•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Deux familles partagent l'expérience d'un premier ramadan au Canada

Les deux familles posent ensemble.
Le premier Ramadan au Canada s'achève pour ces deux familles de Dieppe, installées au Nouveau-Brunswick depuis moins d’un an. Photo: Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes
Radio-Canada

Le premier ramadan au Canada s'achève pour deux familles de Dieppe, installées au Nouveau-Brunswick depuis moins d'un an. Un journaliste de Radio-Canada a assisté à l'iftar, le repas du soir lors du ramadan, afin de mieux comprendre cette tradition.

Un texte de Jean-Philippe Hughes

À 21 h 08, l’appel à la prière jaillit d’un téléphone portable. « On va manger ! », s’écrie avec joie Mohammed Bouassila. La fin du jeûne a sonné.

On enfile immédiatement quelques dattes, que Saïd et Fazia accompagnent d’un verre de lait, ce qui est une tradition kabyle d’Algérie.

Les dames, responsables du repas, s’empressent de remplir des verres d’eau pour les convives. Tout le monde est à sec depuis la nuit précédente.

Les deux femmes posent pour la photo avec un verre d'eau à la main. Fazia et Lamiae s'occupent du repas et s’empressent de servir des verres d’eau aux convives. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Les vendredi et samedi sont des journées de communion lors du ramadan. Fazia et Lamiae ont enfilé des soutanes traditionnelles pour l’occasion. « Mon fils me dit : "Wow! Tu es belle maman", quand je la porte », souligne Fazia, amusée.

Deux jeunes garçons qui s'amusent. Pour les enfants, un vendredi de Ramadan, c'est jour de fête. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Les deux couples sont devenus comme une deuxième famille, l'un pour l'autre, depuis qu’ils ont fait connaissance.

Lamiae et Mohamed, deux Marocains, se sont installés à Moncton en décembre. Ils ont rencontré Fazia et Saïd dans un groupe de discussion Facebook d’aide à l’immigration, avant leur arrivée.

Les quatre adultes à table, lors du souper du ramadan. Les deux familles se sont vite rapprochées au Nouveau-Brunswick. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Reproduire ces traditions n’est pas toujours simple dans un pays d’accueil. Certaines variables sont tout simplement hors de leur contrôle. « Les journées sont longues, confie Lamiae. C’est ce qui m’inquiétait ».

La femme en train de cuisiner. Les journées sont plus longues au Nouveau-Brunswick que dans son pays d'origine, ce qui inquiétait Lamiae lorsqu'elle a commencé son premier ramadan au Canada. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Au Maghreb, on passe à table vers 19 h puisque le soleil se couche plus tôt. Au Nouveau-Brunswick, le jeûne débute à 3 h 40, et s’étire jusqu’à 21 h 08.

« Des fois, je me réveille, et il est 3 h 45! », rigole Lamiae, découragée d’avoir manqué le petit déjeuner. Lamiae et Mohamed ont tout simplement abandonné les collations nocturnes.

L'homme discute avec ses amis. Mohamed est arrivé au Canada il y a seulement quelques mois, avec sa famille. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Le décalage horaire rappelle tous les jours la distance avec la famille, l’élément central du ramadan. « La famille souhaite "bon appétit", mais il reste encore cinq heures à jeûner », soupire Saïd. Son ramadan n’a plus tout à fait la couleur de l’Algérie.

Le ramadan, tu vas le vivre même en sentant l’odeur qui se dégage des maisons des voisins.

Saïd Belmahdi
L'homme discute à table.Saïd est loin de sa famille, mais s'amuse quand même lors du souper du ramadan, avec ses nouveaux amis. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Son épouse, Fazia, craignait de ne pas retrouver les ingrédients nécessaire aux mets traditionnel du ramadan au Nouveau-Brunswick. Mais depuis l’arrivée des réfugiés syriens, elle trouve des produits halal dans les marchés africains, et « même chez Costco », se réjouit la tutrice de français au CAFi.

La dame prépare le repas. Fazia a trouvé tous les ingrédients dont elle a besoin. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Quant à Lamiae, elle a même appris pour la première fois à cuisiner la soupe harira, une recette marocaine propre au ramadan, à base d’oignons et de pois chiches. « Je ne cuisinais pas au Maroc, confie-t-elle, ma maman habitait juste à côté, donc tout le ramadan, je le faisais chez ma mère. »

Pour les enfants, un vendredi de ramadan, c’est jour de fête. Et surtout, c’est une bonne raison pour veiller bien au-delà de l’heure habituelle du coucher.

Surexcités, ils sont trop jeunes pour comprendre. Ils ont mangé plus tôt, trop petits pour le jeûne, qui débute seulement à la puberté.

Les enfants assis sur un canapé.Les enfants ne jeûnent pas toute la journée, le ramadan commence à la puberté. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Les deux familles ont la volonté de transmettre cette célébration, un des cinq piliers de l’Islam, à leurs enfants. « Ça doit commencer à la maison », croit Mohamed, qui songe même à retourner au Maroc avec son fils dans les prochaines années, pour qu’il s’imprègne des mêmes souvenirs qu’il a lui-même des Ramadans de son enfance.

Quand on était jeune, on était impatient de faire notre premier jour de ramadan, on avait hâte.

Fazia
La femme avec sa petite fille. Fazia a fait son premier Ramadan à l'âge de sept ans, mais ne le fait pas faire si tôt à ses enfants. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Le ramadan, c’est bien plus qu’une période de jeûne. « Il y a l’eau, l’œil et toutes les tentations, résume Saïd. Il ne faut pas dire de mal. »

Au travail, Lamiae et Mohamed ont su résister aux tentations, entourés des collègues à l’heure du dîner. Les jeûnes, ils en ont l’habitude.

« On n’est pas dans une société musulmane, donc c’est normal de voir tout le monde manger, explique Lamiae, alors qu’au Maroc tout le monde jeûne. »

La femme sert du thé.« On n’est pas dans une société musulmane donc c’est normal de voir tout le monde manger, explique Lamiae, alors qu’au Maroc tout le monde jeûne. » Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Au centre de réclamations de Exxon Mobile, où ils travaillent, la curiosité des collègues a pris le dessus. Le jeûne, le voile, tout y passe. « Parfois il y a des questions bizarres, indique Lamiae. Ça me fait plaisir d’expliquer. »

La soirée avance. La petite Yasmin ronfle sur le divan. Lamiae dépose les derniers gâteaux sur la table. Un thé à la menthe légèrement sucré vient clore l’iftar.

Nouveau-Brunswick

Croyances et religions