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Où vont vraiment les vêtements que vous donnez?

Ballots de linge

Où finissent vraiment les ballots de textiles déposés dans les boîtes à dons?

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Seuls 25 % des vêtements donnés aux friperies sont revendus au Canada. Que deviennent les autres?

Quand on souhaite que son vieux pantalon ou t-shirt passé de mode ne finisse pas dans une décharge, les boîtes de dons semblent être la solution idéale.

Le donneur désencombre ses placards. L’organisme de charité qui collecte les vêtements peut les revendre pour financer ses bonnes actions. Et l'acheteur au budget serré peut s’habiller à moindre coût.

Mais en réalité, la deuxième vie de votre jean usé n’est pas aussi simple, et elle ne profite pas forcément à ceux que vous imaginez.

« Il est très difficile de savoir ce qui se passe exactement », confirme Kate Bahen, la directrice générale de Charity Intelligence Canada, un organisme qui veut aider les donateurs à faire des choix éclairés.

« C’est un univers un peu flou, et il est difficile de suivre le parcours des vêtements. En quoi cela aide-t-il vraiment les gens? En quoi est-ce un geste caritatif? », se demande-t-elle.

La plupart des vêtements donnés ne se vendent pas

Les organismes de bienfaisance comme la Société Saint-Vincent de Paul, l’Armée du Salut et Goodwill vendent dans leurs propres friperies les vêtements qui leur sont donnés.

Cependant, seule la moitié des dons finissent dans leurs rayons. Et la moitié seulement de ces vêtements triés seront achetés par leur clientèle.

L’Armée du Salut conserve les vêtements usagés qu’elle reçoit durant quatre semaines. S’ils ne sont pas vendus entre-temps, ils sont remplacés par un nouvel arrivage, explique Tonny Colin, responsable des dons au Canada pour l’organisme de bienfaisance.

Une femme trie des vêtements usés chez Certex, un des plus gros centres de tri au Québec, à Longueuil.

Parmi les acteurs qui veulent faire bouger les choses se trouve Certex, un des plus gros centres de tri de vêtements usagés au Québec.

Photo : Photo : Sarah Babineau

D’autres organisations, comme l’Association canadienne du diabète ou Grands Frères/Grandes Soeurs, vendent les vêtements collectés à des entreprises comme Value Village. L’entreprise achète alors les vêtements au poids, à un tarif négocié au cas par cas, et qui n’est pas rendu public.

Mais, selon le vice-président du recyclage de l’entreprise, Tony Shumpert, Value Village ne vend qu’un quart environ des vêtements triés.

Près des trois quarts des vêtements qui arrivent dans les friperies ne connaîtront donc pas de deuxième vie. Le contenu de certaines boîtes de dons n’arrive jamais jusque dans les lieux de revente.

Ainsi, de 80 à 90 % des vêtements donnés ne sont pas revendus au Canada. Où se retrouvent-ils alors?

C’est là qu’interviennent des courtiers spécialisés.

« La crise des choses »

L’un des plus importants courtiers, en ce qui concerne les vêtements usés au Canada, est Bank & Vogue, établi à Ottawa.

Chaque semaine, l’entreprise reçoit environ 1000 tonnes de vêtements provenant de quelque 270 organismes caritatifs, principalement américains.

Les vêtements sont placés dans des ballots et expédiés dans des usines de traitement à Toronto, à Houston ou même en Inde, pour y être triés.

Certains seront transformés en chiffons pour les besoins de l’industrie. D’autres seront déchiquetés et retraités comme matériau isolant ou pour rembourrer les sièges de voiture.

Et d’autres, enfin, seront triés et revendus à des détaillants dans des pays comme le Kenya, qui a importé l’an dernier, du Canada, l’équivalent de 21 millions de dollars en vêtements usés, selon Statistique Canada.

Le cofondateur de Bank & Vogue, Steven Bethell, a commencé dans ce secteur d’activité il y a 22 ans, alors qu’il travaillait pour l’Armée du Salut et tentait de trouver un débouché à ces vêtements de deuxième ou de troisième main.

Selon lui, l’entreprise cherche des solutions à ce qu’il appelle « la crise des choses ».

Avec son expertise, Bank & Vogue est devenue une entreprise mondiale qui emploie 300 personnes, a ouvert des boutiques appelées Beyond Retro, au Royame-Uni et en Suède, et possède une usine de « surcyclage » en Inde, qui transforme les vieux tissus en nouveaux vêtements prêts à la vente.

Le centre de distribution à Oakville des magasins d'occasions de l'Armée du Salut

Le centre de distribution à Oakville des magasins d'occasions de l'Armée du Salut

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Pour Steven Bethell, même dans les pays qui produisent des vêtements neufs, les consommateurs achètent principalement des vêtements usagés.

« Je pense que la plupart des gens qui entreraient dans des magasins au Guatemala n’en reviendraient pas de voir qu’ils ressemblent à La Baie, dit-il. Vous vous demanderiez : est-ce vraiment un magasin de vêtements de récupération? »

Envoyer des vêtements en Afrique

Toutefois, certains critiquent le fait d’envoyer des vêtements déjà portés dans des pays en voie de développement.

Au Kenya, l’industrie textile a été éradiquée par notre “générosité”.

Kate Bahen, directrice générale de Charity intelligence Canada

Kate Bahen, de Charity Intelligence, dit que cela menace l’industrie textile qui a du mal à s’établir dans ces pays et que cela revient à jeter ce dont nous ne voulons pas dans leurs décharges.

« Cela a des conséquences désastreuses, affirme-t-elle. Je ne crois pas que nous devrions continuer à exporter nos poubelles dans ces pays, et je mets les vêtements usagés dans cette catégorie. »

Ce problème a été soulevé en 2016 quand six pays d’Afrique de l’Est ont voulu imposer un moratoire sur l’importation de vêtements usagés. Certains de ces pays ont reculé à la suite de pressions des États-Unis, qui avait avec eux un accord commercial leur donnant libre accès au marché des États-Unis.

Selon Steven Bethell, si les vêtements usagés se retrouvent en Afrique, c’est aussi qu’il y a dans ces pays un marché pour la revente.

Auteure de Overdressed: The Shockingly High Cost of Cheap Fashion (« Le coût scandaleux de la mode bon marché »), Elizabeth Cline a visité des marchés de vêtements à Nairobi, au Kenya.

Elle y a vu des vêtements de toutes sortes, en mauvais état comme en bon état. La réalité, dit-elle, c’est que la majorité du textile aboutit en Afrique.

« La technologie permettant de recycler le textile en d’autres produits du textile n’existe pas encore, dit-elle. On en est dans les toutes premières étapes. Et cela s’ajoute au fait que, de toute façon, dans la plupart des pays développés, on ne trouve pas encore de réels programmes de collectes et de recyclage. »

Et à Winnipeg?

Teresa Looy, de l’organisme Green Action Centre, confirme que le recyclage des vêtements soulève des questions.

« C’est une affaire complexe, dit-elle, surtout que les textiles sont difficiles à recycler. À Winnipeg, hormis les boîtes de dons installées dans plusieurs endroits au bénéfice de l’Association canadienne du diabète, il n’y a pas vraiment de lieu de recyclage. Certains magasins ont des programmes de récupération, comme H&M, The North Face. C’est toujours mieux que de jeter les vêtements à la poubelle. »

Avec des informations de Paul Jay

Recyclage

Société