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Une offensive sunnite contre un port yéménite contrôlé par les Houthis

Une dizaine d'hommes en tenue traditionnelle se tiennent debout devant et dessus un tank. Certains brandissent des armes.

Des combattants fidèles au président yéménite en exil devant un tank, dans la ville d'Al-Faza, près de Hodeïdah, le 1er juin.

Photo : Reuters / Pigiste

Agence France-Presse

Les forces loyales au gouvernement yéménite, appuyées par les Émiratis et les Saoudiens, ont lancé mercredi leur offensive sur le port stratégique de Hodeïdah contrôlé par les rebelles houthis, l'émissaire de l'ONU se disant « extrêmement inquiet » pour la population et appelant à la retenue.

Le grand port de Hodeïdah, sur la mer Rouge, constitue un enjeu stratégique d'une guerre qui dure depuis plus de trois ans : il est le point d'entrée d'une bonne partie des importations et de l'aide humanitaire au Yémen.

« Je suis extrêmement préoccupé par les développements militaires à Hodeïdah », a déclaré l'émissaire de l'ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, dans un communiqué.

« Nous sommes en contact permanent avec toutes les parties impliquées pour négocier des arrangements pour Hodeïdah qui répondraient aux préoccupations politiques, humanitaires et de sécurité de toutes les parties concernées », a-t-il souligné, en appelant à « la retenue et à donner une chance à la paix ».

Dans un pays à la population exsangue, une quinzaine d'ONG internationales ont également exprimé leur vive inquiétude face à cet assaut sur une cité de 600 000 habitants.

Elles ont adressé une lettre au président français Emmanuel Macron l'exhortant à faire pression sur Riyad et Abou Dhabi, et jugeant « inconcevable » de maintenir la conférence humanitaire sur le Yémen prévue fin juin à Paris.

La France rappelle que seule une solution politique négociée, y compris à Hodeïdah, permettra de mettre fin de manière durable à la guerre au Yémen et d'arrêter la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire dans ce pays.

Communiqué du ministère français des Affaires étrangères

Une attaque qui va « exacerber la situation », selon la Croix-Rouge

Amnistie internationale a estimé qu'une opération militaire menacerait les civils et les opérations humanitaires au Yémen, tandis que le Comité international pour la Croix-Rouge (CICR) a affirmé qu'elle ne ferait qu'« exacerber la situation humanitaire catastrophique » dans le pays.

Save the Children s'est inquiétée en particulier, tout comme l'UNICEF, pour le sort de quelque 300 000 enfants qui se trouveraient dans la ville.

Plusieurs camions sont chargés de blé au port de Hodeïdah.

Des cargaisons de blé sont déchargées au port de Hodeïdah, le 1er avril. Le port accueille environ 80 % des importations du pays et constitue la porte d'entrée de l'aide humanitaire pour des millions de Yéménites.

Photo : Reuters / ABDULJABBAR ZEYAD

Au terme d'un ultimatum ayant expiré mardi soir, l'offensive a débuté mercredi à 13 h 15 (6 h 15, HAE), après avoir reçu le « feu vert » de la coalition, ont indiqué à la mi-journée à l'AFP des responsables des forces progouvernementales ayant requis l'anonymat.

Les troupes progressent en direction de l'aéroport, situé au sud de Hodeïdah, d'après les mêmes sources, présentes sur le terrain à Al-Jah, à 30 km environ au sud-est de la ville. Dix-huit raids aériens ont été menés contre des positions des Houthis au cours des heures précédentes pour préparer l'offensive, ont-elles ajouté.

La chaîne Al-Massirah, contrôlée par les rebelles, avait rapporté des raids aériens en matinée « sur des fermes » en périphérie de Hodeïdah.

Selon des sources médicales, 22 combattants rebelles et 3 soldats progouvernementaux ont été tués ces dernières 24 heures.

La libération de Hodeïdah est vitale à la lumière de la menace croissante que les miliciens houthis, soutenus par l'Iran, font peser sur la sécurité maritime en mer Rouge, par où passent environ 15 % du commerce international.

Khaled ben Salmane, ambassadeur saoudien aux États-Unis, sur Twitter

Les Émirats arabes unis, qui apportent un soutien essentiel au sol à des forces yéménites hétéroclites, avaient donné jusqu'à mardi soir à l'ONU pour trouver une solution et contraindre les Houthis à abandonner Hodeïdah sans combattre.

Alors que cet ultimatum expirait, Anwar Gargash, ministre d'État émirati aux Affaires étrangères, a affirmé dans une série de tweets tard mardi soir que les Houthis ne pouvaient plus « tenir Hodeïdah en otage pour financer leur guerre » et « détourner » l'aide humanitaire internationale.

« La libération de la ville et du port créera une nouvelle réalité et amènera les Houthis aux négociations », a-t-il assuré en promettant que « les Émirats arabes unis et la coalition continueront à accélérer le flot d'aide humanitaire ».

Mardi soir, l'homme fort des Émirats, Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, a reçu à Abou Dhabi le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, qui vit en exil à Riyad.

Plusieurs bateaux de pêche sont amarrés dans un port. En arrière-plan, on voit quelques immeubles, dont des gratte-ciel.

Vue de la ville portuaire de Hodeïdah, le 14 mars 2018.

Photo : Reuters / ABDULJABBAR ZEYAD

Paris demande la « protection des populations civiles »

Plus tôt, le président français Emmanuel Macron avait appelé à la « retenue » et à la « protection des populations civiles », lors d'un échange téléphonique avec Mohammed ben Zayed.

Cet entretien s'est déroulé notamment « dans la perspective de l'organisation à Paris fin juin d'une conférence humanitaire » sur le Yémen, a ajouté l'Élysée.

À la lumière des derniers évènements à Hodeïdah, une coalition de 14 ONG a pour sa part demandé l'annulation de cette conférence coprésidée par Riyad.

L'ONU a retiré son personnel international de Hodeïdah lundi et, mardi, la représentante de l'UNICEF, Meritxell Relano, a indiqué que son agence avait « prépositionné » dans la ville plus de 20 000 trousses d'hygiène.

Les forces antirebelles n'ont remporté aucune victoire majeure depuis la reprise de cinq provinces du sud et de la ville d'Aden mi-2015 grâce à l'intervention de la coalition commandée par l'Arabie saoudite.

Les rebelles houthis, originaires du nord du pays, contrôlent toujours la capitale Sanaa.

Depuis 2015, la guerre au Yémen a fait près de 10 000 morts, plus de 55 000 blessés et provoqué « la pire crise humanitaire du monde », selon l'ONU.

Conflits armés

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