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L’itinérance à Saint-Boniface : un problème lié à la méthamphétamine

Un homme portant des sacs poubelles remplis de cannettes vides fouille dans des chariots de supermarché contenant de vieux vêtements.

Une personne sans-abri récupère des objets abandonnés dans le parc Lagimodière-Gaboury de Saint-Boniface.

Photo : Radio-Canada / Mathilde Monteyne

Radio-Canada

Les résidents de Saint-Boniface se plaignent de nuisances liées à la présence de sans-abris dans le parc Lagimodière-Gaboury. L'itinérance n'est pas un phénomène nouveau dans ce quartier de Winnipeg, au Manitoba, mais, selon les intervenants, la situation s'est aggravée cette année.

Un texte de Mathilde Monteyne

Lorsqu'il se promène dans le parc Lagimodière-Gaboury, Louis Saint-Cyr, de Saint-Boniface, croise des chariots de magasins, des tas de vêtements sales et de vieilles pièces de vélos. Ces objets font partie d'un campement de sans-abris le long de la rivière Seine.

On sait pas ce qui peut arriver (...) Dire que je me suis senti en sécurité quand je suis passé là? La réponse est non.

Louis Saint-Cyr, résident de Saint-Boniface

D'après plusieurs résidents vivant des alentours du parc, l’itinérance est une situation récurrente, mais elle s'est aggravée ces derniers temps : les campements sont plus persistants, et les nuisances, plus nombreuses, qu'il s'agisse de poubelles fouillées, de tentatives d'effraction ou de seringues abandonnées.

C’est également le constat de Marion Willis, de Morberg House, un organisme venant en aide aux sans-abris dans le quartier. Elle note à la fois une augmentation des sans-abris et des crimes contre la propriété.

Louis Saint-Cyr a relayé ses préoccupations à la Ville de Winnipeg et, ne voyant rien changer, a tenté de contacter la police, sans succès. « Alors, s’interroge-t-il, est-ce qu’on a un plan? Est-ce qu’on veut répondre à cela? Je pense que c’est un phénomène de société qui mérite une très grande conversation. »

Un homme avec des lunettes présente un air désoléAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Louis Saint-Cyr, résident de Saint-Boniface

Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

Le conseiller de Saint-Boniface, Mathieu Allard, avoue que la procédure actuelle, qui veut qu’un agent demande aux campeurs illégaux de quitter les lieux, ne fait que déplacer le problème ailleurs. Il affirme être en communication avec la police et avec Morberg House pour trouver des solutions à long terme.

Morberg House est situé tout près du parc Lagimodière-Gaboury, et certains résidents pensent que l'organisme est, en partie, responsable de la concentration de sans-abris dans le quartier. Toutefois, Marion Willis, sa fondatrice, est convaincue d'« être un élément de la solution ».

L'organisme effectue des patrouilles à pied, sillonnant les rues autour du parc trois fois par jour pour collecter divers objets (seringues, bouteilles, etc). Le but est d’établir un registre détaillé des objets trouvés et de transmettre cette information à la police et aux résidents.

Une dame avec des lunettes s'exprime l'air concernéAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marion Willis, fondatrice et directrice générale de Morberg House - St. Boniface Street Links

Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

Mme Willis cherche à organiser des comités pour améliorer la sécurité dans le quartier.

Mais la solution ne peut pas venir uniquement de l’échelon local. Car le véritable problème, dit-elle, c’est la crise de la méthamphétamine.

C’est également l’avis de Mathieu Allard.

Les grandes responsabilités, je crois, [relèvent de] la province et du gouvernement fédéral. (...) On a besoin de beaucoup plus de ressources pour s'attaquer à ces enjeux-là.

Mathieu Allard, conseiller municipal de Saint-Boniface

Le fléau de la méthamphétamine

« Beaucoup de gens qui étaient sans-abris et buvaient de l’alcool, consomment maintenant de la méthamphétamine. Et ils font ça parce que cette drogue est vraiment bon marché », déplore Marion Willis.

Le prix d’une dose est de 5 ou 10 dollars, et le consommateur obtient un effet nettement plus fort et tout aussi long qu’avec l’alcool. Mais la « meth » rend plus agressif et entraîne de véritables psychoses. C’est donc pour leur propre sécurité que les sans-abris se regroupent dans de véritables campements, plutôt que de vivre dispersés comme auparavant, explique-t-elle.

Il faut une stratégie maintenant, et c’est vraiment urgent.

Marion Willis, fondatrice et directrice générale de Morberg House

Morberg House tente de sensibiliser le ministre provincial de la Santé à la nécessité d'agir en ce qui concerne la méthamphétamine.

Pour des solutions adaptées

Si elle applaudit les cliniques mobiles récemment mises sur pied, elle souligne néanmoins qu'elles ne sont adaptées qu'à la consommation d'opioïdes.

« La crise de la méthamphétamine est une créature différente et requiert une intervention différente », dit-elle. « Pour l’instant, nous n’avons aucun outil. La police n’a rien, nous n’avons rien. »

En ce moment, il n’existe aucune loi permettant de détenir une personne en état de psychose, comme il en existe par exemple pour les personnes en état d’ébriété. Aussi, les consommateurs de méthamphétamine sont envoyés aux urgences à l’Hôpital Saint-Boniface, où l’on considère que c’est un problème de sécurité publique et non de santé mentale. Les camps se renvoient la balle et, en attendant, le problème grandit.

Marion Willis recommande la mise en place d’unités de stabilisation : des endroits sûrs où la police pourrait placer les individus en état de psychose. On y trouverait une équipe médicale formée pour désamorcer l’état de psychose, réaliser un suivi individualisé à long terme. Elle appelle donc la province à mettre en place une approche intégrée pour répondre aux problèmes de drogue et de santé mentale, souvent à l'origine de l'itinérance.

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