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Francos : le tour de force d'Eddy de Pretto, l'affirmation de Clara Luciani

                        Eddy de Pretto s’est pointé sur les planches du MTelus avec comme uniques instrument une batterie et... un iPhone.

Eddy de Pretto s’est pointé sur les planches du MTelus avec pour seuls instruments une batterie et... un iPhone.

Photo : Spectra Musique / Benoit Rousseau

Radio-Canada

CRITIQUE – Des concerts programmés au défunt Spectrum qui ont finalement été présentés au Métropolis, il y en a eu quelques-uns dans le passé. Un beau velours pour un artiste, considérant que la seconde salle est deux fois plus grande que la première. Eddy de Pretto, pour sa part, a présenté dimanche au MTelus son concert qui était prévu à L'Astral, qui compte 450 places. Là, on parle d'un tour de force...

Un texte de Philippe Rezzonico

Qui est Eddy de Pretto? Un jeune Français qui marie la langue française et le phrasé rap dans un amalgame explosif au point de séduire l’Hexagone à la vitesse grand V au cours de la dernière année. Visiblement, ça semble être la même chose chez nous et l’artiste né dans la banlieue parisienne en est tout à fait conscient.

« Mon disque n’est sorti que depuis trois mois et vous avez été nombreux à vous le procurer. Je vous en remercie », a-t-il lancé aux 2300 spectateurs, réunis dans l'ancien Métropolis, qui buvaient ses paroles. Ça tombait à point, car la qualité du son permettait de saisir toutes les nuances et toutes les inflexions vocales.

Si la diction impeccable d’Eddy de Pretto rend justice à ses textes, son désir de minimalisme sert parfaitement sa prestation scénique. Il s’est pointé sur les planches avec comme unique musicien son batteur prénommé Johnny.

Comme pour les White Stripes et les Black Keys, il y avait deux instruments : une batterie… et un iPhone à la place de la guitare. Les mots pouvaient ainsi prendre toute leur place, débités sur des rythmes le plus souvent dansants, quoique pas aussi frénétiques qu’avec des artistes anglo-saxons comme Eminem.

Avec le Français, il n’y a pas de paravent et pas de fard. Il ne cache nullement son homosexualité à travers ses textes et sa chanson Kid est une véritable interrogation – et par le fait même une dénonciation – de la virilité.

Avec sa casquette, son t-shirt blanc et ses pantalons de camouflage, Eddy de Pretto évoque sa banlieue de Créteil dans Beaulieue, sa relation de dépendance avec son revendeur de drogue dans Jimmy (formidable texte à deux niveaux de lecture) et sa relation avec sa mère, du point de vue de l’enfant qu’il était, dans Mamere.

Peu importe ce dont il nous parle, il touche une corde sensible au sein de ce public aussi inclusif que lui, qui hurle le refrain de Random et qui bat la mesure durant Quartier des lunes. Dans le fond, ce que Eddy De Pretto veut dire… Pardon, ce qu’il veut crier au monde entier, c’est qu’il est normal. Ce qu’il fait dans la chanson du même nom : « Je suis complètement normal, complètement banal! »

Normal, je ne sais pas. Banal, vraiment pas. Et c’est probablement ce qui explique son succès si fulgurant. Quand il a retraité en coulisses avant le rappel, la foule hurlait : « Eddy! Eddy! » comme d’autres spectateurs hurlaient « Johnny! Johnny! » dès le début des années soixante.

Chaque époque a ses chanteurs populaires qui font figure de héros. Si Eddy de Pretto s’offre le tiers de la carrière de Johnny Hallyday, il aura marqué son époque. D’ici là, c’est bien parti avec un premier passage en sol québécois qui avait des allures de consécration.

Le chanteur français Eddy de Pretto se tient au-devant de la scène, micro à la main. En arrière-plan se trouve un batteur.

Le chanteur français Eddy de Pretto a fait forte impression lors de son concert au MTelus, dans le cadre des Francos.

Photo : Spectra Musique / Benoit Rousseau

Magnifique Clara

Je vais être franc, je me pointais au MTelus autant pour voir Clara Luciani qu’Eddy De Pretto, question d’affinité musicale, dirons-nous. Et à sa manière, la Française a cartonné.

À sa manière, dans le sens que Clara Luciani ne peut être plus à l’opposé du rappeur. Eddy n’est pas très grand, Clara est longiligne, tel un mannequin. Eddy porte une casquette, Clara laisse tomber ses longs cheveux comme la Françoise Hardy des années soixante.

Eddy possède son iPhone; Clara joue de la guitare électrique avec un mélange d’aplomb et de désinvolture. L’artiste se présente sur scène avec un musicien. L’auteur-compositrice-interprète a un groupe entier (4 musiciens) qui déménage derrière elle.

Sur papier, cette première partie semblait presque être vouée à l’échec pour la jeune femme dont les chansons charpentées sur des guitares sont dans un style musical aux antipodes de sa tête d’affiche d’un soir. Et pourtant, dès que l’annonceur maison l’a présentée, la réaction de la foule a fait comprendre que je n’étais pas le seul à vouloir l’entendre.

Jolie coïncidence, la deuxième chanson proposée se nommait Eddy, même si cela n’avait rien à voir avec de Pretto. Avec sa voix grave, sa présence et son aisance sur scène, Luciani a eu tôt fait de mettre le public dans sa poche en interprétant les chansons de son disque Sainte-Victoire.

Sombre et intense pour À crever, elle devient frondeuse dans la pose et l’attitude durant Comme toi et carrément sexy – avec ses roulements d’épaule – durant On ne meurt pas d’amour. Pendant La dernière fois, chanson de rupture reposant sur une mélodie joyeusement irrésistible, elle fait dos aux spectateurs et porte ses longs bras vers le ciel au moment ou ses musiciens y vont du crescendo. Belle image.

Luciani a conclu ses 35 minutes de prestation avec La grenade, une chanson taillée sur mesure pour notre époque. Avec son ouverture-choc : « Hé! Toi. Qu’est-ce que tu regardes? T’as jamais vu une femme qui se bat? Suis-moi dans la ville blafarde et je te montrerai comme je mords, comme j’aboie. »

La Française a écrit ça en tournée, l’an dernier, parce qu’elle en avait marre des blagues déplacées à l’endroit des femmes et de voir des garçons s’agiter à lui expliquer comment installer un micro… même si c’est son métier. Elle a composé la chanson pour dire qu’elle se sentait aussi forte qu’un homme, qu’elle n’était pas une poupée et qu’elle avait des choses à dire. Et la foule tapait sérieusement du pied et des mains à ce moment. Réussite sur toute la ligne.

Finalement, les Francos ont eu une très bonne idée de jumeler ces deux artistes à première vue diamétralement opposés. Car leur point en commun, en définitive, est leur désir d’affirmation. La francophonie possède désormais deux nouvelles voix fortes.

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