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L’Ontario sera-t-il aussi ouvert aux affaires que le prétend Doug Ford?

Un homme.
Le plan économique du premier ministre désigné Doug Ford contient de nombreuses mesures. Photo: Radio-Canada / Chantal Mainville
Radio-Canada

« Ontario is open for business. » C'était l'expression favorite du chef progressiste-conservateur Doug Ford lors de la dernière campagne électorale. L'expression est accrocheuse et laisse entrevoir une multitude de possibilités, mais elle ne dit pas tout. Créer un environnement propice aux affaires, en Ontario, peut s'avérer une entreprise très compliquée.

Un texte d'Angie Bonenfant

Ottawa, le 2 juin. Le chef progressiste-conservateur Doug Ford s'adresse à un auditoire conquis d'avance. Au micro, il lance : « Le 7 juin, je vais aller à la frontière avec une grande enseigne en néon et je vais dire au monde entier que l'Ontario est ouvert aux affaires! »

Sous les applaudissements de la foule, il poursuit : « Nous allons créer un environnement propice aux entreprises comme on ne l'a jamais vu auparavant. Nous ferons l'envie du monde entier. Plusieurs commerces s'installeront en Ontario ».

Le premier ministre désigné de l'Ontario, Doug Ford.Le premier ministre désigné de l'Ontario, Doug Ford Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Aucune demi-mesure pour Doug Ford, qui promet une nouvelle ère économique. Ses mots préférés? « Prospérité », « croissance » et « opportunité ».

Nous serons encore une fois le moteur économique de tout le Canada!

Doug Ford, chef du Parti progressiste-conservateur

Le chef conservateur s'engage à baisser les taxes, à diminuer les impôts, à réduire la taille du gouvernement, etc.

Le plan économique de Doug Ford

  • Réduire de 20 % l'impôt des particuliers qui gagnent entre 42 960 $ et 85 923 $ par année
  • Réduire de 10 % l'impôt des entreprises. Cette mesure va coûter 1,19 milliard par année
  • Retirer l'Ontario de la bourse du carbone et réduire le prix de l'essence de 10 cents le litre
  • Annuler la hausse prévue en janvier du salaire minimum à 15 $ de l'heure
  • Réduire le budget de 4 %

Doug Ford soutient que ces nouvelles mesures gouvernementales vont « remettre de l'argent dans les poches des Ontariens », aider les entreprises, stimuler la croissance économique et générer de nouveaux revenus.

Cette idée selon laquelle on va donner quelques bonbons, ici et là, et que la machine va repartir encore plus fort, ça n'arrivera pas!

Jean-Pierre Aubry, économiste

Le problème avec ce plan, toutefois, c'est que M. Ford a aussi l'ambition de retourner « rapidement » à l'équilibre budgétaire, indique l'économiste Jean-Pierre Aubry. Si M. Ford coupe dans ses revenus, en éliminant des taxes et en réduisant des impôts, comment atteindra-t-il cet objectif? s’interroge cet analyste.

« Malheureusement, M. Ford n'a pas voulu publier un rapport sur son cadre financier qui nous aurait permis de voir, de façon plus spécifique, à quelle vitesse il veut retourner à l'équilibre budgétaire », déplore-t-il.

« En campagne électorale, c'est plein de sursimplifications, on lance des slogans et on donne l'impression aux électeurs qu'en claquant des doigts, tout va être beau », mais en réalité, dit-il, « c'est beaucoup plus difficile. »

Pour financer ses promesses électorales, Doug Ford compte sur les économies de 6 milliards de dollars qu’il aura réalisées « en réduisant les programmes et les services inefficaces ».

Trouver 6 milliards de dollars, c’est une chose, rétorque Don Drummond, professeur et fellow au Stauffer-Dunning de l’Université Queen’s, mais les conservateurs ont fait des promesses qui coûteront au-delà de six milliards de dollars. Cherchez l’erreur, dit le professeur.

Il sera difficile d’épargner sans toucher aux emplois de la fonction publique.

Don Drummond, Université Queen’s

De plus, selon M. Drummond, on ne peut couper ainsi dans le budget sans en payer le prix. « Chaque dollar dépensé en Ontario est destiné à quelqu'un pour quelque chose, dit l’économiste. Les destinataires de ces dollars et les personnes qui offrent le programme ou le service seront tous touchés par ces coupes. »


Un précédent

« Ontario is open for business », c'est également un slogan qui a été utilisé par l'ex-premier ministre conservateur Mike Harris, en 1995, le jour de ses élections. Lui aussi voulait stimuler l'économie et mettre fin au gaspillage. La bureaucratie, disait-il, empêchait les entreprises ontariennes de prospérer.

Sous son gouvernement, le taux de chômage a diminué. L’économie en Ontario a connu une remontée. Une formule gagnante que veut reprendre le chef Doug Ford.

« Ça ne risque pas de se produire cette fois-ci, prévient M. Drummond. D'abord, le fardeau de la dette est beaucoup plus élevé. Ensuite, l'économie ne croît pas aussi rapidement qu'à l'époque. »

Mike Harris.Mike Harris, lors de l'assemblée des actionnaires de Magna, le 4 mai 2011 Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

De plus, précise M. Aubry, les mesures prises par le gouvernement Harris n’ont eu aucun impact sur l’élan économique des années 1990. Elles ont, en revanche, engendré plusieurs maux de tête, selon lui.

« Lorsque les gouvernements sont pressés [de faire des économies] - et j'ai peur que M. Ford soit pressé - , ils font des coupes », explique-t-il. « M. Harris a fait des coupes draconiennes en éducation, dans les dépenses de l'aide sociale, etc. »

Le premier budget du gouvernement Ford sera très intéressant à surveiller, avance M. Aubry. « Ça va nous aider à comprendre les mesures que M. Ford veut mettre en place autant au niveau de la taxation qu'au niveau des services et à quelle vitesse il veut les implanter. Et, surtout, quelles seront ses projections de croissance économique. »

Ottawa-Gatineau

Politique provinciale