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Paul Simon : un magnifique concert peu émouvant pour des adieux

Paul Simon en 2015
Paul Simon Photo: Getty Images / Ilya S. Savenok
Philippe Rezzonico

CRITIQUE – Des tas d'artistes ont un jour annoncé que leur prochaine tournée serait leur dernière. Pas tous n'ont tenu promesse. Paul Simon, le plus récent en lice, est venu présenter mercredi soir au Centre Bell Homeward Bound The Final Tour, ce qui doit être son dernier tour de piste.

Fidèle à son habitude, le légendaire auteur-compositeur et interprète américain ne s’est pas pointé seul. Cela m’a bien pris deux chansons pour arriver au total de 14 musiciens accompagnateurs présents sur l’immense scène bondée d’instruments.

Guitares électriques et acoustiques, basse électrique, violon, violoncelle, contrebasse, piano, orgue, claviers, saxophone, trompette, clarinette, cor anglais, batterie, percussions, tambours, planche à laver, triangle… Et j’en oublie. Tout, finalement, pour enrober, enrichir et magnifier les compositions de Simon qui survolent six décennies.

D’entrée de jeu, America, l’un des chefs-d’œuvre de la période Simon and Garfunkel, a démontré le plein potentiel de ce collectif où nombre de musiciens jouent plus d’un instrument. Simon, 76 ans, a quant à lui montré qu’il était en meilleure forme physique et vocale que lors de son dernier passage dans la métropole, il y a deux ans.

Après avoir interprété une version pimpante de 50 Ways to Leave Your Lover, Simon s’est adressé au public. Comme il l’avait fait la veille à Toronto, il s’est excusé pour les propos tenus par les dirigeants américains à l’endroit du premier ministre canadien Justin Trudeau qui « ne représentent pas le cœur et l’âme des États-Unis. » L’ovation prévisible a suivi.

« L’être humain est parfois stupide, mais il peut aussi faire de la musique », a-t-il lancé avant d’offrir une version dansante au possible de Boy in the Bubble.

Le monde de Paul

Durant près de deux heures et demie, Simon et ses collègues ont jonglé avec des chansons marquantes et donné un second souffle à tant d’autres. Tous les titres farcis d’effluves du monde ont été une réussite : les épices à la zydeco pour That Was Your Mother, les influences de l’inde pour Dazzling Blue, celles, reggae, de Mother and Child Reunion, l’apport percussif tribal pour The Obvious Child – quatre musiciens à la batterie et aux diverses percussions – et l’héritage africain de Diamond on the Soles of Her Shoes.

La qualité du son était exceptionnelle – du moins, pour le Centre Bell – et la définition des instruments était bien nette. Fin conteur, Simon a souvent expliqué la genèse de telle ou telle chanson. La plus drôle était celle de René et Georgette Magritte with Their Dog After the War, interprétée en bivouac, avec cordes et cuivres.

Nous avons eu droit à un véritable écrin de musique de chambre qui a aussi servi pour Can’t Run But – pourquoi celle-là? – et, immense surprise, à une Bridge Over Troubled Water dépourvue de piano, presque métamorphosée, qui avait néanmoins conservé son aura de mystère. Remarquable relecture.

Pas remué

Pourtant, au deux-tiers du concert, je me disais qu’il y avait quelque chose qui clochait… Comprenez : c’était la fin. Sur scène, en fait, car Simon a dit qu’un nouveau disque s’en venait à l’automne.

Quand je vais voir les Rolling Stones, vu leur âge, je me dis chaque fois que c’est la dernière fois et j’apprécie au plus haut point d’entendre les (I Can’t Get No) Satisfaction et autres Brown Sugar, comme s’il s’agissait d’un ultime au revoir. Même chose pour Dylan ou Aznavour.

Je n’étais pas loin d’être bouleversé dans la Maison symphonique en 2015, quand Juliette Gréco est venue faire sa dernière tournée. Dès qu’elle terminait Jolie môme, La Javanaise et J’arrive, je me disais : C’est fini. Terminé. Je n’entendrai plus jamais telle ou telle chanson comme ça.

Rien de tout ça, hier soir... Sauf durant Homeward Bound, avec les images du passé (Art Garfunkel, les découpures de journaux, les billets de spectacle d’antan), The Boxer, quand 11 000 voix ont chanté en cœur et, bien sûr, quand Simon mis un terme à la soirée en interprétant The Sound of Silence en mode guitare-voix.

Pourquoi ai-je été si peu touché? Peut-être bien parce que ce n’était pas vraiment une tournée d’adieu, mais pratiquement le même concert qu’en 2016. C’était formidable d’entendre les versions festives de You Can Call Me Al et de Me and Julio Down by the Schoolyard, mais il n’y avait rien d’événementiel là-dedans. On les entend à tous les spectacles de Simon. Comme plus de 80 % de ce que l’on a entendu hier, d’ailleurs. Il y a plus de 10 ans, on entendait Mrs Robinson ou Cecilia à un concert de Paul Simon. N’était-ce pas le bon moment pour les ramener?

L’artiste a apporté une demi-douzaine de modifications à son répertoire de 26 titres. Dans l’échange, on a perdu El Condor Pasa (If I Could) et Slip Sliding Away et on a gagné Bridge Over Troubled Water et America. Mais au fond, on a eu droit à la version d’arénas de la tournée de 2016. Pas à un véritable concert d’adieu pensé de fond en comble pour une sortie grandiose.

Si on doit faire ce reproche à Simon, il est toutefois hors de question de jeter le bébé avec l’eau du bain. De la qualité de l’instrumentation à celle de l’interprétation, ce concert de l’un des maîtres de la création chansonnière anglo-saxonne du 20e siècle a été simplement magnifique.

Sauf qu’un concert d’adieu, en définitive, ça doit te remuer les tripes bien plus que ça.

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