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Rencontre avec Kim Jong-un : le pari du président Trump

Le président américain Donald Trump a rencontré le premier ministre de Singapour, Lee Hsien Loong, le lendemain de son arrivée dans la cité-État.
Le président américain Donald Trump a rencontré le premier ministre de Singapour, Lee Hsien Loong, le lendemain de son arrivée dans la cité-État. Photo: Reuters / Jonathan Ernst
Radio-Canada

À moins d'un autre revirement, Donald Trump sera le premier président américain en fonction à rencontrer le leader de la Corée du Nord. Le sommet de Singapour est l'un de ces paris bien risqués, comme le président semble les aimer.

Une analyse de Yanik Dumont Baron, correspondant à Washington

Il ne faut pas s’en étonner. Candidat, Donald Trump avait souvent promis de faire les choses autrement. De rompre avec les conventions pour réussir là où ses prédécesseurs ont échoué. Encore une fois, promesse tenue.

En acceptant de rencontrer Kim Jong-un, Donald Trump a renversé un modèle classique de diplomatie internationale. Contrairement à ses prédécesseurs, il ne voit pas ce tête-à-tête comme une récompense offerte à un dictateur brutal qui accepterait certaines demandes américaines.

Le président américain ne voit pas non plus cette rencontre entre deux adversaires comme l’ultime discussion avant de conclure un accord complexe, longuement négocié par des diplomates.

Aux yeux de Donald Trump, Singapour représente plutôt l’occasion pour deux adversaires de mieux se connaître. D’esquisser les contours d’un accord historique. Si le courant passe bien entre les leaders, les diplomates s’attaqueront aux détails.

Une façon de pratiquer la diplomatie qui repose sur les qualités de négociations et de persuasion du président. « I alone can fix it », avait lancé Donald Trump en acceptant l’investiture républicaine. L’intention mise en pratique.

Une stratégie qui n'est pas sans risque

Le pari du président Trump est risqué. D’abord, parce que le sujet des armes nucléaires est très complexe et technique. Américains et Nord-Coréens ne semblent pas tout à fait entendre la même chose lorsqu’ils parlent de « désarmement ».

Pari risqué aussi parce que la diplomatie à ce niveau est truffée de nuances, de bluffs stratégiques, d’intentions qui peuvent être mal interprétées par des interlocuteurs aux cultures et aux attentes bien différentes.

D’où la méthode traditionnelle de lentes discussions pour mieux se connaître et mieux communiquer.

Les Américains l’ont appris sous le président Kennedy à Vienne en 1961. Une mauvaise préparation avant de rencontrer l’adversaire soviétique avait surtout contribué à renforcer le rideau de fer...

Réalisme américain

Dans les dernières semaines, l’administration Trump a signalé un changement de ton et d’attentes face à cette rencontre. On ne parle plus d’abandon rapide des armes nucléaires, mais d’un processus en plusieurs étapes qui pourrait, à terme, mener à une forme de paix dans ce coin du monde.

Comme quoi, la Maison-Blanche reconnaît la complexité du problème nord-coréen. Il ne s’agit pas de négocier la construction d’un hôtel, mais plutôt d’accommoder les craintes et les désirs de plusieurs nations aux intérêts parfois divergents.

Dans ce dossier, le président américain a montré qu’il peut agir avec retenue et discipline. Ce qui n’empêche pas les alliés japonais et sud-coréens de demeurer sur leurs gardes. Ils craignent une mauvaise entente, conclue à la hâte par un Donald Trump trop désireux de se placer au centre de l’attention.

Dans ce pari du président Trump, il y a aussi ce risque inverse : que la rencontre débouche sur peu d’engagements nord-coréens concrets. Dans ce cas, Singapour aurait surtout offert à Kim Jong-un un prestigieux sommet, une reconnaissance que son régime est une puissance nucléaire à prendre au sérieux.

Les deux hommes politiques sont assis l'un en face de l'autre et discutent.Le leader nord-coréen Kim Jong-un a rencontré dimanche le premier ministre de Singapour Lee Hsien Loong. Photo : Reuters / Edgar Su

Que veut vraiment la Corée du Nord?

Le régime nord-coréen est peut-être sincère lorsqu’il parle de « dénucléarisation », d’abandonner les armes au nom de la prospérité économique. Mais attention : la promesse a déjà été faite à d’autres présidents américains, avant d’être trahie.

Mais il serait dangereux de s’appuyer sur le passé pour prédire l’avenir. Kim Jong-un pourrait bien surprendre, faire mentir ceux qui observent la Corée du Nord depuis de nombreuses années. Un peu comme Donald Trump l’a fait lui-même en 2016...

Nous ne savons pas vraiment ce que le régime nord-coréen veut faire de ses armes nucléaires. Et nous ne pourrons pas connaître ses intentions sans dialogue. Aux yeux de Donald Trump, c’est par lui que la communication doit d'abord s'établir.

Le paradoxe de cette stratégie risquée, c’est qu'elle a déjà porté certains fruits. L’offre d’une rencontre entre Kim Jong-un et Donald Trump a ramené la diplomatie à l’avant-plan. Elle a calmé les tensions qui faisaient craindre le pire, il y a à peine huit mois.

C’est un (petit) pas dans la bonne direction. Que Singapour soit un succès ou non, il reste encore beaucoup à faire avant d'éliminer la menace nord-coréenne.

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