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Festival Mural : l’art de rue et les entreprises font-ils bon ménage?

Deux personnes peignent de noir la mural de Other, réalisée en 2013.
La mural de Other datant de 2013 est remplacée par celle de Sandra Chevrier. Photo: Radio-Canada / Pascale Fontaine
Radio-Canada

Le festival montréalais Mural est né du désir de rendre l'art public plus accessible et aussi de l'amour des gens pour l'art de rue. Or, que se passe-t-il quand une forme d'expression intimement politique s'associe aux intérêts commerciaux? La question est au cœur de l'événement de 2018.

Depuis sa création, il y a 6 ans, le festival de 11 jours continue de prendre de l’expansion, tout en préservant la gratuité de la majorité des activités proposées au public.

« Nous travaillons avec les artistes depuis plusieurs années et nous voulons leur donner une grande visibilité dans la ville, tout en essayant de revitaliser un quartier avec de l'art », a déclaré Yan Cordeau, l'un des cofondateurs du festival.

Si l'on met de côté les peintures rupestres de Lascaux, les origines du graffiti remontent aux années 70 dans le Bronx, à New York, et sont liées à la naissance du hip-hop. Les œuvres reflètent habituellement une critique sociale, économique ou politique.

Or, comme bien d’autres événements du genre, le festival Mural est financé par la Ville de Montréal, le gouvernement provincial, mais aussi des entreprises, comme Fido. D’ailleurs, le fournisseur de téléphonie mobile commandite cette année la murale principale du boulevard Saint-Laurent, au nord de la rue Sherbrooke.

Festival Mural 2018, boulevard Saint-Laurent, à Montréal, murale principale par Michael Reeder, commanditée par Fido.Michael Reeder réalise la murale principale du 6e festival. Le tout est commandité par le fournisseur en téléphonie mobile Fido. Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Contradiction avec la nature subversive de l’art de rue?

Pour le cofondateur de Mural André Bathalon, les entreprises ont commandité deux ou trois murales cette année, mais elles n'ont pas leur mot à dire sur ce que les artistes produisent.

L’artiste a carte blanche pour créer ce qu’il veut, et c’est très important pour nous. C’est quelque chose que nous allons toujours défendre.

André Bathalon, cofondateur du festival Mural

Quand la Coupe Rogers a commandité la murale principale, il y a quelques années, son artiste avait pourtant créé une œuvre évoquant le tennis.

Combien coûte une murale?

Un oeuvre qui s'étend sur deux ou trois étages peut coûter de 25 000 $ à 50 000 $, estime André Bathalon. La peinture, les plateformes élévatrices, les assurances, les conseils d'ingénieur sur le traitement des surfaces, les permis, la renommée de l'artiste font gonfler la facture.

L’an dernier, une murale de la rue Duluth, financée par le rhum Kraken, illustre une scène en mer avec une immense créature marine, où l’on peut lire le mot-clic #RelâchezleKraken.

Yan Cordeau admet qu’il n’est pas idéal de présenter explicitement du contenu commandité.

Bien que la création a été financée par Kraken, l’artiste a été inspiré par la marque et cela lui a donné l’occasion de peindre une murale, dit-il.

« Pour nous, c’est aussi une façon de financer le festival, ce qui est nécessaire », ajoute Yan Cordeau au reporter Duke Eatmon, de CBC. Pour André Bathalon, ces fonds privés donnent les moyens aux artistes afin qu'ils aillent au bout de leur vision dans de grands formats.

Jason Botkin s'occupe du projet d'art de rue En masse.Jason Botkin croit que les organisateurs du festival Mural devraient encourager une discussion autour de l'intérêt des entreprises pour l'art public. Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Mariage de raison

Certains artistes préfèrent ne pas travailler avec des entreprises et préserver leur vision, explique-t-il. D’autres veulent aussi être payés, et ils le méritent, estime le cofondateur. Plusieurs invités sont d'ailleurs des vétérans dans la quarantaine qui ont compris le rayonnement que donne la réalisation d'une murale, ajoute M. Bathalon en entrevue téléphonique. Et ça veut dire plus de commandes au bout du compte.

Pour l’artiste Jason Botkin, qui s’occupe de l'initiative d’art de rue En masse et qui a peint une murale au festival en 2016, Mural pourrait en faire encore plus pour protéger les artistes et leur travail des intérêts des entreprises.

« L’utilisation commerciale de l’art est très délicate », dit-il. Il faut faire preuve de prudence et, idéalement, il faudrait le moins d'ingérence possible lorsqu’il s’agit d’un travail qui doit parler au public et avoir un écho significatif auprès de celui-ci. »

Les artistes ont besoin de manger et il y a une bonne façon de communiquer avec les bailleurs de fonds pour leur faire comprendre une vision artistique, selon lui.

Avec les informations de Claire Loewen, CBC News


Le festival Mural se poursuit jusqu'au 17 juin dans la rue comme dans certaines galeries.

Avec les informations de CBC

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