•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le sommet de La Malbaie sera-t-il le dernier du G7?

Des chefs d'État attablés ensemble.

Une séance de travail du Sommet du G7 mettant en scène Angela Merkel, Donald Trump, Justin Trudeau et Emmanuel Macron.

Photo : Reuters

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

A-t-on assisté au dernier Sommet du Groupe des Sept à La Malbaie? Le G7 : R.I.P. 1975-2018? Cette organisation serait-elle sur le point de rendre son dernier souffle? Ces questions sont peut-être un peu prématurées, mais elles sont légitimes. Et tout à fait dans l'air du temps, à la grande décomposition des piliers de l'ordre international.

Une analyse de François Brousseau

On l’oublie, mais le G7 était déjà mal en point avant l’implosion de La Malbaie et la spectaculaire volte-face du président américain. Ce regroupement, issu d’un autre siècle et d’une histoire lointaine, était déjà à la recherche d’un « sens » dans le monde du XXIe siècle, avant même que l’ouragan Donald Trump ne mette les relations internationales sens dessus dessous.

Une crise d’identité

Depuis des années déjà, le G7 « se cherchait » face à l’éclatement des relations internationales, la fin de ce qu’on a longtemps appelé le « bloc occidental » et la multiplication des forums comme le G20, bien plus représentatif des forces économiques actuelles (avec la Chine, l’Inde, le Brésil).

Un Sommet du G7, c’était : quelques positions de principe communes, affirmées et réaffirmées ad nauseam, quelques initiatives ponctuelles valables (annulation de la dette de 14 pays africains, en 2005), une réaction à chaud aux derniers événements (attentats terroristes, crise financière, Corée du Nord), etc. Au-delà, on avait l’impression d’un « machin » sur le pilote automatique, sans inspiration ni objectif.

Et puis, il y a la crise du multilatéralisme lui-même, cette idée que les grands forums, les traités internationaux, la coopération et les règles convenues par tous représentent la méthode pour affronter les grands problèmes du monde. Une idée battue en brèche par un Donald Trump qui ne jure que par les accords bilatéraux, les rapports de forces individuels et « la lutte de tous contre tous ».

Mais cette critique, jumelée à la révolte populiste en Europe, au retour des États-nations et à la manie de faire « cavalier seul » de la Russie, était déjà dans l’air, indépendamment de Donald Trump.

Un sens clair… en 1975

Rappelons que ce « club des riches », ce G5 vite devenu G6 et G7 dans les années 1970, puis G8 pendant une quinzaine d’années avec la Russie, avait un sens et une mission qui étaient clairs en 1975.

On sortait des Trente Glorieuses, ces années de croissance ininterrompue de l’après-guerre qui furent synonyme de démocratie triomphante, de prospérité et de puissance politique aux États-Unis, au Japon, en Allemagne, au Royaume-Uni et en France, des pays auxquels on avait adjoint, un peu par politesse, l’Italie et le Canada.

Le G7 du début, c’était, oui, l’arrogance des puissants au faîte de leur gloire, la supériorité de ceux qui font les lois. Mais c’était aussi un ensemble de valeurs qu’on pouvait projeter dans le monde sans que ce ne soit perçu comme ridicule : libéralisme économique, démocratie représentative, État social (Allemagne, France, Grande-Bretagne).

Aujourd’hui, ce sont des pays qui ont plus que leur part de problèmes, qui sont endettés et présentent une croissance faible comparée à l’Asie ou à d’autres régions du monde.

Du point de vue de sa représentativité, de son poids et de son influence, le G7 n’est plus du tout ce qu’il a été. L’exemple de la démocratie occidentale ne représente plus la « destinée manifeste » du reste du monde. L’Occident est rabaissé.

Le pouvoir n’est plus là

Le G7 comme ensemble cohérent n’existe plus. Il n’en impose plus au reste du monde. Le pouvoir s’est déplacé, il est de plus en plus ailleurs.

À La Malbaie, l'Europe, le Canada et, dans une moindre mesure, le Japon, ont fait front commun face aux lubies et aux provocations de Donald Trump. Ce n’est toutefois pas d’hier que le G7 est travaillé par les tensions internes, un problème d’autodéfinition et des contestations altermondialistes. Or, la contestation peut aussi venir de l’intérieur et de très haut, par exemple de la droite isolationniste américaine.

Toutes ces tensions existaient avant Trump, mais il les a amplifiées et mises au premier plan, de manière explosive. Et si le sommet de 2018 à La Malbaie représentait l’éclatement d’un concept qui semble aujourd’hui épuisé, en fin de course?

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !