Le maire de Belledune, Joe Noel, partage les préoccupations des proches de David Harvey. Il a lui-même travaillé dans le service ambulancier à Belledune pendant 27 ans, avant que le gouvernement confie le service à l’entreprise Medavie.

Le temps d’attente pour l’arrivée d’une ambulance est frustrant pour les gens de la région, affirme M. Noel. Il y a une station d’ambulance, mais il est rare que des ambulanciers y travaillent, selon lui.

Dire que nous avons un service d’ambulance à Belledune serait une farce.

Joe Noel, maire de Belledune

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick devrait avoir honte, ajoute-t-il.

Le maire remet en question la déclaration d’Ambulance NB voulant que ses employés soient intervenus en 20 minutes. L’estimation de la famille, soit 30 minutes, lui apparaît plus précise. Il dit que les parents de M. Harvey savent pendant combien de temps ils ont fait les manoeuvres de réanimation cardio-respiratoires.

Ambulance NB, pour sa part, ne veut pas faire de commentaire sur le cas de David Harvey par souci de respect de la vie privée.

Ambulance NB manque de personnel, répète le syndicat

Le syndicat des ambulanciers organise des manifestations à divers endroits dans la province ces jours-ci pour dénoncer le manque de personnel. Environ 150 offres d’emplois dans ce service sont réaffichées tous les deux mois, sans trouver preneur, selon Greg McConaghy, président de la section 4848 du Syndicat canadien de la fonction publique.

Des ambulanciers marchent le long d'une rue en brandissant des pancartes.

Ambulance NB est dans état de crise, selon le syndicat des ambulanciers et des répartiteurs.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Ambulance NB doit fournir ses services aux Néo-Brunswickois dans la langue officielle de leur choix, mais il n’y a pas assez d’ambulanciers bilingues, indique M. McConaghy. Par conséquent, ajoute-t-il, les temps d’attente sont plus longs par endroits malgré l’augmentation du nombre d’heures supplémentaires.

Les heures supplémentaires des ambulanciers l’an dernier ont coûté près de 8 millions de dollars. Les quelque 1000 ambulanciers de la province ont fait 250 heures supplémentaires chacun, en moyenne.

Le ministre de la Santé au courant du manque d’ambulanciers

Il n’a pas été possible d’avoir le ministre de la Santé Benoît Bourque en entrevue, mais dans un courriel il dit être désolé d'apprendre la mort de David Harvey. Il reconnaît que le manque de personnel est un problème en général dans le service ambulancier.

Il faudra du temps pour régler le problème du manque de personnel, explique le ministre Bourque. Entre-temps, il fait toujours confiance à Ambulance NB pour livrer malgré tout un service dans les temps recommandés.

L’inquiétude de Kayla Galley et de sa famille reste entière. Elle dit qu’elle aimerait être assurée que les secours arriveraient très vite si elle appelait au 911, mais qu’en réalité elle n’en sait rien.

D’après un reportage de Nathalie Sturgeon

Nouveau-Brunswick

Société