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Femmes autochtones : « On a passé l’étape de l’indifférence »

Edith Cloutier, directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, lors de la remise d'un doctorat honorifique par l'Université Concordia.
Edith Cloutier, directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, lors de la remise d'un doctorat honorifique par l'Université Concordia. Photo: Radio-Canada / Jean-François Villeneuve
Radio-Canada

Actrice politique incontournable en Abitibi-Témiscamingue, Édith Cloutier dirige l'un des plus grands centres d'amitié autochtone au pays. Celle qui a joué un rôle crucial dans les dénonciations qu'ont faites des femmes autochtones à Val-d'Or recevait lundi un doctorat honorifique de l'Université Concordia, une énième distinction pour une femme qui jongle toujours avec mille et un projets.

Un texte de Laurence Niosi

Un matin de mai 2015, des femmes se sont présentées au Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or avec la ferme intention de dénoncer les abus sexuels qu’elles disaient avoir subis de la part d’agents de la Sûreté du Québec. Quarante-huit heures plus tard, sa directrice Édith Cloutier envoyait une lettre au service régional de la SQ, avec en copie conforme des ministres du gouvernement de Philippe Couillard, révélant lesdites accusations.

L’émission Enquête diffusait les témoignages de certaines de ces femmes quelques mois plus tard.

Ces événements illustrent toute l’importance qu’a revêtue au fil des ans le Centre d’amitié dans sa communauté, de même que le rôle essentiel de sa directrice générale. Depuis 30 ans, Édith Cloutier est à la tête de ce qui est devenu un véritable carrefour de services pour les communautés autochtones, avec une clinique de santé, des programmes d’aide aux devoirs, un service d’hébergement et une garderie, entre autres.

Le Centre, qui a vu le jour il y a 44 ans, amorcera une troisième phase d’agrandissement depuis 1995. Normal, dit sa directrice, compte tenu des besoins. Comme le confirmait le dernier recensement de Statistique Canada, les Autochtones migrent de plus en plus vers les villes, et la centaine de centres d’amitié partout au pays jouent un rôle essentiel.

« On commence à cerner de plus en plus le rôle des centres, qui continuent à être ces lieux de rencontres entre Autochtones, et cette première ligne de service quand on vit des difficultés et [qu'] on a besoin d’accompagnement et d’aide », affirme lors d'un entretien avec Espaces autochtones la quinquagénaire, qui est née d’un père québécois et d’une mère anichinabée (algonquine).

En plus de l’offre actuelle, Édith Cloutier planche sur divers projets : un programme d'accompagnement judiciaire et d'intervention communautaire, mais aussi un projet pilote en collaboration avec le CISSS, dont l’objectif est de créer un service renouvelé de soins et de services sociaux pour Autochtones en combinant allopathie et médecine traditionnelle.

Voilà, dit-elle, des exemples de gestes concrets pour réduire les écarts entre Autochtones et non-Autochtones et pour rétablir, en partie, la confiance mise à mal des Premières Nations et des Inuits envers les autorités.

Le Centre d'Amitié autochtone de Val-d'Or pourrait être agrandi.Le Centre d'Amitié autochtone de Val-d'Or pourrait agrandir. Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Un avant-2015 et un après-2015

Si les Centres d’amitié sortent aussi tranquillement de l’ombre, c’est notamment grâce aux événements de 2015, sans lesquels la commission d’enquête « Écoute, réconciliation et progrès » sur les relations entre les services publics et les Autochtones n’aurait jamais vu le jour. Depuis plus d’un an, des experts et de simples citoyens viennent y parler de pratiques discriminatoires au sein du système de justice, des services correctionnels, des corps policiers et de la protection de la jeunesse.

« Il y a un avant-2015, et un après-2015 », souligne Édith Cloutier, qui voit avec un certain optimisme l’évolution des choses et des perceptions vis-à-vis des femmes autochtones. La commission présidée par Jacques Viens, réclamée par elle comme par d'autres pendant des mois avant que le gouvernement Couillard ne consente à sa mise sur pied, a servi à mettre au grand jour la question plus large du racisme systémique au Québec, dit-elle.

« On a un bon bout de chemin à faire, mais on a passé l’étape du déni, même de l’indifférence, dans les systèmes. On a mis en place une commission d’enquête, et recommandé des mesures pour que ça change », indique Édith Cloutier.

Le gouvernement du Québec doit toutefois aller plus loin, estime-t-elle, en citant comme exemple la Colombie-Britannique, où les Premières Nations ont pris en charge le service de protection de la jeunesse, ou bien l’Ontario, qui a rebaptisé en 2016 son ministère des Affaires autochtones le « ministère des Relations avec les Autochtones et de la Réconciliation ».

« Eux sont vraiment rendus ailleurs », lance-t-elle.

En même temps, ajoute Édith Cloutier, pour arriver à des « changements systémiques », le gouvernement ne doit pas se contenter de s'asseoir sur les futures recommandations de la commission. Il doit les mettre en oeuvre.

« Ce sera le prochain test, de voir jusqu’où on est prêt à aller pour réellement s’engager comme société québécoise dans la voie de la réconciliation avec les Autochtones ».

Une pause pour l'Enquête nationale

Questionnée sur l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées qui se déroule parallèlement à la commission Viens au Québec, Édith Cloutier partage le point de vue de l'organisme Femmes autochtones du Québec, qui réclamait une pause de ses travaux pour une période de cinq mois, le temps de se restructurer. « Il faut prendre une pause pour aller chercher un consensus auprès des instances autochtones et des familles », affirme Édith Cloutier.

Sévèrement critiquée depuis ses débuts fin 2016, l'enquête nationale a récemment obtenu du gouvernement fédéral une prolongation de son mandat de six mois, soit beaucoup moins que ce que réclamaient les commissaires.

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