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Boston Dynamics fabrique-t-elle des « machines à tuer »?

Le robot à quatre pattes SpotMini marche dans une salle de conférence devant public durant un événement réunissant des professionnels de la robotique à Boston.
Boston Dynamics fabrique des robots qui peuvent sauter, galoper ou grimper comme des animaux. Sur la photo, le modèle SpotMini Photo: Associated Press / Charles Krupa
Associated Press

On n'a jamais trop compris si l'entreprise de robotique Boston Dynamics fabriquait des « machines à tuer » ou des aides ménagers, voire quelque chose de complètement différent.

Pendant neuf ans, cette entreprise entourée du plus grand secret – qui a vu le jour grâce au financement de l'armée américaine – a inquiété la planète avec des vidéos YouTube de robots expérimentaux ressemblant à de féroces prédateurs.

Dans l'une de ces vidéos, un robot-chat sauvage grandeur nature sprinte à environ 35 km/h sur un terrain de stationnement. Dans une autre vidéo, un petit véhicule surnommé SandFlea saute brusquement sur les toits et retombe ensuite au sol sur ses roues. Une vidéo plus récente met en vedette un chien-robot tout mince qui grimpe les escaliers. On le voit aussi tenir son bout fermement dans une partie de souque à la corde avec un humain et ouvrir une porte avec galanterie pour laisser entrer un autre robot.

Cet aperçu d'un avenir qui serait bientôt peuplé de robots rapides, forts et parfois intimidants soulève plusieurs questions. Comment fonctionnent ces robots? Qu'est-ce que Boston Dynamics a l'intention d'en faire? Et est-ce que ces vidéos, parfois vues près de 30 millions de fois, témoignent fidèlement de leurs capacités?

Boston Dynamics ne souhaite pas vraiment en discuter. Pendant des mois, l'entreprise et sa société mère, SoftBank, ont refusé de nombreuses demandes d'information concernant ses activités. Quand un journaliste a visité le siège de l'entreprise à Waltham, au Massachusetts, en banlieue de Boston, il a été refoulé à la porte.

Mais après que l'Associated Press eut parlé avec 10 personnes qui avaient travaillé pour Boston Dynamics ou collaboré avec son fondateur de 68 ans, Marc Raibert, le patron a consenti à une brève entrevue en marge d'une conférence sur la robotique, à la fin de mai. M. Raibert venait de présenter le premier robot commercial de l'entreprise en 26 ans d'existence : SpotMini, le chien robotisé qui ouvre les portes, que Boston Dynamics compte vendre aux entreprises comme agent de sécurité équipé de caméras dès l'année prochaine.

L'entreprise n'a pas encore mis un prix sur ces robots à piles, d'un poids comparable à celui d'un chien labrador. M. Raibert a indiqué qu'il prévoyait de fabriquer 1000 SpotMinis par an.

Arme ou serviteur?

Chaque nouvelle vidéo de Boston Dynamics relance les spéculations concernant ses véritables intentions : la compagnie fabrique-t-elle des armes, ou des serviteurs? Le SpotMini chevauche ces deux possibilités, et M. Raibert a déclaré à l'AP qu'il n'excluait pas de futures applications militaires. Mais il a minimisé les craintes populaires voulant que ses robots puissent un jour être utilisés pour tuer.

« Nous y pensons, mais c'est aussi vrai pour les voitures, les avions, les ordinateurs, les lasers », a déclaré M. Raibert, vêtu de sa traditionnelle chemise hawaïenne, pendant que de jeunes ingénieurs en robotique patientaient en file pour lui parler. « Chaque technologie que vous pouvez imaginer a plusieurs utilisations : s'il y a une partie effrayante, c'est simplement que les gens sont effrayants. Je ne pense pas que les robots eux-mêmes fassent peur. »

Le patron de Boston Dynamics, Marc Raibert, sourit alors qu'il répond à une question lors d'un congrès de la robotique à Boston, le 24 mai 2018.Marc Raibert, le patron de Boston Dynamics Photo : Associated Press / Charles Krupa

Les précédents produits militaires de l'entreprise comprenaient un mulet-robot à quatre pattes qui pouvait transporter des provisions dans les déserts ou les montagnes – mais qui ressemblait à une tondeuse à gazon. Il aurait été jugé trop bruyant pour la marine américaine.

La principale question reste entière : qu'est-ce que Boston Dynamics espère accomplir exactement? Des entrevues avec huit anciens employés de la compagnie et certains anciens collaborateurs universitaires de M. Raibert suggèrent que l'entreprise s'est, depuis longtemps, écartée des exigences commerciales, sans parler des préoccupations morales ou éthiques, dans sa production de machines reproduisant la locomotion animale.

D'anciens employés soutiennent que l'entreprise fonctionne davantage comme un laboratoire de recherche bien financé que comme une entreprise. La vision de M. Raibert a été préservée pendant des années grâce à des contrats militaires, en particulier ceux de l'Agence des projets de recherche du département américain de la Défense (DARPA). Une base de données fédérale sur les contrats répertorie plus de 150 millions de dollars américains en financement de la Défense pour Boston Dynamics depuis 1994.

Boston Dynamics déclare seulement que, d'après elle, un quart de siècle de travail sur les robots « revêtirait soudainement une très grande valeur commerciale ». La compagnie n'a pas répondu lorsqu'on lui a demandé si elle avait déjà envisagé d'armer ses robots.

« Doctor Evil »?

Construire des robots capables de sauter, de galoper ou de rôder comme des animaux relevait d'un domaine relativement marginal de l'ingénierie quand M. Raibert et ses collègues ont commencé à étudier les vidéos de kangourous et d'autruches dans leur laboratoire de recherche de l'Université Carnegie Mellon, il y a près de 40 ans.

Mais les robots agiles ne sont plus aussi fantastiques, même s'ils peuvent encore en avoir l'air. Le robot Atlas de Boston Dynamics, par exemple, est une machine humanoïde massive qui peut être vue en train de marcher sur un sol inégal, de sauter sur des piédestaux et même d'effectuer un saut périlleux arrière maladroit. (L'authenticité des vidéos de robots de l'entreprise n'a pas été vérifiée de source indépendante.)

Dans les vidéos, les robots se promènent dans différents lieux, à l'intérieur et autour du siège de l'entreprise, dans un chalet de ski du New Hampshire et à travers les prairies et les bois près de la résidence de M. Raibert. Dans certaines vidéos, les humains frappent les robots ou les attaquent avec des bâtons de hockey pour tester leur équilibre.

Michael Cheponis, qui a travaillé avec M. Raibert au tout premier laboratoire robotique de Carnegie Mellon dans les années 1980, qualifie son ancien collègue de « héros américain » pour avoir adhéré à une vision qui pourrait s'avérer utile au monde. « Marc n'a pas une miette de "Doctor Evil" en lui », affirme-t-il.

Les contrats militaires ont commencé à baisser en 2013 lorsque Google a acheté Boston Dynamics et a clairement fait savoir qu'il ne voulait pas participer aux travaux de la Défense. Andy Rubin, alors chef de la direction robotique de Google et architecte de l'acquisition, a visité la cafétéria de l'entreprise pour encourager les employés, peu de temps après l'annonce de l'accord en décembre 2013.

Les participants ont dit plus tard qu'ils avaient eu un sentiment de soulagement et un optimisme prudent. « Il parlait d'objectifs vraiment ambitieux, a déclaré un ex-employé, qui a demandé à ne pas être identifié par crainte que cela puisse nuire à ses chances de carrière dans la petite communauté robotique américaine. Il était question d'un robot qui pourrait aider les personnes âgées et les infirmes, de robots qui travaillent dans les épiceries, de robots qui livrent des colis. »

Mais la lune de miel Google a bientôt tourné au vinaigre. M. Rubin a quitté l'entreprise l'année suivante, et ses remplaçants à la supervision de Boston Dynamics sont devenus de plus en plus frustrés par l'approche de M. Raibert, selon plusieurs personnes présentes pendant la transition. Parmi les préoccupations, il y avait le fait que Boston Dynamics ne se concentrait pas assez sur la fabrication d'un produit commercialisable.

Google a également craint que les messages négatifs sur les médias sociaux concernant les vidéos de robots de l'entreprise, jugés comme terrifiants, puissent nuire à son image, selon des courriels de sa division des relations publiques qui ont été obtenus par Bloomberg en 2016.

Le géant japonais SoftBank

Au sein de l'entreprise, l'idée que les robots puissent être transformés en armes a parfois inspiré des bavardages, des rires ou des malaises occasionnels sur le lieu de travail, ont déclaré plusieurs anciens employés. Mais peu l'ont prise au sérieux.

« Ils sont certainement conscients que les gens en ont peur, a déclaré Andrew String, un ancien ingénieur de Boston Dynamics. L'entreprise reçoit régulièrement du courrier haineux et d'autres trucs bizarres. »

M. Raibert n'a jamais senti le besoin de s'expliquer. Il voulait plutôt que la technologie parle d'elle-même, ajoute-t-il.

En 2016, Google cherchait à vendre l'entreprise et a finalement trouvé preneur auprès du géant japonais de la technologie SoftBank, dont le portefeuille robotique incluait déjà le mignon petit humanoïde Pepper. L'affaire a été conclue plus tôt cette année.

SoftBank a refusé de dire quoi que ce soit à propos de ses projets, mais les dernières offres d'emploi de Boston Dynamics révèlent une attention accrue sur la recherche de quelque chose qui pourrait se vendre. On est à la recherche, par exemple, d'un « évangéliste de la robotisation » pour aider à trouver des applications « axées sur le marché » pour les machines dans la logistique, la construction et la sécurité commerciale.

M. Raibert a attribué à Google le mérite d'avoir poussé l'entreprise à réaliser le « meilleur travail jamais fait », mais a déclaré qu'avec SoftBank, son équipe agissait à nouveau comme une entreprise autonome.

« Nous avons un plan très fort, a-t-il déclaré. Nous sommes tous en train de bûcher et de travailler dur là-dessus. »

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