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Revitaliser le mohawk, une pancarte à la fois

Callie Karihwiióstha Montour, de Kahnawake, a conçu des panneaux signalétiques en Kanien'kéha, la langue mohawk.
Callie Karihwiióstha Montour, de Kahnawake, a conçu des panneaux signalétiques en Kanien'kéha, la langue mohawk. Photo: Radio-Canada / Jean-François Villeneuve
Radio-Canada

Depuis quelques mois, une vingtaine de nouvelles pancartes de signalisation en mohawk (kanien'kéha) ont fait leur apparition à Kahnawake, au sud de Montréal. Le projet de revitalisation de la langue, mis sur pied par une simple citoyenne, est l'une des multiples initiatives d'une communauté qui se bat depuis des décennies pour garder sa langue en vie.

Un texte de Laurence Niosi

« Gardez votre chien en laisse », « Veuillez recycler », « Attention aux enfants »… Kahnawake est un peu plus mohawk grâce aux pancartes de Callie Karihwiióstha Montour, une résidente de la communauté qui a appris la langue de ses ancêtres à l’âge adulte.

Avec l’aide du conseil de bande, la jeune femme de 29 ans a dessiné et a installé 20 pancartes dans la communauté de 8000 personnes située tout près de Châteauguay. L’idée : exposer les jeunes au mohawk dans une collectivité où la langue a longtemps été en déclin.

« Je me suis dit : ''s’ils reconnaissent au moins le pictogramme des pancartes en anglais ou même en français, ils vont savoir ce que ça signifie en kanien’kéha'' », affirme la jeune femme.

C’est d’ailleurs en partie avec des pancartes que Callie a appris le français. « Je voyais surtout des mots à l’extérieur de la communauté, au supermarché par exemple : “ouvert”, “fermé”, “hors service” », dit la résidente de Kahnawake, où la loi 101, comme dans les autres communautés autochtones, ne s’applique pas.

Après avoir fait des études au collège Dawson et à l’Université Concordia, Callie a décidé de mettre sa carrière en veilleuse le temps de suivre un programme d’immersion pour adultes à temps plein pendant deux ans. « J’avais des diplômes, mais je sentais que quelque chose me manquait. Je ne parlais pas ma propre langue », raconte-t-elle.

C’est ainsi qu’elle a eu la « piqûre ». Depuis, elle enseigne la langue, fait des traductions, et anime toutes les semaines une émission entièrement en mohawk à la radio locale, K103.

Des efforts qui ne datent pas d'hier

Les efforts pour revitaliser le mohawk ne datent pas d’hier. L’École Karihwanoron a vu le jour il y a une trentaine d’années et offre un programme d'immersion en mohawk du préscolaire jusqu’à la sixième année. Les quatre autres écoles de Kahnawake proposent des cours d’itinitiation à la langue mohawk.

Depuis 40 ans, le centre linguistique et culturel, appelé Kanien'kehá:ka Onkwawén:na Raotitióhkwa, est chargé de préserver la langue à travers divers programmes éducatifs – comme une émission de marionnettes en mohawk à la télévision locale – ou encore des cours d’immersion pour adultes. Les mêmes qu’a suivis Callie Karihwiióstha Montour il y a quelques années.

Des mots en Kanien'kéha, la langue mohawk, sont affichés sur les murs à l'intérieur du centre culturel Kanien'keha:ka Onkwawén:na Raotitiohkwa de Kahnawake.Des mots en kanien'kéha sont affichés sur les murs à l'intérieur du centre culturel Kanien'keha:ka Onkwawén:na Raotitiohkwa de Kahnawake. Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Un programme de « nid linguistique » (language nest) destiné aux parents et aux enfants, ou même aux femmes enceintes, a également été mis sur pied il y a quatre ans.

Malgré ces efforts, la langue mohawk est en danger, revèle une étude parue le mois dernier en partenariat avec le Centre d’éducation de Kahnawake. Le rapport utilise une grille d’évaluation échelonnée sur huit niveaux, qui tient surtout compte de la transmission de la langue des parents aux enfants. Le mohawk se situe au niveau 7 (le niveau 8 était le stade de déclin de la langue le plus avancé).

Aujourd’hui à Kahnawake, une poignée d’aînés seulement ont encore comme langue maternelle le mohawk, un déclin qui s’explique par plusieurs facteurs – les pensionnats et la prédominance du français et de l’anglais qui s’imposent comme langues de travail et d'occasions d'affaires, entre autres.

Kahsennenhawe Sky-Deer, chef du Conseil mohawk de Kahnawake assignée à la défense du patrimoine, estime qu’environ 200 ou 300 personnes de la communauté parlent la langue couramment.

La situation n’est guère plus reluisante ailleurs au Canada. Dans le recensement de Statistique Canada de 2016, 875 personnes ont déclaré avoir le mohawk comme langue maternelle sur une population de plus de 20 000 individus, concentrés au Québec et en Ontario.

Mais les efforts des dernières années ont porté leur fruit, croit Kahsennenhawe Sky-Deer, qui a récemment créé un « réseau linguistique et culturel », sorte de point de rencontre pour les différents organismes qui travaillent à revitaliser le mohawk.

Des panneaux signalétiques en Kanien'kéha, la langue mohawk, ont été installés à plusieurs endroits à Kahnawake. Ils sont l'oeuvre de Callie Karihwiióstha Montour.Des panneaux signalétiques en Kanien'kéha, la langue mohawk, ont été installés à plusieurs endroits à Kahnawake. Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

« C’est tout autour de nous, on entend des jeunes parler la langue avec des aînés. C’est l’aisance qui est difficile, car pour parler couramment il faut parler, respirer, vivre la langue toute la journée, chaque jour, et c’est ce que nos ancêtres avaient », affirme celle qui a également appris à parler le kanien'kéha à l’âge adulte.

« Ça va prendre du temps. Ça a pris 150 ans avant d’arriver à ce point, ça prendra un autre 150 ans pour revenir là où on était. Ça va arriver, tranquillement », ajoute-t-elle.

Pendant ce temps, Callie Karihwiióstha Montour jongle toujours avec différentes idées, notamment celle d’installer des pancartes en mohawk à l’intérieur des commerces. Elle aimerait aussi lancer un projet d'infolettre entièrement en mohawk.

Ne manque que le financement. « Avec un peu de chance, on aura plus d'argent [du gouvernement] pour permettre de faire grandir nos projets. Mais ce n'est pas évident », dit-elle.

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