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Le Québec est-il prêt à faire face à une récession?

Un épais volume détaillant les mesures budgétaires

Malgré l'embellie de la croissance économique, le gouvernement du Québec a choisi d’augmenter fortement ses dépenses dans ses deux derniers budgets.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

L'Institut du Québec lance un appel à la cohérence au gouvernement du Québec en lui demandant d'utiliser ses surplus pour rembourser sa dette et se garder une marge de manoeuvre en cas d'imprévus ou de ralentissement de l'économie. Autrement dit, si vous croyez à la rigueur budgétaire, il faut y croire tout le temps, y compris en année électorale!

Une analyse de Gérald Fillion

Ce n’est pas pour « faire peur au monde » qu’il faut parler de récession et s’y préparer. Mais la séquence de croissance actuelle fait partie des plus longues de l’histoire du Québec. Nous sommes dans la dixième année de hausse du produit intérieur brut (PIB), et tous les experts affirment que les risques de récession quelque part avant ou après 2020 sont réels.

Les États-Unis sont dans leur deuxième plus long cycle de croissance dans la période d'après-guerre. De 2009 à aujourd’hui, on compte 107 mois de hausse du PIB de suite et on s’approche du record de 120 mois enregistré de 1991 à 2001. Tôt ou tard, les États-Unis pourraient se retrouver en récession, ce qui aura des répercussions chez nous.

Dans une note de recherche portant sur les effets possibles d’une récession prochaine au Québec, le niveau de préparation du gouvernement et les avenues que l’État devrait privilégier, l’Institut du Québec affirme qu’une récession modérée ramènerait le Québec en déficit.

Ainsi, dès la première année, après le versement au Fonds des générations, un déficit budgétaire de 2 milliards de dollars serait à prévoir. Ce déficit grimperait à 3 milliards cinq ans après la récession, malgré un effort du gouvernement pour revenir à l’équilibre budgétaire.

L’Institut du Québec écrit que « si aucun ajustement n’était effectué à la croissance des dépenses et/ou au fardeau fiscal, les déficits totaux seraient de 13,1 milliards de dollars sur cinq ans et de 20,5 milliards sur sept ans ».

Ça veut donc dire que pour revenir au déficit zéro, il faudrait effectuer des compressions dans les dépenses de programmes, une fois de plus, ou augmenter les taxes et les impôts des Québécois. Mais, pour l’Institut du Québec, tout ça est évitable.

« Le moyen le plus efficace de limiter l’impact de la prochaine récession est de profiter de l’embellie économique pour accroître la capacité d’emprunt du Québec et assurer un contrôle serré de la croissance des dépenses. »

Invitation à la prudence

Ce que suggère l’Institut du Québec va à l’encontre des choix qui se font présentement au gouvernement. Le Québec vient de connaître sa meilleure année de croissance économique en deux décennies. Malgré l’embellie, le gouvernement a choisi d’augmenter fortement ses dépenses, soit de 6,5 % en 2017-18 et de 4,7 % en 2018-19.

De plus, Québec a choisi de piger dans sa réserve de stabilisation, là où s’accumulent les surplus des dernières années, qui s’élèvent actuellement à 5,4 milliards de dollars. Québec prévoit déjà aller chercher 1,6 milliard de dollars en 2018-19, 936 millions en 2019-20 et 479 millions en 2020-21.

L’Institut du Québec invite plutôt le gouvernement à la prudence en suggérant de plafonner la réserve de stabilisation à 2 milliards de dollars et de réduire la dette avec les excédents, pour faire baisser les paiements d'intérêts sur la dette. Cette façon de faire serait plus efficace que les remboursements de 2 milliards de dollars prévus par le ministre des Finances, Carlos Leitao, à même le Fonds des générations, ce qui entraînera, selon l’Institut, des pertes de rendement plus importantes que les gains en intérêts envisagés.

L’Institut souligne par ailleurs un fait que plusieurs économistes constatent depuis des années : le gouvernement a toutes sortes de petites cachettes dans ses finances, des marges de manoeuvre qu’on trouve dans le fonds de suppléance (qui relève du Conseil du Trésor) et qui sont camouflées dans la sous-évaluation régulière que fait le ministère des Finances à propos de la croissance du PIB, des transferts fédéraux et des intérêts à payer sur la dette.

Donc, les économistes qui ont pondu ce rapport livrent un portrait qui appelle les décideurs publics à prendre des précautions. « Comme c’est le cas pour plusieurs économies avancées, la croissance économique future du Québec sera plus faible que par le passé au cours de la prochaine décennie. »

L’Institut du Québec précise que « la croissance potentielle du PIB québécois [inflation déduite] se situerait donc entre 0,75 et 1,8 % par année, en baisse par rapport au taux de croissance de 2 % enregistré de 1988 à 2008 ».

La proposition de l’Institut du Québec invite l’État à faire preuve de cohérence. Si, au début d’un mandat, un gouvernement juge important de gérer les finances publiques avec rigueur, ce l’est tout autant quatre ans plus tard. Et c’est encore plus important aujourd’hui de garder un contrôle raisonnable des dépenses, compte tenu des pressions qui s’annoncent sur la croissance.

Gérald Fillion

Finances publiques

Économie