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Le chef de Nutashkuan veut créer un corps de police autogéré

Le village innu de Nutashkuan.
Village innu de Nutashkuan Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

À la veille du déclenchement des élections dans la communauté innue de Nutashkuan, le chef sortant, Rodrigue Wapistan, lance l'idée de créer un corps de police autochtone autogéré dans sa communauté.

Un texte d'Émile Duchesne

Dans un statut Facebook publié le 5 juin dernier, Rodrigue Wapistan a interpellé les conseillers et les membres de la communauté au sujet de la crise de consommation de métamphétamines qui fait rage à Nutashkuan.

Les métamphétamines amènent des ravages dans la communauté, chez nous. Les gens sont inquiets, surtout les aînés. Les grands-mamans m'appellent souvent.

Rodrigue Wapistan, chef de Nutashkuan
Rodrigue Wapistan, chef du conseil de bande de Nutashkuan, en entrevue au musée Shaputuan à UashatRodrigue Wapistan, chef du conseil de bande de Nutashkuan, prend part au sommet sur la gestion de la chasse au Caribou au musée Shaputuan à Sept-Îles. Photo : Radio-Canada

Pour agir face à cette crise, le chef veut créer un corps de police autochtone financé par les revenus autonomes de sa communauté. Rodrigue Wapistan affirme en avoir assez d'attendre le financement provenant des deux ordres de gouvernements. « Ça fait des années qu'on demande au gouvernement de ramener notre corps de police dans la communauté. Ça avait été fermé en 2006, notre ancien corps de police », rappelle-t-il.

Le chef souhaite mettre sur pied un corps de police autogéré à l'image de celui de la communauté mohawk de Kahnawake. Il estime qu'un corps de police autochtone effectuerait un meilleur travail que la Sûreté du Québec.

On a un problème de manque de service, de barrière de la langue, de la méconnaissance des gens et de l'endroit.

Rodrigue Wapistan, chef de Nutashkuan
Une maison dans la communauté innue de NutashkuanMaison dans la communauté innue de Nutashkuan Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Rodrigue Wapistan veut dégager des revenus supplémentaires en remerciant des consultants qui oeuvrent dans différents domaines pour sa communauté. « On a des consultants qui ne sont d'aucune utilité. Au lieu de les payer, je pourrais mettre l'argent dans le dossier de police », affirme-t-il.

Une réunion communautaire a été convoquée dans la semaine du 18 juin pour discuter du projet.

Corps de police autogéré ou service de police?

Selon la professeure Mylène Jaccoud, du Département de criminologie de l'Université de Montréal, la Politique sur la police des Premières Nations (PPPN) prévoit deux formes de services policiers dans les communautés autochtones : le service de police et le corps de police autogéré. « Les deux sont soutenus par la PPPN, mais ce sont des formes d'ententes qui sont différentes. La première, c'est des accords tripartites, le deuxième traite directement avec le conseil de bande ».

Le corps de police autogéré, il relève du conseil de bande, tandis que les services de police, ils ont moins de pouvoir.

Mylène Jaccoud, professeure au Département de criminologie de l'Université de Montréal
une photo de Mylène Jaccoud.Agrandir l’imageMylène Jaccoud est professeure au département de criminologie de l'Université de Montréal. Photo : Courtoisie

Même s'il est dit autogéré, ce type de corps de police doit répondre à certaines normes du ministère de la Sécurité publique, quant à la formation des policiers, par exemple. « Ils ne pourraient pas mettre des [citoyens] et dire que ce sont des policiers. Là-dessus, ils sont complètement dépendants des formations de l'État ».

Il faudra que ce soit entériné par le ministère de la Sécurité publique. Si tout est conforme, je ne vois pas en quoi il pourrait ne pas mettre en place son corps de police autogéré.

Mylène Jaccoud, professeure au Département de criminologie de l'Université de Montréal
Sécurité publique de Uashat-MaliotenamSécurité publique de Uashat-Maliotenam Photo : Radio-Canada

Mylène Jaccoud dénonce un double standard dans l'administration des services de police entre les communautés autochtones et non autochtones. Elle explique que les services de police autochtones doivent renégocier périodiquement leurs ententes de financement avec les gouvernements. Selon elle, aucune administration non autochtone n'a à faire ce genre de travail. « Moi, je ne comprends pas qu'on puisse accepter aujourd'hui dans notre société qu'une communauté ne puisse pas avoir, de façon basique, un service de protection », affirme-t-elle.

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