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Cannabis : le Canada doit mieux informer les jeunes, selon une chercheuse

La feuille d'érable du drapeau canadien est remplacée par un plant de cannabis, avec en arrière-plan, l'édifice principal du gouvernement fédéral.
Le cannabis doit devenir légal au Canada en 2018. Photo: Getty Images / Donald Weber
Radio-Canada

À la lumière des résultats d'une étude sur les trajectoires empruntées par les jeunes consommateurs de cannabis, une chercheuse de la Nouvelle-Écosse croit que le Canada devrait s'efforcer de mieux informer les jeunes utilisateurs des risques associés à leur consommation.

Un texte de Frédéric Wolf

Une étude exhaustive menée par Kara Thompson, de l’Université Saint-François-Xavier à Antigonish en Nouvelle-Écosse, et Bonnie Leadbeater, de l’Université de Victoria en Colombie-Britannique, a interrogé 662 jeunes Canadiens âgés de 12 à 28 ans sur une période de 10 ans. Les résultats de leurs travaux ont été publiés dans le Canadian Journal of Behavioral Science et dans Prevention Science.

Les participants étaient interrogés chaque deux ans sur leur consommation de cannabis, leur bien-être général et leurs accomplissements. Du groupe, 71 % des jeunes interrogés avaient consommé du cannabis pendant la durée de l’étude.

Des trajectoires plus désirables pour les consommateurs modérés

Sur cette période, la consommation de 3 participants sur 10 était considérée comme élevée par les auteurs de l’étude. Chez les 56 % de participants qui n’ont fait aucun usage, ou alors un usage occasionnel de cannabis (défini comme quelques fois par mois ou quelques fois par année), démontraient à la fin de l’étude une meilleure santé physique et mentale, de meilleurs résultats académiques et un revenu plus élevé.

Mains d'une femme roulant une cigarette de marijuana.Une étude s'est penchée sur la consommation de cannabis par des jeunes âgés de 12 à 28 ans, sur une période de dix années. Photo : Getty Images / Instants

Ces jeunes étaient quatre fois moins susceptibles d’avoir un baccalauréat, indique Kara Thompson, professeure adjointe à Saint-François-Xavier. Dans leur vingtaine, ils gagnaient 6500 dollars de moins, ils avaient deux fois plus de dettes et rapportaient davantage de symptômes de dépression et d’anxiété au début de l’âge adulte.

L'usage de cannabis n'est pas le seul facteur

Le cannabis n’est cependant pas seul responsable de cette situation. Il y a probablement une relation bidirectionnelle, admet Mme Thompson. Ces jeunes qui sont de grands consommateurs [de cannabis], ils sont aussi de grands consommateurs d’alcool. Ce sont des jeunes déjà aux prises avec des problèmes comportementaux, qui consomment de l’alcool et des drogues.

Ils ne sont pas que des consommateurs de marijuana, ils éprouvent des difficultés dans d’autres aspects de leur vie, la marijuana n’est absolument pas le seul facteur ici, précise la chercheuse.

La fréquence de la consommation, la quantité consommée en général ou à chaque occasion, et les méthodes de consommation sont aussi des facteurs à considérer.

Personne ne consomme de la même façon. De dire qu’il y a des jeunes qui consomment de la marijuana et d’autres non, ce n’est pas très révélateur, dit-elle. Ce qui a un impact, c’est comment les gens consomment de la marijuana.

Consommateurs chroniques

Un peu plus d’un participant à l’étude sur dix (11 %) est défini comme un utilisateur chronique, c’est-à-dire qu’il ou elle a commencé à consommer tôt, et que son l’usage s’est maintenu à plus d’une fois par semaine au fil des ans.

De la marijuana dans un bocal en verre proposée dans un vendeur dans un comptoir de vente de cannabisDe la marijuana proposée dans un comptoir de vente Photo : La Presse canadienne / Darryl Dick

Ceux qui font partie de notre catégorie d’utilisateurs chroniques tendent à provenir d’un niveau socioéconomique inférieur, leurs parents tendent à avoir un niveau d’éducation plus bas et des emplois moins prestigieux, indique Dr Thompson.

Nos conclusions démontrent que les jeunes qui sont engagés dans une trajectoire à haut risque consomment tôt et consomment plus d’une fois par semaine très, très régulièrement, explique-t-elle.

Nous observons des trajectoires très différentes pour ces personnes, comparativement aux personnes qui ne consomment qu’occasionnellement, [c’est-à-dire] de quelques fois par mois à quelques fois par année.

Un plaidoyer pour mieux informer les jeunes

Octogone rouge avec une feuille de cannabis et les lettres THC.Un élément de l'étiquetage suggéré par Santé Canada pour les produits du cannabis au Canada. Photo : Santé Canada

Mme Thompson croit primordial que des avertissements ciblent les jeunes et les informent sur le cannabis.

Malheureusement, des mythes circulent sur les jeunes à l’effet qu’il s’agit d’un produit sans danger, que c’est plus naturel. Mais même les produits naturels ont leurs effets secondaires et conséquences potentielles, dit-elle. Nous devrions produire des messages pour avertir les jeunes que ces effets secondaires existent.

Nous sommes sur le point de produire et de distribuer une substance psychotrope et cela crée une obligation sociale et morale de prévention des dommages chez les jeunes.

Dr Kara Thompson

La façon dont les provinces cheminent vers la légalisation ressemble un peu à une expérience sociale, soutient Kara Thompson. Elle espère que les leçons du passé seront mises à profit. Nous avons appris des leçons de l’alcool, remarque-t-elle. Grâce à ces leçons, nous avons la possibilité d’écrire une histoire différente au sujet du cannabis.

Une illustration de l'aménagement prévu des points de vente de cannabis de la Régie des alcools de la Nouvelle-Écosse.Une illustration de l'aménagement prévu des points de vente de cannabis de la Régie des alcools de la Nouvelle-Écosse (NSLC). Photo : Nova Scotia Liquor Corporation

Peu importe ce que vous légalisez, cela vient avec des normes sociales qui évoluent, une évolution de l’acceptabilité sociale, continue-t-elle. Cela signifie une responsabilité, de la part des décideurs politiques, des enseignants, des parents, des médecins, d’éduquer les jeunes gens et de les protéger.

Une des choses que la légalisation permet, c’est d’avoir davantage de contrôle.

Kara Thompson

Nous devons parler davantage des façons plus sécuritaires de consommer, insiste Kara Thompson. Je ne suis pas certaine que nous communiquons cela efficacement pour le moment, mais j’ai confiance que nous saurons le faire avec la légalisation.

Nouvelle-Écosse

Jeunesse