•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le rapport Ashley Smith, 10 ans plus tard

Ashley Smith, 10 ans plus tard
Radio-Canada

Il y a 10 ans, l'ex-défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick Bernard Richard publiait un rapport accablant sur le cas d'Ashley Smith. Malgré des progrès importants, des jeunes ayant des troubles de santé mentale se retrouvent encore aujourd'hui incarcérés dans la province.

Un texte de Karine Godin

Le cas d’Ashley Smith, cette jeune femme de Moncton morte dans une prison fédérale, a eu des échos partout au pays. Dans les six derniers mois de sa vie, elle a été transférée d’un établissement carcéral à l'autre à 17 reprises dans 5 provinces. Au Nouveau-Brunswick, elle a séjourné au Centre pour jeunes du Nouveau-Brunswick, à Miramichi, et au Centre correctionnel régional de Saint-Jean.

En 2008, le Bureau du défenseur des enfants et de la jeunesse recommandait, entre autres, un meilleur accès à des services de santé mentale pour les jeunes contrevenants et l’élimination de mesures restrictives.

Mais au-delà des recommandations, c'est toute la question de la gestion des cas de santé mentale chez les jeunes détenus qui était mise en lumière.

On a changé la loi, il y a une meilleure application de la loi, il y a de meilleurs mécanismes pour la faire respecter, il y a eu de l'entraînement,mais la culture est vraiment difficile à changer, croit le défenseur adjoint des enfants et de la jeunesse, Christian Whalen.

L'homme en entrevue. Le défenseur-adjoint des enfants et de la jeunesse, Christian Whalen. Photo : Radio-Canada

Quelques améliorations

Parmi les progrès réalisés, l’utilisation du pistolet à impulsion électrique est maintenant interdite pour maîtriser les jeunes. La cellule d’isolement est toujours utilisée, mais durant de moins grandes périodes. Dans les communautés, des services de prévention dans les écoles permettent de cibler les jeunes à risque pour éviter la judiciarisation.

D’ailleurs, le nombre de jeunes qui se retrouvent en espace fermé a aussi diminué de près de 80 % en 10 ans au Nouveau-Brunswick.

Avant d'avoir recours à la prison, il faut prendre d’autres mesures. Il faut prendre des mesures qui sont plutôt alternatives, croit le professeur en criminologie de l’Université de Moncton Hesam Esfani.

Une photo du document. Le rapport Ashley Smith, publié en 2008. Photo : Radio-Canada

Bernard Richard croit-il qu’un cas comme celui d’Ashley Smith ne peut plus se reproduire aujourd’hui au Nouveau-Brunswick?

J’ose croire que oui. Certainement, il y a eu des progrès. Certaines de nos recommandations ont été tout à fait mises en oeuvre et existent aujourd’hui et depuis plusieurs années. Maintenant, on a des services cliniques, des services psychologiques cliniques, disponibles au centre correctionnel pour jeunes. C’est déjà quelque chose d’intéressant qui aurait fait toute une différence pour Ashley Smith, explique Bernard Richard.

Des jeunes ayant des troubles de santé mentale encore devant les tribunaux

Mais selon Christian Whalen, malgré les avancées, il y a toute une question de culture à changer. Dans plusieurs communautés, un jeune souffrant de troubles de santé mentale sera dirigé vers les tribunaux plutôt que vers des services en santé mentale.

Une jeune personne avec des problèmes de comportements qui sont vraiment liés à une situation de santé mentale pourrait se retrouver sous verrous au Nouveau-Brunswick, croit le défenseur adjoint des enfants et la jeunesse du Nouveau-Brunswick.

Une adolescence en cellule d’isolement

Ashley Smith est morte étouffée dans sa cellule en 2007, alors qu’elle avait 19 ans. Elle était en détention depuis l’âge de 15 ans. Après avoir lancé des pommes à un facteur, elle a accumulé les peines d'emprisonnement jusqu'à sa mort. Au Centre pour jeunes du Nouveau-Brunswick, à Miramichi, plus de 800 écarts de conduite ont été notés à son dossier sur 3 ans, allant d'un refus de remettre une brosse à cheveux aux tentatives d'automutilation et de suicide.

Ashley Smith était violente avec les agents correctionnels. Du centre jeunesse aux établissements fédéraux, les agents correctionnels ont tenté de la maîtriser avec une camisole de force, du gaz poivré et même avec un pistolet à impulsion électrique. Elle a passé la grande majorité de son temps en isolement, sans matelas, à dormir à même le sol.

Au moins 80 % des recommandations ont été répondues, selon le gouvernement

À la suite de la publication du rapport du Défenseur des enfants et de la jeunesse, il y a 10 ans, au moins 80 % des recommandations ont été répondues, affirme le gouvernement du Nouveau-Brunswick dans un courriel envoyé à Radio-Canada. Le gouvernement a notamment :

  • établi un modèle de prestation de services intégrés (PSI) dans différentes régions de la province;
  • fourni, à travers le ministère de la Santé, une équipe clinique au Centre pour jeunes du Nouveau-Brunswick (CJNB) qui exerce ses activités dans le secteur de la détention sécurisée; formée en 2008, elle offre des services de santé mentale aux jeunes quotidiennement;
  • mis sur pied, à travers le ministère de la Sécurité publique, le Comité d’examen de la gestion du comportement. Tous les cas de jeunes qui sont ou ont été placés dans un lieu d'isolement sont examinés. Le gouvernement assure que l’isolement n'est utilisé que lorsque toutes les autres options disponibles ont été épuisées.

Nouveau-Brunswick

Santé mentale