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Au tour du Manitoba de fournir de l’alcool aux consommateurs chroniques, selon un rapport

Une verse une bière pour un participant du programme.

Une employée d'un « wet shelter » à Ottawa, un refuge où la consommation d'alcool est autorisée, mais contrôlée, verse une bière à un bénéficiaire.

Photo : Radio-Canada / Dorothée Giroux

Radio-Canada

Fournir de l'alcool aux personnes qui en consomment de façon chronique, pour réduire les méfaits de ce produit. Voilà l'approche que préconise un nouveau rapport de Sunshine House, remis vendredi au gouvernement manitobain.

Un texte de Gavin Boutroy

Pendant 12 semaines, Margaret Ryans, infirmière et consultante de l’entreprise Substance Consulting, a rencontré des organismes communautaires, des consommateurs d’alcool chroniques et d’autres intervenants manitobains.

Sunshine House, un centre de ressources pour personnes défavorisées, lui a fourni des fonds pour rédiger un rapport sur la faisabilité et les besoins d’un programme de consommation d’alcool contrôlée au Manitoba. La province est l'une des seules à ne pas avoir de programme de ce genre.

Un programme de ce genre prévoit que des doses précises d’alcool sont fournies aux participants au cours de la journée. À court terme, le but est d’offrir une certaine stabilité aux consommateurs, à l’abri des effets du sevrage.

Ces programmes peuvent être mis en place dans des lieux tels que des résidences ou des abris, et peuvent aussi être ambulants.

Le sevrage de l'alcool peut rendre très malade et il peut même être mortel, rappelle Mme Ryans.

[Avec un tel programme] on donne de la stabilité pendant la journée, pour que [les consommateurs] puissent penser un peu à ce qu’ils veulent faire de leur vie.

Margaret Ryans, auteure de l’étude de faisabilité

La clientèle principale d’un éventuel programme de consommation d’alcool contrôlée au Manitoba serait itinérante, et donc à très faible revenu. Près de 40 % des personnes sans abri consomment de l’alcool de façon chronique, indique l'infirmière.

« Pendant la journée, ils doivent aller ici et là pour faire de l’argent, pour pouvoir acheter de l’alcool, pour éviter d’être malades », dit-elle.

« On a besoin d’un programme comme ça », lance la directrice des logements supervisés et de transition au Main Street Project, Adrienne Dudek. Elle indique que le Main Street Project gère le seul abri à « faible barrière », qui permet aux personnes en état d'ébriété d’entrer et de profiter de ses services.

« Il y a des personnes dont l’état de base est l'ébriété », note-t-elle, en parlant de personnes qui consomment de l’alcool de façon chronique depuis plus d’une décennie.

Le Main Street Project a aussi l’intention de mettre en place un programme de consommation d’alcool contrôlée, dès qu’il aura le financement nécessaire.

Une approche manitobaine

Pour justifier la mise en place d’un tel programme, Margaret Bryans rappelle que ces programmes existent partout au Canada. « Ça marche », dit-elle.

Elle note cependant qu'il faut un programme taillé sur mesure pour le Manitoba, en raison de l’hiver particulièrement rude et de la population autochtone de la province.

« On doit s'informer auprès d’eux, pour être certain que le programme qui commence va fonctionner pour les personnes autochtones », indique-t-elle, « On a besoin d’avoir des aînés qui sont là, pour nous donner leur opinion sur ce qui va fonctionner ».

Charlotte Nolin, l’aînée qui a fait la prière pour ouvrir l’événement, trouve aussi qu'il est important d’avoir un programme de consommation d’alcool contrôlée avec une forte composante autochtone.

Elle a elle-même été dépendante à l’alcool et à la drogue. « Ça aurait été très bien pour m'aider à vivre de jour en jour, avec la fierté d'être qui je suis », dit-elle.

La province attentive

Dans un premier temps, Margaret Ryans affirme qu’il faut trouver des fonds pour embaucher quelqu’un qui pourra s’occuper de la mise en place d’un programme de consommation d’alcool contrôlée au Manitoba.

La province n’a pas dit si elle serait prête à octroyer des fonds pour un tel projet.

« Comme il est indiqué dans le rapport Virgo de la semaine passée, l’alcool a un fort impact sur presque tous les segments de la société manitobaine, et doit rester à l’avant-plan d’une politique sur les dépendances. Nous avons hâte d’étudier le rapport de Sunshine House », a indiqué un porte-parole du gouvernement du Manitoba.

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